Journal du 14 décembre 2001

Grève des internes à l'hôpital de Dieppe
"C'est la sécurité des patients
qui est en jeu"

Les internes de l’hôpital de Dieppe comme de tous les hôpitaux de France ne peuvent plus accepter des conditions de travail qui imposent de 60 à 80 heures hebdomadaires de présence à l’hôpital. Ils réclament un repos de sécurité après chaque garde.

Fabrice interne en médecine sait bien de quoi il parle quand il est question des conditions de travail des futurs médecins. Alors qu’il était affecté dans un service pédiatrie, sa garde de week-end a commencé un samedi matin pour se terminer le lundi soir, « avec trois ou quatre heures de sommeil par nuit. Des phases de repos entre-coupées d’appels d’urgence. » Cet exemple n’est pas malheureusement pas un cas d’espèce, « et à terme, si on laisse faire, ce n’est pas seulement nos conditions de travail qui sont en jeu, mais la sécurité même des patients! » Alors que le cursus de formation d’un interne lui impose une garde par semaine, dans les faits, les chiffres sont tout autres, « en chirurgie orthopédique, il n’est pas rare de devoir assumer de 6 à 11 gardes par mois. En gynécologie, il n’y a que deux internes pour 30 jours, le calcul est vite fait… »

Depuis lundi, les internes du centre hospitalier de Dieppe, comme dans tous les hôpitaux de France, ont décidé de durcir leur mouvement de grève entamé depuis trois semaines en refusant désormais d’assurer gardes et soins. « Bernard Kouchner n’a rien entendu de nos revendications. Cette grève totale était le seul moyen de contraindre les pouvoirs publics à reprendre les discussions (c’est le cas depuis mercredi dans la soirée). »

Les chevilles ouvrières des soins hospitaliers

Etre interne en médecine, c’est accepter de 60 à 80 heures de travail par semaine, c’est assumer des responsabilités de prescription, c’est viser près de 90 % des urgences et tout ça pour un salaire qui varie de 8000 à 10000 francs par mois en fonction de l’ancienneté. « Mais pourtant, nous ne demandons pas à gagner plus, mais simplement à bénéficier d’un repos dit de sécurité après chaque garde, repos qui ne soit pas considéré comme un congé, et enfin que ces gardes nous soient payées alors que le ministre estime ne devoir en payer qu’une seule. Il est inacceptable et dangereux qu’un interne doive embrayer sur une nouvelle journée de travail après avoir assuré une garde de 24 heures, comme on ne peut plus tolérer non plus d’assumer deux gardes consécutives. »

Alors que les directives européennes imposent un horaire de travail de 48 heures hebdomadaires pour les internes, les futurs médecins qui se considèrent comme les chevilles ouvrières des hôpitaux, attendent de leur ministre de tutelle qu’il se donne les moyens d’appliquer les directives européennes sans tenter des tours de passe-passe qui n’ont d’autres objectifs que de faire des économies sur le dos des internes. La solution serait évidemment que les internes soient plus nombreux, que le concours ouvre davantage de places en fac de médecine mais former un interne c’est au minimum sept ans.

Les représentants des internes rencontreront leur ministre à nouveau aujourd’hui vendredi mais dans l’attente de la signature d’un accord réformant leur statut et accordant notamment le repos de sécurité, la grève continue ce qui n’est pas sans poser de problème. A l’hôpital de Dieppe notamment, où les chefs de service comprennent la colère de leurs étudiants pour être eux-mêmes passés par les mêmes difficultés, l’organisation des soins, des journées de travail et des gardes commencent à poser un sérieux problème.

P. R.

Personnels hospitaliers
La tension monte

Le syndicat CGT des hospitaliers a multiplié les appels à la grève pour dénoncer le manque d’effectif et les conditions du passage aux 35 heures. Pour l’instant, seul le château-Michel a déclenché un mouvement.

Que propose le ministère pour Dieppe? 12 postes en 2002! Une misère, une provocation! » Le dernier tract de la CGT des hospitaliers ne fait pas mystère de la tension qui règne en cette fin d’année à l’hôpital. « On nous promet 12 postes l’an prochain et un total de 48 sur trois ans alors que le passage aux 35 heures nécessiterait l’arrivée d’au moins 100 personnes dès l’an prochain. » Les représentants CGT du personnel qui ont multiplié les assemblées générales avec les personnels des différents services du centre hospitalier et du Château Michel, sont d’autant plus décidés à faire monter la pression auprès de la direction que celle-ci ne dispose pas d’informations concernant le montant de l’enveloppe budgétaire destinée à compenser les heures supplémentaires que le personnel devra obligatoirement accomplir pour assurer le fonctionnement normal de l’établissement 24 heures sur 24.

Les motifs de colère sont nombreux, le syndicat dénonçant pêle-mêle la volonté de la direction d’organiser des journées de travail de 12 heures, ou encore des journées de 7 heures au cours desquelles il faudrait pourtant faire le travail de 8 heures, aucune création de poste au secrétariat médical alors que la situation actuelle nécessiterait pourtant l’embauche de quatre personnes, pas plus de création de poste aux services techniques qui au contraire devraient même perdre un poste à l’atelier électricité. « Le bloc, la radio, le labo et tous les services de soins se débattent dans des problèmes d’effectifs ingérables. Nous refusons absolument la solution proposée qui consisterait à reporter aux années 2004 et 2005 les congés que nous ne pourrons pas prendre faute d’effectifs dès l’année prochaine. On nous parle de 280 heures à récupérer ces années-là, ce qui revient à deux mois d’absence. Qu’on nous explique comment il serait possible d’appliquer ça. »

Au Château Michel pour lequel aucune création de poste n’est envisagée, le personnel a voté dès lundi dernier un mouvement de grève reconductible qui se traduit par une heure de débrayage par jour. Hier matin jeudi, le personnel hospitalier a manifesté sa colère au moment où se tenait un conseil technique d’établissement. Les salariés barrent l’entrée de la salle de réunion pendant un long moment à Edouard Leveau, président du conseil d’administration et Didier Vancostenoble.

P. R.


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