| Hier matin, lancien maire de
Dieppe a exprimé un flot de critiques à la suite de la publication des résultats de
laudit financier de la Ville commandé par son successeur à la mairie, et destiné
selon lui « à justifier une politique daustérité et de fracture sociale
décidée par la droite dont les emplois-jeunes seront les premières victimes. » Non,
Dieppe ne vivait pas au-dessus de ses moyens. Non, les élus que nous étions ne jetaient
pas largent par les fenêtres
Archi-faux. »
Cest en substance le message délivré lundi matin par Christian
Cuvilliez, mais aussi Jean Beaufils, qui avait tenu à participer à ce point presse de
réponse aux côtés de lancien maire, et plusieurs membres de lancienne
équipe municipale.
Pour eux, le tableau dépeint dans le document de synthèse remis à la nouvelle
municipalité par un cabinet dexperts comptables parisien qui a notamment travaillé
pour la mairie de Paris sous lère Tibéri, est pour le moins fantaisiste, ou plus
simplement parfaitement orienté. « Destiné à manipuler lopinion et annoncer,
déjà, une rupture avec la dynamique et la politique de solidarité qui avaient été les
nôtres. Je crains aujourdhui que Dieppe ne soit engagée sur la voie du déclin, et
que la nouvelle politique orchestrée par la Droite à la mairie, ne porte les germes de
la division sociale
»
Une opération politique de
déstabilisation
Mensonges! Le mot nest pas prononcé, mais cest
manifestement le sentiment des membres de lancienne majorité municipale.
Le document livré en pâture à la presse par la nouvelle municipalité ne
serait finalement quun acte politique parfaitement orchestré par des réseaux «
judiciaire, politique et médiatique
» dans une stratégie de déstabilisation à
lapproche de nouvelles échéances électorales importantes.
Dans le fond et la forme, le document livré par le cabinet ARRCA commettrait en
effet des erreurs de jugement, dappréciation et nierait volontairement quantité de
paramètres attestant au contraire de la qualité de la gestion antérieure à
lélection de mars dernier. Une gestion difficile car Dieppe est Dieppe, ambitieuse
mais sûrement pas hasardeuse.
« La preuve en a été donnée par ladministration de tutelle, qui a
entériné le compte administratif 2000 et le budget 2001. Si la situation de la Ville
avait été aussi dramatique que tente de le prouver le rapport daudit, jamais la
Préfecture ne nous aurait laissé faire
En mai 2001, un article des Infos indiquait
dailleurs que Dieppe nétait pas dans le rouge! Le compte administratif ayant
révélé un excédent de 40 millions de francs. Quant au budget 2001, que laudit
qualifie dirréaliste en avançant la somme de 120 millions de francs
dinvestissement, il oublie de préciser que ces 120 millions ne devaient évidemment
pas être investis en un an. Cest un plan pluriannuel de cinq ans concernant les
travaux de la station balnéaire qui devaient commencer dès le mois de juin, projet
aujourdhui remis en cause par la nouvelle municipalité alors que tout était prêt,
et les subventions demandées (...)
A ce propos, laudit parle beaucoup des 12 millions de francs versés par
le Groupe Partouche dans le cadre de ce projet. Une première enveloppe de deux millions
avait déjà été versée et utilisée pour financer des travaux à la piscine. Le reste
de la somme a été versé dans la trésorerie générale de la Ville en attendant le
lancement des travaux suivants (...)
Cette somme a toujours été répercutée dans les comptes et dans les budgets.
Evidemment aujourdhui, si la nouvelle municipalité décide de ne pas faire la
station balnéaire, on pourra alors dire que la subvention a été détournée de son
objectif mais ce ne sera pas de notre fait. »
Manipulation de lopinion
Christian Cuvilliez accuse clairement la nouvelle
municipalité davoir non seulement commandé un audit, mais surtout ses conclusions.
« Pour répondre à un objectif précis de manipulation de lopinion publique. Pire,
il est destiné à jeter la suspicion sur lancienne municipalité qui aurait été
peu soucieuse de la gestion des deniers publics. »
Touché en plein cur, Christian Cuvilliez ne voudra pas se lancer dans le
catalogue des réalisations des municipalités socialo-communistes de ces 30 dernières
années « car de Rouen à Paris, on saccorde à reconnaître lampleur des
transformations survenues à Dieppe. Il me paraît important, alors quon nous
reproche davoir jeté largent par les fenêtres, que les travaux
daménagement du quai Henri-IV dont tout le monde reconnaît la réussite, ne se
sont pas faits tout seuls. Ils ont coûté 20 millions de francs. Je pourrais aussi parler
des opérations damélioration de lhabitat pour préserver le caractère
historique du centre-ville. Quand nous sommes arrivés à la mairie en 1970,
lancienne municipalité de droite avait un autre projet pour le centre historique de
Dieppe: tout raser. On ignore aussi quelle suite sera donnée à ces opérations (...)
Je rappellerais aussi la réussite du Belvédère, générateur de recettes pour
la ville, créateur de 600 emplois, contre lequel la droite sétait
farouchement battue (...)
Edouard Leveau intervenant lui-même dans une démarche relevant du Poujadisme,
auprès du cabinet de Jacques Chirac, pour torpiller le projet. Cest nous également
qui avons lancé le dossier Dieppe Sud avec la création de lavenue de
lAutomobile. Cest tout de même mieux que ce que lon voit de
lautre côté, sur le domaine portuaire où on se croirait à Kaboul
»
La cohésion sociale menacée
Concernant le volet subventions aux associations, Christian
Cuvilliez reconnaît quil est important, « mais il est à limage de la vie
associative dieppoise. Nous avions confié des missions de service public aux associations
qui sont un élément de cohésion sociale. Le résultat de cette politique est que Dieppe
présente un taux de délinquance largement inférieur à ce que nous connaissons en
Seine-Maritime. Mais de cela, évidemment on ne parle pas dans laudit. Notre
politique sociale a toujours été de permettre à tous daccéder aux services, en
organisant des grilles de tarifs à la bibliothèque, dans les cantines
en fonction
des revenus. Pour que nul ne se sente exclu. » Pour lancien maire, les crédits
accordés aux associations nont sûrement pas été gaspillés.
Incohérences et provocation
Jean Beaufils pour sa part, sest attaché à éplucher
page par page le rapport daudit, « pour voir quil comprend de nombreuses
erreurs ou incohérences. En premier lieu, je métonne que des experts comptables
naient pas jugé opportun de toujours utiliser les mêmes ratios pour établir leurs
comparaisons. Il est clair que les choix de comparatifs ont toujours été faits pour que
le résultat soit le plus défavorable possible à Dieppe et à la gestion antérieure
(...)
Par ailleurs ce rapport annoncé au printemps dernier me paraît fort incomplet.
Ses huit premières pages donnent des définitions que lon trouve dans tout manuel
de comptabilité publique, les 21 suivantes ne sont que des tableaux et graphiques que
tous les élus connaissent déjà. Seules les 15 dernières, celles de commentaires,
danalyses et de recommandations sont intéressantes. Cest maigre pour un
travail qui aura coûté plus de 115000 francs à la collectivité. Cest maigre et
inhabituel dans ce genre de document.
Le rapport précise que la Ville est surendettée alors que quelques pages plus
loin on démontre par des chiffres que la situation de Dieppe est légèrement supérieure
à la moyenne nationale mais nettement inférieure au taux généralement admis pour
parler de
surendettement.
En définitive, cette analyse napporte rien de nouveau, elle nest
pas très sérieuse et ne répond quà un seul objectif: faire de la provocation! »
P. R. |