| Les internes de lhôpital de
Dieppe comme de tous les hôpitaux de France ne peuvent plus accepter des conditions de
travail qui imposent de 60 à 80 heures hebdomadaires de présence à lhôpital. Ils
réclament un repos de sécurité après chaque garde. Fabrice
interne en médecine sait bien de quoi il parle quand il est question des conditions de
travail des futurs médecins. Alors quil était affecté dans un service pédiatrie,
sa garde de week-end a commencé un samedi matin pour se terminer le lundi soir, « avec
trois ou quatre heures de sommeil par nuit. Des phases de repos entre-coupées
dappels durgence. » Cet exemple nest pas malheureusement pas un cas
despèce, « et à terme, si on laisse faire, ce nest pas seulement nos
conditions de travail qui sont en jeu, mais la sécurité même des patients! » Alors que
le cursus de formation dun interne lui impose une garde par semaine, dans les faits,
les chiffres sont tout autres, « en chirurgie orthopédique, il nest pas rare de
devoir assumer de 6 à 11 gardes par mois. En gynécologie, il ny a que deux
internes pour 30 jours, le calcul est vite fait
»
Depuis lundi, les internes du centre hospitalier de Dieppe, comme dans tous les
hôpitaux de France, ont décidé de durcir leur mouvement de grève entamé depuis trois
semaines en refusant désormais dassurer gardes et soins. « Bernard Kouchner
na rien entendu de nos revendications. Cette grève totale était le seul moyen de
contraindre les pouvoirs publics à reprendre les discussions (cest le cas depuis
mercredi dans la soirée). »
Les chevilles ouvrières des
soins hospitaliers
Etre interne en médecine, cest accepter de 60 à 80
heures de travail par semaine, cest assumer des responsabilités de prescription,
cest viser près de 90 % des urgences et tout ça pour un salaire qui varie de 8000
à 10000 francs par mois en fonction de lancienneté. « Mais pourtant, nous ne
demandons pas à gagner plus, mais simplement à bénéficier dun repos dit de
sécurité après chaque garde, repos qui ne soit pas considéré comme un congé, et
enfin que ces gardes nous soient payées alors que le ministre estime ne devoir en payer
quune seule. Il est inacceptable et dangereux quun interne doive embrayer sur
une nouvelle journée de travail après avoir assuré une garde de 24 heures, comme on ne
peut plus tolérer non plus dassumer deux gardes consécutives. »
Alors que les directives européennes imposent un horaire de travail de 48
heures hebdomadaires pour les internes, les futurs médecins qui se considèrent comme les
chevilles ouvrières des hôpitaux, attendent de leur ministre de tutelle quil se
donne les moyens dappliquer les directives européennes sans tenter des tours de
passe-passe qui nont dautres objectifs que de faire des économies sur le dos
des internes. La solution serait évidemment que les internes soient plus nombreux, que le
concours ouvre davantage de places en fac de médecine mais former un interne cest
au minimum sept ans.
Les représentants des internes rencontreront leur ministre à nouveau
aujourdhui vendredi mais dans lattente de la signature dun accord
réformant leur statut et accordant notamment le repos de sécurité, la grève continue
ce qui nest pas sans poser de problème. A lhôpital de Dieppe notamment, où
les chefs de service comprennent la colère de leurs étudiants pour être eux-mêmes
passés par les mêmes difficultés, lorganisation des soins, des journées de
travail et des gardes commencent à poser un sérieux problème.
P. R.
Personnels
hospitaliers
La tension monte
Le syndicat CGT des hospitaliers a multiplié les
appels à la grève pour dénoncer le manque deffectif et les conditions du passage
aux 35 heures. Pour linstant, seul le château-Michel a déclenché un mouvement.
Que propose le ministère pour Dieppe? 12 postes en 2002! Une misère, une
provocation! » Le dernier tract de la CGT des hospitaliers ne fait pas mystère de la
tension qui règne en cette fin dannée à lhôpital. « On nous promet 12
postes lan prochain et un total de 48 sur trois ans alors que le passage aux 35
heures nécessiterait larrivée dau moins 100 personnes dès lan
prochain. » Les représentants CGT du personnel qui ont multiplié les assemblées
générales avec les personnels des différents services du centre hospitalier et du
Château Michel, sont dautant plus décidés à faire monter la pression auprès de
la direction que celle-ci ne dispose pas dinformations concernant le montant de
lenveloppe budgétaire destinée à compenser les heures supplémentaires que le
personnel devra obligatoirement accomplir pour assurer le fonctionnement normal de
létablissement 24 heures sur 24.
Les motifs de colère sont nombreux, le syndicat dénonçant pêle-mêle la
volonté de la direction dorganiser des journées de travail de 12 heures, ou encore
des journées de 7 heures au cours desquelles il faudrait pourtant faire le travail de 8
heures, aucune création de poste au secrétariat médical alors que la situation actuelle
nécessiterait pourtant lembauche de quatre personnes, pas plus de création de
poste aux services techniques qui au contraire devraient même perdre un poste à
latelier électricité. « Le bloc, la radio, le labo et tous les services de soins
se débattent dans des problèmes deffectifs ingérables. Nous refusons absolument
la solution proposée qui consisterait à reporter aux années 2004 et 2005 les congés
que nous ne pourrons pas prendre faute deffectifs dès lannée prochaine. On
nous parle de 280 heures à récupérer ces années-là, ce qui revient à deux mois
dabsence. Quon nous explique comment il serait possible dappliquer ça.
»
Au Château Michel pour lequel aucune création de poste nest envisagée,
le personnel a voté dès lundi dernier un mouvement de grève reconductible qui se
traduit par une heure de débrayage par jour. Hier matin jeudi, le personnel hospitalier a
manifesté sa colère au moment où se tenait un conseil technique détablissement.
Les salariés barrent lentrée de la salle de réunion pendant un long moment à
Edouard Leveau, président du conseil dadministration et Didier Vancostenoble.
P. R. |