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Journal du 16 février 2001
Ivoiriers
Jean et Annick Collette perpétuent
une tradition dieppoise ancestrale

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Le
Polletais est lune des figurines
les plus prisées de la clientèle
de lartiste. |
Jean Collette
travaille encore
avec des outils de ses aïeux pour perpétuer une tradition de savoir-faire. |
| Ils sont "Ivoiriers" de
père en fils depuis six générations. Aujourdhui, Jean Collette qui a transmis son
savoir-faire à Annick, sa fille, sont parmi les cinq ou six spécialistes encore en
activité alors que lon en comptait plus de 300 sous Louis XIV. Rencontre dans un
monde de passion où la précision du geste na déquivalent que lamour
de la matière. Son atelier est un véritable capharnaüm mais
lendroit respire la passion. Dans la pénombre de quelques lampes dont léclat
plonge vers les tables de travail, Jean Collette cultive son art. Il est lun des
cinq ou six derniers ivoiriers de France - alors quils étaient au moins 300 sous
Louis XIV qui a dailleurs fait lhonneur de sa visite dans latelier de la
famille Collette - qui perpétuent une tradition née avec les premiers échanges entre
lEurope et lAfrique. Des échanges pour lesquels Dieppe a tenu un rôle de
pionnier puisque cest en 1314 quun armateur dieppois affrétait deux navires
en partance vers la Guinée. Ils en revinrent les cales chargées divoire et de
poudre dor. Cest pourquoi la terre de Jehan-Ango peut aujourdhui
revendiquer dêtre le berceau de la sculpture de livoire. A tel point que les
ivoiriers que lon trouve encore en Allemagne, en Rhénanie très exactement, sont
issus de familles dieppoises dorigine, contraintes de fuir la France au moment de
lEdit de Nantes parce quelles étaient protestantes.
Bien loin de la terrible image
des braconniers
Lart des ivoiriers a bien évidemment souffert de
limage des braconniers qui écument lAfrique et se livrent à de véritables
tueries dans les troupeaux déléphants. Le travail et la passion de Jean Collette
nont pourtant rien à voir, lartiste se trouve à des années lumière de ces
marchés douteux de livoire. Cette année, malgré un carnet de commandes
surchargé, lartiste naura pas utilisé plus de... 4 kilos de matière
première. «Depuis que les importations sont interdites en France, je travaille avec des
stocks. Pour nous, la mort naturelle dun éléphant suffirait amplement à
satisfaire les besoins de latelier.» explique-t-il en relevant à peine le nez du
bateau quil est en train de sculpter.
Une expo permanente à Paris
Jean incarne la cinquième génération divoiriers
chez les Collette qui ont toujours travaillé dans le même petit local de la rue Ango. Et
aujourdhui encore il travaille avec les outils de ses aïeux. Car pour être ivoirier,
cest uniquement le tour de main qui compte, pas question de faire appel à des
outils sophistiqués pour faciliter la découpe dune matière dune dureté
extrême. La patience et la minutie, le souci du détail, la maîtrise du geste et la
précision sont les indispensables qualités requises pour faire carrière. Et cette
carrière, Jean Collette la construite au fil des années en recherchant sans cesse
la qualité absolue, au point dêtre capable de produire des sculptures hautes de
quelques millimètres seulement. Lorsque le Musée des Arts et Traditions Populaires de
Paris a voulu consacrer une expo au métier, cest naturellement au Dieppois
quil sest adressé. Depuis 1999, le travail de Jean Collette est ainsi exposé
au regard des milliers de visiteurs qui se pressent dans lun des plus beaux musées
de Paris. Toute la démarche de fabrication dune oeuvre, du traitement de la
matière première au produit fini en passant par lébauche, les sculptures fines et
le polissage y est ainsi déclinée. Le musée présente également deux oeuvres du
Dieppois, un couple de Polletais et un navire.
Sa clientèle est aujourdhui surtout constituée de touristes, français
pour la plupart, «car les Anglais qui viennent nombreux visiter latelier hésitent
à passer la frontière avec des sculptures divoire compte tenu des restrictions
douanières» explique Jean Collette. Laventure de la famille Collette et des
ivoires ne sarrêtera pas avec Jean car lartiste a su insuffler à sa fille
lenvie de continuer. Annick Collette-Frémond, seule ivoirière de France, travaille
avec son père et nourrit la même passion pour la matière et pour le métier. Grâce à
elle, la tradition dieppoise a encore de beaux jours devant elle et cest heureux.
P. R. |
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