| Le cabinet dexperts comptables
missionnés par Edouard Leveau vient de rendre sa copie. Un rapport terrible pour
lancienne majorité municipale dont la gestion aurait conduit la Ville à la
cessation de paiement. Il est important de souligner le côté
irréaliste du budget 2001 qui conduisait inéluctablement la commune à une situation de
surendettement et à rendre lexécution budgétaire très difficile (sauf par le
Préfet après intervention de la Chambre Régionale des Comptes). »
Commandé peu après les élections municipales de mars dernier par Edouard
Leveau, laudit financier de la Ville de Dieppe vient de rendre son verdict. Et
cest peu de chose que de dire que la situation nest guère brillante. La
citation (ci-dessus) tirée du rapport de synthèse du cabinet Arcca, installé à Paris,
en est malheureusement la plus parfaite illustration.
Au fil de la cinquantaine de pages que compte ce rapport, ou plutôt cet «
épluchage » en règle des comptes de la cité dAngo, les auditeurs financiers,
véritables spécialistes en la matière, référencés au conseil supérieur des experts
comptables, dressent un portrait sinon dramatique, au moins très difficile de la
situation.
Tous les postes comptables
passés à la moulinette
En résumé, la Ville aurait vécu largement au-dessus de
ses moyens de 1997 à 2001, période sur laquelle portait létude. Tous les secteurs
de dépenses et de recettes de la Ville ont été passés à la moulinette des experts de
manière à offrir aux nouveaux élus, mais également à la population, une photographie
aussi exacte et aussi précise que possible de la situation au travers dune analyse
strictement financière.
A en croire le rapport commandé par Edouard Leveau, la Ville de Dieppe aurait
fait lobjet dune gestion hasardeuse tout au long de ces dernières années. Le
sentiment des experts à propos du projet de budget 2001 que Christian Cuvilliez et
lancienne majorité avaient fait voter avant les élections étant qualifié de
parfaitement irréaliste sauf à conduire la Ville au surendettement. Une thèse qui
sous-entend que la nouvelle municipalité a tout intérêt, sous peine de plonger dans une
irréversible spirale, à faire preuve de sagesse en terme dinvestissements. Dieppe
na visiblement pas les moyens de ses ambitions. Et comme dans le même temps, la
pression fiscale exercée sur la population est déjà largement supérieure à la moyenne
des taux pratiqués dans des villes de même importance, puisque son endettement ne lui
permet plus de recourir librement à lemprunt (le taux dendettement de la
Ville par habitant est supérieur de 14 % à la moyenne nationale), la Ville ne dispose
plus de marges de manuvre en dehors de la nécessité de resserrer les boulons pour
faire la chasse aux gaspillages.
La Ville doit maîtriser son
train de vie
Avec des dépenses de fonctionnement qui nont cessé
daugmenter, conjuguées à des baisses de recettes tirées vers le bas du fait des
crises économiques successives qui ont privé Dieppe de ressources en terme de taxe
professionnelle, la Ville a vu sa capacité dauto-financement, pourtant essentielle
à léquilibre financier dune commune, fondre comme neige au soleil. « Entre
1997 et 2000, la capacité dautofinancement a subi une chute de 20,25 %. Les charges
de fonctionnement augmentent donc à un rythme dévolution très supérieur à celui
des recettes. Dans les faits, la collectivité éprouve certaines difficultés à
maîtriser son rythme de vie et doit impérativement veiller à surveiller la progression
de ses charges de fonctionnement (...) Chaque poste comptable doit être regardé
individuellement pour « dénicher » les dérapages éventuels et incontrôlés. »
Le rapport note que sur la même période, la Ville a connu une politique
dinvestissements relativement soutenue (39 millions de francs en 1997 et 67 millions
en 2000, année précédant les élections
) dont elle navait pas forcément
les moyens. Ces investissements ramenés par habitant révèlent un taux supérieur de 27
% à Dieppe par rapport à la moyenne nationale (1678 francs par habitant entre 1998 et
2000 à Dieppe contre 1321 francs pour la moyenne nationale).
Trop de largesses envers les
associations
Cest le chapitre « charges à caractère général
(achats services extérieurs, entretien du patrimoine, contrats de prestations de
services, etc.) » qui plombe le plus la balance financière de la Ville. « La
collectivité doit impérativement veiller à surveiller la progression de ses
charges
» note le rapport daudit.
Concernant le chapitre « personnel » le cabinet Arrca na pas noté de
dérapage notoire, mais attire néanmoins lattention sur le poids que
représenteront les emplois-jeunes sils devaient être pérennisés. En tout état
de cause, la Ville de Dieppe na pas les moyens de recruter même si « les frais de
personnel ont faiblement augmenté entre 1997 et 2000, ce qui caractérise une certaine
maîtrise dans lévolution et la gestion des frais de personnel (...) Les frais de
personnel ont évolué moins rapidement que la totalité des charges réelles de
fonctionnement. » Laudit préconise toutefois de renoncer à recruter, mais
également de maîtriser labsentéisme, de former et de motiver le personnel et de
gérer de façon optimale les remplacements à la suite de départs. En clair, si la Ville
peut se passer de remplacer les partants, les finances communales ne sen porteraient
pas plus mal. Les nouveaux élus feront-ils ce choix au risque de remettre en cause les
services rendus à la population?
Epinglé en revanche, le chapitre « Subventions aux associations » qui pour
lannée 2000 sest établi à plus de 22 millions de francs soit 620 francs par
habitant. Sur ce plan, le cabinet dexpert préconise de « sengager vers un
suivi et un contrôle plus stricts dans le versement des subventions et des avantages en
nature qui représentent aujourdhui un montant très élevé, la mise en place
dun véritable contrôle de gestion et enfin de vérifier la conformité légale des
subventions versées. »
Matraquage fiscal
Au chapitre « fiscalité », le rapport indique que la
Ville ne bénéficie plus daucune marge de manuvre puisque les Dieppois, quels
quils soient, subissent déjà « une pression fiscale très supérieure à celle
exercée au plan national. A titre dexemple, le taux dimposition sur le
foncier bâti se situe à 39,90 % contre 17,23 % en moyenne à léchelon national.
Les trois autres taux dimposition des contributions directes sont également
supérieurs à la moyenne nationale: 17,01 % en 2000 contre 14,80 % au niveau national
pour la taxe professionnelle, 17,60 % contre 13,50 % pour la taxe dhabitation. »
Dun point de vue économique, (qui cependant ne tient pas compte de la
création, toujours possible de la communauté dagglomération) le cabinet
daudit qualifie la situation de Dieppe dinquiétante « en raison du peu de
terrains disponibles et en labsence de toute politique attractive. »
Où sont les 12 millions de
Partouche?
Au chapitre investissement, laudit révèle une
anomalie majeure et fort préjudiciable. En 1999, le groupe Partouche, propriétaire du
Casino a versé une subvention e 12 millions de francs destinée à la réalisation de la
station balnéaire, or il apparaît que les fonds ont été utilisés pour financer des
dépenses de fonctionnement classiques et ordinaires de la Ville. Le casinotier serait
aujourdhui en droit de demander des comptes!
Pour gagner de largent, puisqu'il nexiste pas de possibilités en
terme de fiscalité ou de nouvel emprunt lourd, laudit estime que la Ville devrait
revoir sa taxe de séjour pour les touristes ou les emplacements publicitaires
Des
miettes en quelque sorte, qui révèlent que la Ville est bel et bien mal en point.
Surtout, la gestion municipale devra effectivement faire preuve de sagesse et
continuer de chasser le « gaspi » en renégociant tous les contrats de prestation qui
peuvent lêtre et en limitant autant que faire se peut, les dépenses de
fonctionnement.
Nul doute que Christian Cuvillez ne restera pas insensible à la publication de
cet audit
Philippe RIFFLET |