| «Nous manquons de quatre infirmières et nous
navons pas une seule candidature. Si cela continue, je me verrai dans
lobligation de fermer un étage par manque de personnel.» Directeur de la clinique
Saint-Pierre, Dominique Bregeon ne cache pas son amertume. Depuis trois
années, il a investi cinq millions de francs dans la modernisation de son établissement.
Et aujourdhui avec six salles dintervention flambant neuves et des chambres
entièrement rénovées, laccueil et le séjour des patients se font dans les
meilleures conditions. Seule ombre noire au tableau pourtant, le manque de personnel
soignant qualifié.
Comme de nombreux autres établissements privés de la région et partout en
France, la clinique Saint-Pierre est frappée par la pénurie dinfirmières. Une
désaffection du personnel soignant que la fédération hospitalière dénonce. Mercredi
et hier jeudi, elle appelait à un mouvement de grève national qui, à Dieppe, a été
suivi à 100 %.
Rémunération : un écart de
20 %
«Les établissements normands déjà fragilisés (on estime
que 50 % dentre eux sont déficitaires en 2001) ne peuvent augmenter plus leur
personnel soignant. Lécart de rémunération entre les infirmières du public et du
privé est évalué à environ 20 %», explique la fédération qui dénonce également la
fuite du personnel vers les hôpitaux publics : «La pénurie nationale de personnel
soignant qualifié, aujourdhui aggravé par le passage aux 35 heures des hôpitaux
et lannonce de la création de 40 000 postes, va vider les cliniques et
inévitablement entraîner la fermeture de plusieurs dentre elles.»
Un état des lieux que Dominique Bregeon ne peut se résoudre à accepter
dautant plus que «les établissements privés sont incontournables dans le paysage
sanitaire français, explique-t-il. Avec 120 000 salariés et 60 000 médecins, leur
activité est fondamentale. A Dieppe, les cliniques des Fougères et Saint-Pierre
représentent 200 emplois directs et 75 % de la chirurgie du secteur. Notre disparition
poserait un réel problème de santé publique dautant plus que nous sommes les
seuls, sur le secteur, à faire de la chirurgie vasculaire.» Et le directeur de donner
pour exemple les chiffres de 1999 : «Nous avons effectué 13 598 actes chirurgicaux
contre 3 130 pour lhôpital. »
30 à 40 % moins chers
Afin de pouvoir aligner les rémunérations de leurs
personnels soignants sur celles du secteur public, les patrons des cliniques réclament au
gouvernement une enveloppe spécifique de six milliards de francs. «En trois années,
confie Dominique Bregeon, dix-sept milliards ont été alloués pour la valorisation des
salaires dans le public. Nous voulons que lon nous traite de la même façon,
dautant que depuis 1994, le tarif de nos actes na pas évolué.»
«Dans le même temps, ajoute le Dr Levacher, président du comité médical de
la clinique Saint-Pierre, les textes nous imposent du matériel sans nous donner de
compensation financière. Aujourdhui, le prix du matériel à usage unique coûte
plus cher que celui de lintervention. Les établissements publics, eux, ont des
rallonges budgétaires pour faire face à ces nouvelles contraintes. Pourtant, pour un
même acte chirurgical à qualité égale, nous coûtons 30 à 40 % moins chers que les
hôpitaux à la sécurité sociale.»
«Même sil est vrai que la formation du personnel soignant est à la
charge des hôpitaux, un tel écart nest pas acceptable», estime pour sa part le Dr
Lelong, directeur de la clinique des Aubépines.
M. DS.
Pour la CGT
«Les patrons de
cliniques ne manquent pas dair...»
«Ils ne manquent pas dair...» Cest la
réaction de Philippe Stalin, secrétaire de lunion locale CGT, à propos du
mouvement de protestation et de la grève déclenchée dans les cliniques privées de
Dieppe comme dans tout le pays. Les patrons de cliniques réclamant des aides de
lEtat pour obtenir un rééquilibrage en terme de santé entre le secteur public et
le secteur privé.
Pour la CGT, ces demandes sont parfaitement injustifées, «lensemble du
secteur santé devant échapper au secteur privé au profit du service public. Cest
un comble que les patrons de cliniques demandent une aide de lEtat, alors
quelles sont dirigées et gérées par des actionnaires dont lobjectif est
évidemment de faire des bénéfices. Jai envie de dire à ces actionnaires que
sils perdent de largent en pratiquant leur activité, quils changent de
créneau. Comment demander laide de lEtat pour éviter de voir partir leur
personnel du privé vers le public où les salaires sont plus intéressants alors que
lon sait bien les différences de revenus qui existent entre les patrons de
cliniques et leurs infirmières. Si ces gens là pratiquaient davantage de partage, si les
choses étaient plus transparentes, sans doute le personnel ne chercherait pas à
rejoindre lhôpital public.»
Le responsable CGT ajoute que ces personnels, quil sagisse
dinfirmières ou de médecins, ont déjà profité du service publique par le biais
de leurs formations respectives : «Cest pourquoi je dis que cette protestation est
parfaitement déplacée.»
P. R. |