Journal du 11 décembre 2001

Amarrés dans le bassin du Commerce depuis huit mois
Les deux cargos marocains sont à vendre

Voici quelques semaines, on nous disait que le Midelt et le Michlifen étaient en attente de fret ; aujourd’hui, on apprend que les deux navires appartenant à la Compagnie marocaine de navigation (Comanav) ont été mis en vente.

On a vraiment hâte de repartir, à Dieppe, y’a pas d’ambiance et on trouve le temps long… » Ce marin marocain vient de quitter le bord du Midelt, amarré dans le bassin de Paris depuis… huit mois en compagnie du Michlifen son sistership, deux cargos fruitiers appartenant à la Compagnie marocaine de navigation (Comanav) dont le siège se situe à Casablanca. Officiellement, les deux navires devaient passer l’été au chaud dans le port dieppois en attente de fret pour reprendre la mer. C’est la version qui circulait sur le port, relayée par les autorités maritimes.

Depuis, les choses ont semble-t-il changé puisque les deux bateaux auraient été mis en vente. « On n’est pas près de repartir… » raconte le marin. « Nous voyons de temps en temps des acheteurs qui viennent visiter, mais on n’en sait pas plus. »

Une source marocaine confirme la mise en vente

Les onze hommes qui se trouvent encore à bord sont relayés tous les quatre mois par un nouvel équipage en provenance de Casablanca, le port d’attache de tous les navires de la compagnie marocaine, qui fait non seulement du trafic de marchandises dans tout le bassin méditerranéen, l’Europe du Nord ou le Canada, mais aussi du trafic passager avec des ferries entre le Maroc et le port de Sète via le Détroit de Gibraltar.

Pour passer le temps et pour éviter que la machine n’ait à trop souffrir d’une immobilisation prolongée, les marins font régulièrement tourner les moteurs des deux cargos vieux de 18 et 20 ans sans pour autant les faire bouger d’un centimètre.

Malgré leur statut précaire et leur avenir incertain, les deux navires pour lesquels les droits de port sont (jusqu’à présent) payés régulièrement à la Chambre de commerce, ne sont pas frappés d’interdiction d’appareiller qui serait alors synonyme de saisie conservatoire. Selon Pierre Lefebvre, expert maritime de Dieppe, les deux cargos sont de vieux clous dont l’avenir se trouve plutôt du côté d’une casse, « j’espère qu’ils ne feront pas ventouse dans le port… » signifiant par là que les deux bateaux sont encore à Dieppe pour de longs mois.

Il se dit pourtant qu’un armateur grec se serait intéressé à l’un d’entre-eux. Une source marocaine confirme d’ailleurs que « plusieurs acheteurs potentiels se sont manifestés. » Et d’ajouter que la décision de vendre a été prise « pour renouveler une partie de la flotte qui ne répond plus aujourd’hui aux besoins du marché. Au total, la Comanav compte 14 navires dont plusieurs sont à vendre. Le transport de fruits et légumes primeurs par voie maritime est de plus en plus concurrencé par le transport routier. Il y a dix ans, on ne recensait pas plus de 12000 camions par an sur le Détroit de Gibraltar alors qu’aujourd’hui, c’est près de 100000 camions qui empruntent les lignes de ferry. En plus, le Maroc est confronté à un triple problème: la concurrence des agrumes d’Espagne, la disparition de l’organisme régulateur qui se chargeait des exportations, et enfin une terrible sécheresse qui a fait plonger la production de 35 % l’an dernier. Le Maroc n’avait jamais connu ça! »

Une nouvelle qui n’est guère rassurante pour le terminal fruitier qui compte beaucoup sur la saison des agrumes du Maroc pour assurer sa survie. Saison qui devrait enfin démarrer cette semaine puisque le Kraskino en provenance d’Agadir, transportant 1200 palettes de clémentines est annoncé pour jeudi ou vendredi. Il devrait être suivi de l’Asian Olive (136 mètres) lundi avec 1400 palettes de clémentines et peut-être des tomates.

P. R.


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