Voici quelques semaines, on nous
disait que le Midelt et le Michlifen étaient en attente de fret ; aujourdhui, on
apprend que les deux navires appartenant à la Compagnie marocaine de navigation (Comanav)
ont été mis en vente.On a vraiment hâte de repartir, à
Dieppe, ya pas dambiance et on trouve le temps long
» Ce marin marocain
vient de quitter le bord du Midelt, amarré dans le bassin de Paris depuis
huit mois
en compagnie du Michlifen son sistership, deux cargos fruitiers appartenant à la
Compagnie marocaine de navigation (Comanav) dont le siège se situe à Casablanca.
Officiellement, les deux navires devaient passer lété au chaud dans le port
dieppois en attente de fret pour reprendre la mer. Cest la version qui circulait sur
le port, relayée par les autorités maritimes.
Depuis, les choses ont semble-t-il changé puisque les deux bateaux auraient
été mis en vente. « On nest pas près de repartir
» raconte le marin. «
Nous voyons de temps en temps des acheteurs qui viennent visiter, mais on nen sait
pas plus. »
Les onze hommes qui se trouvent encore à bord sont relayés
tous les quatre mois par un nouvel équipage en provenance de Casablanca, le port
dattache de tous les navires de la compagnie marocaine, qui fait non seulement du
trafic de marchandises dans tout le bassin méditerranéen, lEurope du Nord ou le
Canada, mais aussi du trafic passager avec des ferries entre le Maroc et le port de Sète
via le Détroit de Gibraltar.
Pour passer le temps et pour éviter que la machine nait à trop souffrir
dune immobilisation prolongée, les marins font régulièrement tourner les moteurs
des deux cargos vieux de 18 et 20 ans sans pour autant les faire bouger dun
centimètre.
Malgré leur statut précaire et leur avenir incertain, les deux navires pour
lesquels les droits de port sont (jusquà présent) payés régulièrement à la
Chambre de commerce, ne sont pas frappés dinterdiction dappareiller qui
serait alors synonyme de saisie conservatoire. Selon Pierre Lefebvre, expert maritime de
Dieppe, les deux cargos sont de vieux clous dont lavenir se trouve plutôt du côté
dune casse, « jespère quils ne feront pas ventouse dans le port
» signifiant par là que les deux bateaux sont encore à Dieppe pour de longs mois.
Il se dit pourtant quun armateur grec se serait intéressé à lun
dentre-eux. Une source marocaine confirme dailleurs que « plusieurs acheteurs
potentiels se sont manifestés. » Et dajouter que la décision de vendre a été
prise « pour renouveler une partie de la flotte qui ne répond plus aujourdhui aux
besoins du marché. Au total, la Comanav compte 14 navires dont plusieurs sont à vendre.
Le transport de fruits et légumes primeurs par voie maritime est de plus en plus
concurrencé par le transport routier. Il y a dix ans, on ne recensait pas plus de 12000
camions par an sur le Détroit de Gibraltar alors quaujourdhui, cest
près de 100000 camions qui empruntent les lignes de ferry. En plus, le Maroc est
confronté à un triple problème: la concurrence des agrumes dEspagne, la
disparition de lorganisme régulateur qui se chargeait des exportations, et enfin
une terrible sécheresse qui a fait plonger la production de 35 % lan dernier. Le
Maroc navait jamais connu ça! »
Une nouvelle qui nest guère rassurante pour le terminal fruitier qui
compte beaucoup sur la saison des agrumes du Maroc pour assurer sa survie. Saison qui
devrait enfin démarrer cette semaine puisque le Kraskino en provenance dAgadir,
transportant 1200 palettes de clémentines est annoncé pour jeudi ou vendredi. Il devrait
être suivi de lAsian Olive (136 mètres) lundi avec 1400 palettes de clémentines
et peut-être des tomates.
P. R.