Journal du 21 décembre 2001

Regma Solutions en cessation de paiement
" Nous ne voulons pas mourir "

Le directeur de Regma solutions a annoncé lundi au personnel la cessation de paiement de l’entreprise implantée à Arques-la-Bataille et à Nanterre. Un nouveau coup dur pour les 197 salariés qui voient par conséquent leur salaire de décembre bloqué et l’avenir de leur travail remis une nouvelle fois en cause.

Pour l’instant, nous restons calmes mais nous nous préparons à bouger si nous ne sommes pas payés à la fin du mois ». Deux jours après l’annonce de la cessation de paiement faite lundi après-midi par Pierre Jullien, le président directeur général, le personnel de Regma solutions est encore sous le choc, partagé entre colère et résignation. « Nous, les anciens, nous l’avons vu venir » témoigne un salarié présent dans l’entreprise depuis plus de 37 ans. « En novembre, la direction a arrêté de payer les fournisseurs pour régler nos salaires… il fallait s’y attendre ». Après plusieurs années au service de l’entreprise, d’autres préfèrent se taire, répondant, une larme au bord des yeux, ne pas avoir envie d’en parler. Ils savent effectivement de quoi il en retourne. Les dépôts de bilan, les plans sociaux, les grèves… ils connaissent tous pour les avoir déjà vécus. « Aujourd’hui, nous ne sommes pas prêts à revivre la situation d’il y a trois ans avec la précédente cessation de paiement qui nous avait déjà privés de notre salaire à la fin du mois de décembre… »

Des moyens de nuire

Cette fois, la menace de polluer l’environnement en utilisant des produits toxiques employés par l’entreprise est de plus en plus clairement avancée pour se faire entendre. « Nous ne voulons pas mourir et nous avons les moyens de nuire, alors mieux vaut prévenir que guérir » avertissent-ils.

Pendant ce temps, les syndicats (CFE-CGC, CFDT, CGT-FO et CGT) agissent ensemble pour tenter de trouver une solution au règlement des salaires de décembre dans les plus brefs délais. Ils ont effectivement décidé de demander aux pouvoirs publics d’avancer ces salaires. Après avoir rencontré le sous-préfet, Jean-Michel Bonté, mercredi midi, ils ont obtenu un rendez-vous avec la Direction départementale du Travail et de l’Emploi et la sous-préfecture, mercredi prochain pour étudier la question. « Nous espérons que cela sera pour nous annoncer une bonne nouvelle » commentent-ils.

Un appel solennel

Parallèlement, les syndicats appellent solennellement les clients et fournisseurs à continuer à travailler avec l’entreprise. Au-delà du règlement des salaires c’est également l’avenir des emplois qui est désormais suspendu à la décision du Tribunal de commerce de Paris où l’entreprise possède son siège. Déposée vendredi dernier, la déclaration de cessation de paiement pourrait être examinée vers le 10 janvier par ce même tribunal.

A partir de là, plusieurs scénarios se dessinent. Le Tribunal peut prononcer la liquidation immédiate de l’entreprise ou accorder une période d’observations. Durant cette période d’observations, les dettes de l’entreprise sont gelées et des plans sociaux ou de cessions peuvent être présentés.

Une direction injoignable

Aujourd’hui, la direction, contactée par téléphone, se refuse à tout commentaire. A Nanterre, le président directeur général reste injoignable et sur le site d’Arques-la-Bataille, le directeur ne souhaite pas, selon son secrétariat, s’exprimer.

En 1999, cent dix salariés avaient été licenciés et aujourd’hui ils sont encore cent quatorze en activités sur le site d’Arques-la-Bataille.

D’une même voix, les syndicats exposent que les dirigeants souhaiteraient vendre une partie de l’entreprise, le « service technique après-vente » et la production de rubans de transfert thermique, pour ne conserver que le département « grande largeur » et qu’il y aurait déjà sur les rangs un, voire deux repreneurs.

Les syndicats qui sont convoqués aujourd’hui en CCE extraordinaire veulent maintenant demander des comptes au président afin de connaître le montant des dettes. Depuis deux ans et demi, l’actionnaire a déjà dû réinjecter 55 millions de francs dans l’entreprise, et le montant de l’endettement envers les fournisseurs n’est pas connu. « Nous ne souhaitons pas mourir les armes aux pieds et nous nous battrons pour obtenir le maximum pour les salariés » concluent les syndicats dépités…

A.C.


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