| Coup de tonnerre dans une campagne
électorale bien morose. Neuf candidats de la liste «Démocratie Communale pour la
laïcité et la défense des services publics» ont découvert avec surprise que leurs
noms figuraient sur la liste officielle déposée par la tête de liste en
sous-préfecture. «Jamais on ne nous avait demandé dêtre candidats à quoi que ce
soit, mais seulement de signer une pétition contre les augmentations du prix de
leau». Entre surprise et colère, laffaire va se terminer devant les
tribunaux. On connaissait les «faux électeurs» en Corse ou à
Paris, mais moins les «faux candidats». Et pourtant... Lhistoire pourrait prêter
à sourire sauf pour les personnes concernées. Imaginez-vous un peu découvrant dans
votre journal que vous figurez sur une liste candidate aux élections municipales...
Après leffet de surprise, cest la colère qui sest emparée de
plusieurs Dieppois dont nous avons recueilli les témoignagnes. Jamais Jérôme Doré
navait eu lintention de se présenter aux municipales dans la liste baptisée
«Démocratie Communale pour la Laïcité et la défense des services publics» soutenue
par le Parti des Travailleurs. «Cest mon père qui ma annoncé la nouvelle,
il avait vu mon nom dans les Infos. Et pas seulement mon nom, mais aussi celui de ma
femme. Jamais nous navons voulu être candidats sur cette liste, avec quatre
enfants, on a vraiment autre chose à faire.»
Leffet de surprise passé, Jérôme Doré a cherché à comprendre comment
il avait pu atterrir sur cette liste, et de surcroît en 5e position alors que sa femme
arrive en 8e place. «Jai vite compris en lisant votre article qui parlait du
programme de la liste conduite par M. Ricque et plus particulièrement du prix de
leau. Un jeudi soir, il y a une quinzaine de jours, ce monsieur est venu chez moi
avec une autre personne. Quand il a frappé à ma porte, jai ouvert et il ma
dit quil faisait signer une pétition contre le prix de leau et contre les
impôts locaux trop chers. Cest vrai que je lai fait entrer, on a discuté
mais à aucun moment il na parlé de liste pour les élections et jamais il na
cité le nom du Parti des Travailleurs. Avec un salaire et quatre enfants, les factures
deau sont lourdes, cest pourquoi jai signé la pétition, cest
vrai sans la lire vraiment...»
Jérôme Doré est formel, il estime avoir été abusé en pensant ne signer
quune banale pétition. Aujourdhui, sa signature est bel et bien répertoriée
dans les documents officiels déposés en sous-préfecture par la liste «Démocratie
Communale». Sous-Préfecture qui, soit-dit en passant, nous a confirmé mercredi
après-midi par la voix du directeur de cabinet du sous-préfet, que plusieurs personnes
contestaient effectivement le fait davoir été volontairement candidats sur la
liste concernée.
Neuf cas similaires dans le
même quartier
Jérôme Doré qui se souvient très bien de la manière
dont tout ceci sest fait, ajoute que ses visiteurs sont revenus une seconde fois
après leur première visite, «mais on parlait toujours du même thème et pas
délections. Ils mont dit quil fallait signer dautres papiers. Des
papiers que je nai pas lus, cest vrai. Mais franchement, si on peut plus faire
confiance à quelquun qui vient vous faire signer une pétition contre les
augmentations du prix de leau, cest vraiment nimporte quoi.»
Le jeune père de famille craint que cette mésaventure ne lui occasionne des
ennuis dans sa vie quotidienne, «je pense surtout à mon travail, je ne sais pas comment
mon patron va prendre ça. Surtout que jai appris que je ne pouvais pas me retirer
de la liste à titre individuel, je suis obligé dy être, si 20 des 39 membres de
la liste ne demandent pas son retrait intégral.»
Dès mercredi matin, Jérôme Doré sest rendu à la mairie pour demander
des explications, «je voulais savoir ce que je pouvais faire. Et justement, jai
croisé la tête de liste qui était venu chez moi.» Lexplication a semble-t-il
tourné court.
Jérôme Doré et son épouse ne sont pas les seuls à estimer sêtre
«fait avoir» par le texte de la pétition qui aurait finalement été autre chose. «Je
connais trois autres personnes du même immeuble de Neuville, dont une femme enceinte,
prête à accoucher, qui ont signé le même texte et qui se retrouvent aussi sur la
liste.»
«Mon fils na même pas
signé lui même...»
Autre exemple, celui de Gérard et Mathieu Buquet,
respectivement 21e et 35e sur la liste.
Gérard Buquet, docker de profession, se rappelle avoir rencontré la tête de
liste au bas de son immeuble de Neuville.
«Il ma demandé si je souhaitais signer une pétition contre les hausses
du prix de leau. Je lui ai dit que je navais pas le temps mais il ma
proposé de venir chez moi en début de soirée. Et il est venu. Il a présenté son
histoire et comme je navais pas mes lunettes, cest ma femme qui a signé pour
moi.»
Cest également dans «les Infos» que le docker a découvert quil
était candidat à la municipale en compagnie de son fils Matthieu, demandeur
demploi. «Lhistoire est encore plus grave pour mon fils car ce soir-là, il
nétait même pas à la maison, le monsieur nous a demandé sil soutiendrait
la pétition pour leau et comme on a dit oui, il a rempli le document et là encore,
cest ma femme qui a signé.»
Au total, ce serait pratiquement une dizaine de personnes qui auraient ainsi
découvert leur présence sur la liste «Démocratie Communale pour la laïcité et la
défense des services publics» sans avoir souhaité y participer. Neuf personnes très
exactement qui se sentent prises au piège et qui envisagent de porter laffaire
devant la justice.
«Nous allons commencer par aller voir un avocat pour lui demander conseil»
conclut Jérôme Doré.
Philippe Rifflet
Bruno Ricque
«Jai fait les choses dans les
règles»
«Je ne comprends pas, et jaffirme que tout a été
fait dans les règles.» Bruno Ricque avoue sa surprise de constater que neuf personnes de
sa liste puissent déclarer quelles ont été trompées et navoir jamais voulu
sengager à ses côtés. «Les documents que jai présentés à ces personnes
comme à toutes celles qui composent la liste nont rien à voir avec une
pétition.» Et dexpliquer la démarche quil a suivie pour réunir les 39
candidats de la liste, «jai dabord fait signer un document initial intitulé
«Appel à constituer une liste pour les élections municipales», puis, je suis revenu
voir les gens pour leur demander de compléter trois imprimés officiels. Le premier
étant un justificatif dinscription sur les listes électorales, le second donnant
pouvoir au mandataire de la liste et le troisième concernant la liste elle-même.
Jaffirme navoir abusé personne car jai toujours clairement dit ce que
nous faisions ! Les documents signés lont été en toute connaissance de cause.»
Pour lui, lévénement ressemble à sy méprendre à ce qui
sétait passé lors des précédentes municipales, «lorsque des pressions avaient
été exercées auprès des gens qui souhaitaient nous rejoindre pour quils se
retirent. Visiblement, notre présence dans ces élections gêne. Certains
napprécient pas que nous parlions de la privatisation du service des eaux, ou
encore des conditions dans lesquelles le montage du transmanche a été réalisé...»
Bruno Ricque sans le dire ouvertement soupçonne la mairie dorchestrer une
manoeuvre de déstabilisation... Pour lheure Bruno Ricque nenvisage nullement
de retirer sa liste, «sauf à constater quune majorité de ses membres le
réclameraient.»
P. R.
Ce que prévoit la loi
Les services de la Sous-Préfecture qui nous ont confirmé
lexistence de ces litiges sur la liste «Démocratie Communale», nous ont confirmé
par ailleurs quun candidat ne pouvait se retirer à titre individuel «et ce pour
quelque raison que ce soit. La seule solution est un retrait intégral décidé par la
tête de liste ou par 20 des 39 membres qui la composent.»
Même dans le cas dun décès dont serait victime lun des
colistiers, il resterait présent sur les bulletins de vote si la liste nest pas
retirée dans sa totalité pour une éventuelle correction avant dêtre à nouveau
déposée.
En loccurrence, la limite pour déposer une liste modifiée ou non est
fixée à ce vendredi soir minuit. A 0h1 minute, il sera trop tard et tous les candidats
inscrits seront bel et bien candidats, même sils ne le veulent pas.
Dernière minute
4 «faux» candidats
engagent un référé
Comme ils lavaient annoncé, Jérôme et Sandrine
Doré, Gérard et Matthieu Buquet ont pris conseil auprès dun avocat, en
loccurrence Me François Garraud dès mercredi après-midi.
Le résultat de cette consultation na pas tardé puisque les quatre
pseudo-candidats ont conjointement engagé deux actions devant les tribunaux. Lune
devant le tribunal administratif pour demander linvalidation de la liste
«Démocratie communale pour la laïcité et la défense des services publics» pour vice
de procédure pour obtenir le consentement des candidats et pour fraude au code électoral
puisquun candidat na pas signé les documents, sa mère sen étant
chargée pensant quil sagissait dune pétition. Le tribunal
administratif a trois jours pour se prononcer.
La seconde procédure a pris la forme dune action en référé, le
tribunal de Grande Instance de Dieppe devant statuer hier jeudi à 17 heures (les attendus
du jugement seront publiés dans notre prochaine édition).
Cette action vise à reconnaître que les quatre candidats plaignants ont
apposé leurs signatures sur les documents sans avoir été préalablement prévenus de
leur nature exacte, et ensuite à obtenir réparation pour le préjudice subi. |