| Action humanitaire, intensification
des relations entre le port et la zone de production des ananas, réflexion sur de
nouveaux débouchés... ont été les thèmes majeurs abordés pendant 48 heures entre les
élus de la région et une délégation ivoirienne venue de Bonoua. Le
problème cest le prix qui nous revient. Il faut que les importateurs fassent un
effort, alors nous pourrons travailler davantage avec le port de Dieppe... Mais nous
sommes également ici pour envisager dans quelle mesure Dieppe pourrait aider notre
région à surmonter les difficultés auxquelles elle est confrontée. Les écoles
fonctionnent sans livre ni matériel, lhôpital na pas de table
daccouchement... Nos besoins sont grands.»
Faustin NGuessan Bohi, maire de Bonoua, ne peut pas être plus clair. Il
est lui-même planteur dananas sur une trentaine dhectares de cette région de
la Côte dIvoire qui produit 80 % de la récolte ivoirienne dananas.
Production dont près de la moitié arrive en France par le port de Dieppe, lautre
moitié étant acheminée vers le port de Marseille pour inonder le marché du sud de la
France.
Combiner lhumanitaire et
léconomique
Les 48 heures passées à Dieppe par une délégation de
Bonua avaient une importance capitale non seulement pour les Ivoiriens demandeurs de liens
culturels et dune aide humanitaire en provenance de Dieppe, mais également pour les
Dieppois qui savent combien est fragile léquilibre du port de commerce. Sans
lactivité fruitière, le port serait pour ainsi dire complètement mort.
Combiner une action humanitaire au travers dune association naissante -
lASLD Association Solidarité Loyauté Dévouement - qui ne manque ni de projets ni
dambition, à une discussion économique pourra probablement contribuer à renforcer
les liens existant entre Dieppe et cette petite province ivoirienne où 20.000 personnes
travaillent à la culture de lananas.
Cest un voyage sur place de Daniel Lefèvre, conseiller général de
Dieppe-Ouest, et par ailleurs acheteur pour le compte dun importateur de fruits, qui
a été le facteur déclenchant de cette relation qui se concrétise aujourdhui.
«Il y a là-bas dénormes besoins que nous, Français, pouvons contribuer à
satisfaire en faisant preuve dun peu dimagination. Dans la mesure où le port
de Dieppe vit essentiellement au rythme du bateau hebdomadaire en provenance
dAbidjan pour décharger bananes et ananas, jai pensé quil était de
notre devoir dintervenir pour aider à faire vivre ceux qui travaillent la terre à
Bonua.»
Lenjeu est évidemment dimportance puisque la coopérative agricole
créée à Bonua par les producteurs détient les clés de lexportation. Le maire de
la commune, qui conduisait la délégation présente à Dieppe en
compagnie de Mathias Bomouanaka, député, en étant lun des principaux
artisans.
Reçus mardi par le président Revet lors dune séance plénière du
conseil général, puis dans la soirée au Club des Jeunes de Dieppe et à Belleville où
le maire remettait officiellement un chèque destiné à financer une pharmacie scolaire,
les membres de la délégation ont passé leur journée de mercredi à enchaîner les
visites à Dieppe : la crèche et la RPA du Mont-Robin, le CAT dEtran, lusine
Alpine, le château-musée et évidemment les installations portuaires de la Sté Léon
Vincent.
La délégation a enfin été reçue en mairie de Dieppe où Edouard leveau a
ouvert quelques pistes de réflexion pour lavenir, tant du point de vue humanitaire
quéconomique.
«Il est sûr que nous pouvons faire quelque chose en faveur de la Côte
dIvoire et de cette région de Bonoua en particulier qui demeure lun de nos
principaux partenaires sur le port. Il faut y réfléchir avec lassociation qui
vient de se créer et solliciter laide du conseil général qui simplique
largement dans ce genre dactions en faveur du développement en Afrique noire»
explique ainsi Edouard Leveau.
Lananas, première
ressource de Benoua
180.000 tonnes dananas sont récoltées chaque année
dans la province de Bonoua, la plus grande partie étant destinée à lexportation
vers lEurope via les ports de Dieppe et Marseille. Avant la création dun
groupement local de producteurs qui se charge dorganiser les exportations, le
marché était soumis à la plus belle anarchie. Lintervention de la Sté Léon
Vincent a permis de remettre de lordre dans lorganisation des exportations, la
production locale partant vers Dieppe et Marseille où lentreprise de manutention
portuaire est fortement implantée.
Lan dernier, le trafic avait été interrompu pendant quatre mois
dété, faisant courir les plus grandes inquiétudes parmi les manutentionnaires
dieppois, lentreprise étant à deux doigts de déposer le bilan. On mesure
dautant mieux limportance du bateau hebdomadaire.
«On aimerait faire plus pour Dieppe, explique le maire de Bonoua en montant du
doigt des caisses de fruits débarqués de sa propre plantation, car on sait bien
quici le travail est bien fait. Ce nest pas vraiment le cas à Marseille où
en plus, nous subissons souvent des grèves qui bloquent les cargaisons. Ce nest pas
le cas à Dieppe où le terminal fruitier est mieux structuré. Il faudrait juste faire un
effort sur le prix...»
Daniel Lefèvre qui conduisait la visite des installations portuaires de Dieppe
est bien conscient du problème «mais de nombreux facteurs entrent en ligne de compte. Le
produit nest pas suffisamment valorisé par les grandes surfaces qui en plus
imposent des marges trop importantes. Par ailleurs, le coût de transport qui se paie en
dollars sest alourdi de 40 % avec la flambée de la monnaie américaine. Pour que
tout le monde sy retrouve, il faudrait que le prix du kilo dananas débarqué
ne soit pas inférieur à 4 francs.»
Lautre solution serait peut-être aussi de trouver de nouveaux débouchés
pour les ananas ivoiriens. Edouard Leveau a esquissé une piste mercredi soir en évoquant
une possibilité de réexportation vers lAngleterre en utilisant le Sardinia Vera.
«Nous avons le bateau, il faut voir comment organiser cette réexportation qui offrirait
de nouveaux débouchés importants.».
Mais lananas nest pas la seule ressource possible à développer
avec la Côte dIvoire puisque les membres de la délégation ont clairement exprimé
des demandes de débouchés pour leurs productions dhuile de palme (produite par un
groupement de femmes), de caoutchouc, de cacao, de café... Autant de produits qui
pourraient débarquer à Dieppe.
P. R.
Bientôt un premier conteneur
Présidée par Marie-Claude Bellanger, lASLD ne manque
ni didée ni dambition pour faire vivre ce jumelage qui déjà pris corps avec
laction de lécole Paul-Bert de Neuville qui correspond avec une école
ivoirienne. Il est même envisagé denvoyer des enfants de Dieppe et sa région sur
place à Benoua pour apprendre à connaître la culture africaine.
Auparavant, lassociation va sefforcer denvoyer un conteneur en
profitant des bateaux fruitiers qui viennent décharger chaque semaine dans le port. «Les
besoins de la population sont immenses, à lhôpital notamment.» Lassociation
lancera prochainement un appel pour récupérer matériel scolaire, vieux ordinateurs,
machines à coudre ou à écrire...
En quittant Dieppe, la délégation ivoirienne a dailleurs laissé un gros
dossier à Marie-Claude Bellanger, présentant un projet de réhabilitation de
lhôpital de Bonoua, dun coût dun peu plus de... 2 millions de francs. |