Journal du 19 octobre 2001

Une visite essentielle pour la région dieppoise
Un jumelage plein de "saveurs"
entre Dieppe et la Côte d'Ivoire

Action humanitaire, intensification des relations entre le port et la zone de production des ananas, réflexion sur de nouveaux débouchés... ont été les thèmes majeurs abordés pendant 48 heures entre les élus de la région et une délégation ivoirienne venue de Bonoua.

Le problème c’est le prix qui nous revient. Il faut que les importateurs fassent un effort, alors nous pourrons travailler davantage avec le port de Dieppe... Mais nous sommes également ici pour envisager dans quelle mesure Dieppe pourrait aider notre région à surmonter les difficultés auxquelles elle est confrontée. Les écoles fonctionnent sans livre ni matériel, l’hôpital n’a pas de table d’accouchement... Nos besoins sont grands.»

Faustin N’Guessan Bohi, maire de Bonoua, ne peut pas être plus clair. Il est lui-même planteur d’ananas sur une trentaine d’hectares de cette région de la Côte d’Ivoire qui produit 80 % de la récolte ivoirienne d’ananas. Production dont près de la moitié arrive en France par le port de Dieppe, l’autre moitié étant acheminée vers le port de Marseille pour inonder le marché du sud de la France.

Combiner l’humanitaire et l’économique

Les 48 heures passées à Dieppe par une délégation de Bonua avaient une importance capitale non seulement pour les Ivoiriens demandeurs de liens culturels et d’une aide humanitaire en provenance de Dieppe, mais également pour les Dieppois qui savent combien est fragile l’équilibre du port de commerce. Sans l’activité fruitière, le port serait pour ainsi dire complètement mort.

Combiner une action humanitaire au travers d’une association naissante - l’ASLD Association Solidarité Loyauté Dévouement - qui ne manque ni de projets ni d’ambition, à une discussion économique pourra probablement contribuer à renforcer les liens existant entre Dieppe et cette petite province ivoirienne où 20.000 personnes travaillent à la culture de l’ananas.

C’est un voyage sur place de Daniel Lefèvre, conseiller général de Dieppe-Ouest, et par ailleurs acheteur pour le compte d’un importateur de fruits, qui a été le facteur déclenchant de cette relation qui se concrétise aujourd’hui. «Il y a là-bas d’énormes besoins que nous, Français, pouvons contribuer à satisfaire en faisant preuve d’un peu d’imagination. Dans la mesure où le port de Dieppe vit essentiellement au rythme du bateau hebdomadaire en provenance d’Abidjan pour décharger bananes et ananas, j’ai pensé qu’il était de notre devoir d’intervenir pour aider à faire vivre ceux qui travaillent la terre à Bonua.»

L’enjeu est évidemment d’importance puisque la coopérative agricole créée à Bonua par les producteurs détient les clés de l’exportation. Le maire de la commune, qui conduisait la délégation présente à Dieppe en compagnie de Mathias Bomouanaka, député, en étant l’un des principaux artisans.

Reçus mardi par le président Revet lors d’une séance plénière du conseil général, puis dans la soirée au Club des Jeunes de Dieppe et à Belleville où le maire remettait officiellement un chèque destiné à financer une pharmacie scolaire, les membres de la délégation ont passé leur journée de mercredi à enchaîner les visites à Dieppe : la crèche et la RPA du Mont-Robin, le CAT d’Etran, l’usine Alpine, le château-musée et évidemment les installations portuaires de la Sté Léon Vincent.

La délégation a enfin été reçue en mairie de Dieppe où Edouard leveau a ouvert quelques pistes de réflexion pour l’avenir, tant du point de vue humanitaire qu’économique.

«Il est sûr que nous pouvons faire quelque chose en faveur de la Côte d’Ivoire et de cette région de Bonoua en particulier qui demeure l’un de nos principaux partenaires sur le port. Il faut y réfléchir avec l’association qui vient de se créer et solliciter l’aide du conseil général qui s’implique largement dans ce genre d’actions en faveur du développement en Afrique noire» explique ainsi Edouard Leveau.

L’ananas, première ressource de Benoua

180.000 tonnes d’ananas sont récoltées chaque année dans la province de Bonoua, la plus grande partie étant destinée à l’exportation vers l’Europe via les ports de Dieppe et Marseille. Avant la création d’un groupement local de producteurs qui se charge d’organiser les exportations, le marché était soumis à la plus belle anarchie. L’intervention de la Sté Léon Vincent a permis de remettre de l’ordre dans l’organisation des exportations, la production locale partant vers Dieppe et Marseille où l’entreprise de manutention portuaire est fortement implantée.

L’an dernier, le trafic avait été interrompu pendant quatre mois d’été, faisant courir les plus grandes inquiétudes parmi les manutentionnaires dieppois, l’entreprise étant à deux doigts de déposer le bilan. On mesure d’autant mieux l’importance du bateau hebdomadaire.

«On aimerait faire plus pour Dieppe, explique le maire de Bonoua en montant du doigt des caisses de fruits débarqués de sa propre plantation, car on sait bien qu’ici le travail est bien fait. Ce n’est pas vraiment le cas à Marseille où en plus, nous subissons souvent des grèves qui bloquent les cargaisons. Ce n’est pas le cas à Dieppe où le terminal fruitier est mieux structuré. Il faudrait juste faire un effort sur le prix...»

Daniel Lefèvre qui conduisait la visite des installations portuaires de Dieppe est bien conscient du problème «mais de nombreux facteurs entrent en ligne de compte. Le produit n’est pas suffisamment valorisé par les grandes surfaces qui en plus imposent des marges trop importantes. Par ailleurs, le coût de transport qui se paie en dollars s’est alourdi de 40 % avec la flambée de la monnaie américaine. Pour que tout le monde s’y retrouve, il faudrait que le prix du kilo d’ananas débarqué ne soit pas inférieur à 4 francs.»

L’autre solution serait peut-être aussi de trouver de nouveaux débouchés pour les ananas ivoiriens. Edouard Leveau a esquissé une piste mercredi soir en évoquant une possibilité de réexportation vers l’Angleterre en utilisant le Sardinia Vera. «Nous avons le bateau, il faut voir comment organiser cette réexportation qui offrirait de nouveaux débouchés importants.».

Mais l’ananas n’est pas la seule ressource possible à développer avec la Côte d’Ivoire puisque les membres de la délégation ont clairement exprimé des demandes de débouchés pour leurs productions d’huile de palme (produite par un groupement de femmes), de caoutchouc, de cacao, de café... Autant de produits qui pourraient débarquer à Dieppe.

P. R.

Bientôt un premier conteneur

Présidée par Marie-Claude Bellanger, l’ASLD ne manque ni d’idée ni d’ambition pour faire vivre ce jumelage qui déjà pris corps avec l’action de l’école Paul-Bert de Neuville qui correspond avec une école ivoirienne. Il est même envisagé d’envoyer des enfants de Dieppe et sa région sur place à Benoua pour apprendre à connaître la culture africaine.

Auparavant, l’association va s’efforcer d’envoyer un conteneur en profitant des bateaux fruitiers qui viennent décharger chaque semaine dans le port. «Les besoins de la population sont immenses, à l’hôpital notamment.» L’association lancera prochainement un appel pour récupérer matériel scolaire, vieux ordinateurs, machines à coudre ou à écrire...

En quittant Dieppe, la délégation ivoirienne a d’ailleurs laissé un gros dossier à Marie-Claude Bellanger, présentant un projet de réhabilitation de l’hôpital de Bonoua, d’un coût d’un peu plus de... 2 millions de francs.


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