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Journal du 28 septembre 2001
A la gare
C'est la quille pour "Astérix"
| 29 ans, 4 mois, 14 jours et quelques
millions de kilomètres après... Gérard Fécamp, figure emblématique de la SNCF à
Dieppe, ne conduira plus les trains et se contentera de les regarder passer. Cinquante-sept
ans, deux enfants, des millions de kilomètres au compteur, 29 ans, 4 mois et 14 jours de
carrière, quelques beaux combats syndicaux à son actif et, surtout... la satisfaction du
devoir accompli.
Gérard Fécamp conduit des trains depuis près de 30 ans, mais à lheure
de partir profiter de la retraite, sa passion pour les chemins de fer est restée intacte.
Demain samedi, ses collègues de Dieppe et du dépôt de Sotteville viendront le fêter
selon la tradition des cheminots : à grand renfort de pétards sur le quai lorsque son
dernier train entrera en gare. Lillustration de la chaleur et du climat qui règnent
dans les chemins de fer.
Défenseur de la gare de Dieppe
Militant syndical au sein de la CGT depuis quil est
entré dans la vie active à l'âge de 17 ans, dans une usine de Dieppe aujourdhui
disparue, le «gamin» du Pollet a peu à peu pris des responsabilités dans
lorganisation syndicale cheminote où il était surnommé Astérix, en participant
activement à plusieurs actions qui au final, auront probablement permis de sauver la gare
de Dieppe souvent menacée par divers plans de restructuration décidés par la direction
de la SNCF.
Cest une figure dieppoise qui part aujourdhui à la retraite.
Retraite active car Gérard Fécamp est aussi maire d'Intraville, sa commune
dadoption. Une autre façon de poursuivre son action de service public, notion
quil a portée dans son coeur en conduisant des locomotives ou en prenant la tête
des grandes grèves de la SNCF.
«Jai eu la chance de faire un métier passionnant raconte-t-il à quelque
heures de prendre ses «grandes» vacances. Pourtant, rien ne me destinait à faire
carrière à la SNCF et cest grâce aux Infos que je suis finalement devenu
conducteur de train...
Il rêvait dAustralie...
Parti à larmée en même temps quun copain, le
jeune Gérard avait un rêve : «Je voulais partir vivre et travailler en Australie. A
lépoque, on disait quil y avait beaucoup de travail là-bas. On devait partir
à deux mais mon copain est tombé amoureux et je ne suis jamais parti. Jai alors
cherché du boulot et cest dans les «Infos» que jai vu une petite annonce de
la SNCF qui recrutait des conducteurs. Je me suis présenté, jai passé les tests
et jai été pris...»
Le Dieppois a tellement bien réussi quil a fini premier du concours.
Cétait le début dune longue carrière et la naissance dune véritable
passion. «Si cétait à refaire, je le referais sans hésiter. Il y a une telle
ambiance parmi les cheminots, et le travail est tellement intéressant de par les
responsabilités que nous avons - on ne conduit quand même pas des patinettes... - que
jy ai toujours trouvé le même intérêt, même en faisant tous les jours la même
ligne et les mêmes trajets.»
Le TGV, oui, mais il aurait
fallu partir...
«Jai commencé au Havre mais dès que jai pu
obtenir une mutation, je suis revenu chez moi, à Dieppe.»
Une ville quil ne quittera jamais vraiment, même si aujourdhui, il
habite à côté. «En étant au grade le plus haut des conducteurs, jaurais pu
demander à suivre les stages pour conduire un TGV, le top, mais il aurait fallu que je
parte de Dieppe. Et vous savez, pour un Dieppois, Dieppe est la plus belle ville qui
existe. Nous les Dieppois, on a des racines et elles sont solides. Je suis donc resté.»
Revenu dans sa «gare natale» en 1981, il ne la quittera finalement que pour
partir à la retraite après avoir parcouru des milliers de fois la ligne Dieppe - Rouen,
le train de la marée de nuit en correspondance avec les ferry lorsque ceux-ci entraient
encore en centre-ville, ou encore Dieppe - Paris avant que la direction de la SNCF
nimpose des changements de conducteurs et de motrices en gare de Rouen sur la ligne
Dieppe - Paris.
Le métier a bien changé
«Le métier a bien changé depuis le temps, les cadences se
sont accélérées et le personnel a été réduit. Le changement le plus marquant a sans
doute été la suppression du deuxième poste dans les locomotives. Le conducteur est
aujourdhui seul et communique par radio.».»
Des souvenirs, Gérard Fécamp en a à la pelle. Son bureau, installé dans le
local «Traction» de la gare de Dieppe, du nom du service des conducteurs, en porte
dailleurs les traces multiples. Des photos de ces grandes grèves auxquelles le
conducteur a participé. «Il sagissait de sauver la gare et de lutter contre la
direction nationale sur le terrain social.»
Si Dieppe a encore sa gare, elle le doit assurément en partie à laction
de Gérard Fécamp. «A plusieurs reprises, la direction a voulu fermer le service des
roulants à Dieppe, ce qui est évidemment une première étape vers une fermeture totale
de la gare. Et chaque fois, nous nous sommes mobilisés.»
«On a écrit à Gallois et au
ministre»
Avec succès puisque celui qui devait être le dernier
Dieppois du service «traction» ne le sera finalement pas. «Ces menaces ont été
sérieuses à la fin des années 80 et en 98. La dernière fois, la direction avait dit
que plus personne ne serait affecté à Dieppe après mon départ à la retraite, je
devais être le dernier. Comme dans le même temps, on commençait à parler de
régionalisation, jai saisi lopportunité et avec Jean-Claude Roger, un
collègue, et le syndicat, on a monté un dossier qui est remonté jusquà Louis
Gallois, le PDG de la SNCF, et sur le bureau de Jean-Claude Gayssot, le ministre des
Transports. Le ministre nous a répondu quil étudierait notre demande. Jai
dit aux gars : «la porte sentrouvre et on la enfoncée». Aujourdhui,
13 agents de conduite sont affectés à Dieppe, tous des gars dici.» Cette victoire
est lune des plus belles que Gérard Fécamp ait remportées, mais son plus beau
souvenir de grève, reste le mouvement de 95 contre le plan Juppé. «On est resté en
grève du 24 novembre jusquau 17 décembre. Cétait dur, mais tous les
services de la gare étaient là.» Cest de cette chaleur, de ce sentiment
dappartenance à une grande famille que le cheminot parle si volontiers.
Maintenant que lheure de la retraite a sonné, Gérard Fécamp ne fera
plus partir les trains mais se contentera de les regarder passer, non sans une certaine
nostalgie.
P. R. |
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