Journal du 4 décembre 2001

Audit financier
C. Cuvilliez : "Je suis ulcéré !"

Hier matin, l’ancien maire de Dieppe a exprimé un flot de critiques à la suite de la publication des résultats de l’audit financier de la Ville commandé par son successeur à la mairie, et destiné selon lui « à justifier une politique d’austérité et de fracture sociale décidée par la droite dont les emplois-jeunes seront les premières victimes. »

Non, Dieppe ne vivait pas au-dessus de ses moyens. Non, les élus que nous étions ne jetaient pas l’argent par les fenêtres… Archi-faux. »

C’est en substance le message délivré lundi matin par Christian Cuvilliez, mais aussi Jean Beaufils, qui avait tenu à participer à ce point presse de réponse aux côtés de l’ancien maire, et plusieurs membres de l’ancienne équipe municipale.

Pour eux, le tableau dépeint dans le document de synthèse remis à la nouvelle municipalité par un cabinet d’experts comptables parisien qui a notamment travaillé pour la mairie de Paris sous l’ère Tibéri, est pour le moins fantaisiste, ou plus simplement parfaitement orienté. « Destiné à manipuler l’opinion et annoncer, déjà, une rupture avec la dynamique et la politique de solidarité qui avaient été les nôtres. Je crains aujourd’hui que Dieppe ne soit engagée sur la voie du déclin, et que la nouvelle politique orchestrée par la Droite à la mairie, ne porte les germes de la division sociale… »

Une opération politique de déstabilisation

Mensonges! Le mot n’est pas prononcé, mais c’est manifestement le sentiment des membres de l’ancienne majorité municipale.

Le document livré en pâture à la presse par la nouvelle municipalité ne serait finalement qu’un acte politique parfaitement orchestré par des réseaux « judiciaire, politique et médiatique… » dans une stratégie de déstabilisation à l’approche de nouvelles échéances électorales importantes.

Dans le fond et la forme, le document livré par le cabinet ARRCA commettrait en effet des erreurs de jugement, d’appréciation et nierait volontairement quantité de paramètres attestant au contraire de la qualité de la gestion antérieure à l’élection de mars dernier. Une gestion difficile car Dieppe est Dieppe, ambitieuse mais sûrement pas hasardeuse.

« La preuve en a été donnée par l’administration de tutelle, qui a entériné le compte administratif 2000 et le budget 2001. Si la situation de la Ville avait été aussi dramatique que tente de le prouver le rapport d’audit, jamais la Préfecture ne nous aurait laissé faire… En mai 2001, un article des Infos indiquait d’ailleurs que Dieppe n’était pas dans le rouge! Le compte administratif ayant révélé un excédent de 40 millions de francs. Quant au budget 2001, que l’audit qualifie d’irréaliste en avançant la somme de 120 millions de francs d’investissement, il oublie de préciser que ces 120 millions ne devaient évidemment pas être investis en un an. C’est un plan pluriannuel de cinq ans concernant les travaux de la station balnéaire qui devaient commencer dès le mois de juin, projet aujourd’hui remis en cause par la nouvelle municipalité alors que tout était prêt, et les subventions demandées (...)

A ce propos, l’audit parle beaucoup des 12 millions de francs versés par le Groupe Partouche dans le cadre de ce projet. Une première enveloppe de deux millions avait déjà été versée et utilisée pour financer des travaux à la piscine. Le reste de la somme a été versé dans la trésorerie générale de la Ville en attendant le lancement des travaux suivants (...)

Cette somme a toujours été répercutée dans les comptes et dans les budgets. Evidemment aujourd’hui, si la nouvelle municipalité décide de ne pas faire la station balnéaire, on pourra alors dire que la subvention a été détournée de son objectif mais ce ne sera pas de notre fait. »

Manipulation de l’opinion

Christian Cuvilliez accuse clairement la nouvelle municipalité d’avoir non seulement commandé un audit, mais surtout ses conclusions. « Pour répondre à un objectif précis de manipulation de l’opinion publique. Pire, il est destiné à jeter la suspicion sur l’ancienne municipalité qui aurait été peu soucieuse de la gestion des deniers publics. »

Touché en plein cœur, Christian Cuvilliez ne voudra pas se lancer dans le catalogue des réalisations des municipalités socialo-communistes de ces 30 dernières années « car de Rouen à Paris, on s’accorde à reconnaître l’ampleur des transformations survenues à Dieppe. Il me paraît important, alors qu’on nous reproche d’avoir jeté l’argent par les fenêtres, que les travaux d’aménagement du quai Henri-IV dont tout le monde reconnaît la réussite, ne se sont pas faits tout seuls. Ils ont coûté 20 millions de francs. Je pourrais aussi parler des opérations d’amélioration de l’habitat pour préserver le caractère historique du centre-ville. Quand nous sommes arrivés à la mairie en 1970, l’ancienne municipalité de droite avait un autre projet pour le centre historique de Dieppe: tout raser. On ignore aussi quelle suite sera donnée à ces opérations (...)

Je rappellerais aussi la réussite du Belvédère, générateur de recettes pour la ville, créateur de 600 emplois, contre lequel la droite s’était farouchement battue (...)

Edouard Leveau intervenant lui-même dans une démarche relevant du Poujadisme, auprès du cabinet de Jacques Chirac, pour torpiller le projet. C’est nous également qui avons lancé le dossier Dieppe Sud avec la création de l’avenue de l’Automobile. C’est tout de même mieux que ce que l’on voit de l’autre côté, sur le domaine portuaire où on se croirait à Kaboul… »

La cohésion sociale menacée

Concernant le volet subventions aux associations, Christian Cuvilliez reconnaît qu’il est important, « mais il est à l’image de la vie associative dieppoise. Nous avions confié des missions de service public aux associations qui sont un élément de cohésion sociale. Le résultat de cette politique est que Dieppe présente un taux de délinquance largement inférieur à ce que nous connaissons en Seine-Maritime. Mais de cela, évidemment on ne parle pas dans l’audit. Notre politique sociale a toujours été de permettre à tous d’accéder aux services, en organisant des grilles de tarifs à la bibliothèque, dans les cantines… en fonction des revenus. Pour que nul ne se sente exclu. » Pour l’ancien maire, les crédits accordés aux associations n’ont sûrement pas été gaspillés.

Incohérences et provocation

Jean Beaufils pour sa part, s’est attaché à éplucher page par page le rapport d’audit, « pour voir qu’il comprend de nombreuses erreurs ou incohérences. En premier lieu, je m’étonne que des experts comptables n’aient pas jugé opportun de toujours utiliser les mêmes ratios pour établir leurs comparaisons. Il est clair que les choix de comparatifs ont toujours été faits pour que le résultat soit le plus défavorable possible à Dieppe et à la gestion antérieure (...)

Par ailleurs ce rapport annoncé au printemps dernier me paraît fort incomplet. Ses huit premières pages donnent des définitions que l’on trouve dans tout manuel de comptabilité publique, les 21 suivantes ne sont que des tableaux et graphiques que tous les élus connaissent déjà. Seules les 15 dernières, celles de commentaires, d’analyses et de recommandations sont intéressantes. C’est maigre pour un travail qui aura coûté plus de 115000 francs à la collectivité. C’est maigre et inhabituel dans ce genre de document.

Le rapport précise que la Ville est surendettée alors que quelques pages plus loin on démontre par des chiffres que la situation de Dieppe est légèrement supérieure à la moyenne nationale mais nettement inférieure au taux généralement admis pour parler de… surendettement.

En définitive, cette analyse n’apporte rien de nouveau, elle n’est pas très sérieuse et ne répond qu’à un seul objectif: faire de la provocation! »

P. R.


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