| Ancien adjoint à lEnseignement
et aux Sports à la Ville de Dieppe, Jean-Pierre Alexandre connaît beaucoup de monde et
il jouit dune certaine cote de popularité. Il attendait que le Parti socialiste lui
donne sa chance à loccasion des dernières élections cantonales mais ce ne fut pas
le cas, avec le résultat que lon sait. A quelques mois des législatives,
Jean-Pierre Alexandre monte au créneau. Il se pose en candidat à la candidature alors
que, loi de parité oblige, le PS a réservé la 11e circonscription de Dieppe à une
femme, en loccurrence Sandrine Hurel. Cest ce soir à Biville-sur-Mer que les
militants du PS doivent choisir leur candidat. Jean-Pierre
Alexandre a toujours été un adepte du parler vrai. Comme ce nest pas forcément
une façon de faire en politique, cela lui a parfois joué des tours. Mais lhomme
nen a cure. A 53 ans, cet agitateur de consciences a au moins le mérite de dire ce
quil pense. Quitte à faire du bruit dans Landerneau. Sa dernière idée? Etre le
candidat du Parti socialiste sur la 11e circonscription pour les prochaines élections
législatives! Seul problème, la Fédération du Parti socialiste exige une femme. Ce
nest pas du goût de lancien adjoint à la Ville de Dieppe qui veut aller au
bout de sa démarche.
Ancien syndicaliste à la CGT (de 1968 à 1987) et sympathisant du Parti
socialiste depuis le début des années soixante-dix, Jean-Pierre Alexandre sengage
en politique en 1986: « Lorsquil y a eu la première cohabitation avec
larrivée de Jacques Chirac comme premier ministre de François Mitterrand,
jai rejoint le PS », explique-t-il. Trois ans plus tard, il est sur la liste
socialiste aux municipales de Dieppe, aux côtés de Jean Beaufils, Jean-Claude
Chauvière, Daniel Paris ou encore Gérard Martine.
Elu conseiller municipal en 1989, il figure sur la liste dunion de la
gauche en 1995. Le PS compte cinq adjoints: Jean Beaufils, Daniel Paris, Jean-Claude
Chauvière, Gérard Pestrinaux et Jean-Pierre Alexandre, lequel récupère deux
portefeuilles, lenseignement et les sports. On confie donc de sacrées
responsabilités à cet adjoint débutant.
« Ce fut une bonne expérience, commente-t-il. Avec le recul, jaborderai
ma mission autrement. Je me suis laissé manger par mon emploi du temps et je nai
pas assez délégué. Jai fait avancer mes idées dans la population, en me gardant
toujours de faire de la politique politicienne ». Une preuve? Deux mois après son
élection de 1995, il accorde une rallonge de subvention au FC Dieppe présidé par Pierre
Blondel (Ndlr: aujourdhui adjoint aux Sports qui figurait déjà sur la liste
dEdouard Leveau). « Quelques collègues de la majorité municipale de
lépoque me lont reproché mais je ne regrette rien, explique-t-il. Je
nai jamais voulu faire preuve de sectarisme ».
Justement, lancienne équipe municipale fut-elle trop généreuse dans ses
subventions aux associations? Jean-Pierre Alexandre répond par la négative: « Les
associations ont perçu des subventions mais le calme règne dans les quartiers. Dans les
clubs de sport, les jeunes sont formés par des techniciens qui ont le Brevet dEtat.
Quand jai annoncé que je souhaitais professionnaliser le système, on ma pris
pour un fou. Aujourdhui, tout le monde y vient. La Ville de Dieppe fut même
précurseur de ce qua entériné ensuite le gouvernement ».
« Rebâtir le PS sur
Dieppe »
Parmi les autres satisfactions de Jean-Pierre Alexandre, «
la conversion du Club 5 en gymnase Delaune, le plan informatique mené dans les écoles et
la rénovation de toutes les écoles dieppoises. Elles étaient dans un triste état en
1995 et nous avons consacré entre 6 et 10 millions de francs dinvestissements
chaque année ». La Ville a-t-elle vécu au-dessus de ses moyens? « Non, rétorque
lintéressé. Nous avons privilégié la qualité des services rendus à la
population. On pouvait faire beaucoup moins et diminuer les impôts mais on nous aurait
alors reproché notre immobilisme ».
Du côté des déceptions de son mandat dadjoint, « le dialogue a minima
avec lEducation Nationale. Cest une structure lourde qui ne permet pas
toujours davancer en raison dune grande rigueur administrative ». Autre
regret, plus conséquent encore, la défaite aux dernières municipales: « Je lai
dautant plus mal vécue que nous avions un bilan et des projets. En revanche, nous
avons failli dans la composition de la liste. Il y avait parmi les quinze premiers noms
des personnes inconnues ou presque ».
Sil se porte aujourdhui candidat à la candidature pour les
prochaines législatives, cest avant tout dans « une stratégie de rebâtir
progressivement le PS à Dieppe. Javais reçu des promesses pour les cantonales et
elles nont pas été tenues. Cest donc le moment que jy aille. Oui, je
souhaite être le candidat du PS aux prochaines législatives ». Quitte à forcer un peu
les portes. Il sen moque, considérant que « le PS a presque disparu sur la région
dieppoise depuis larrivée de Henri Weber. Maintenant, lheure est à la
reconstruction ».
Et le bâtisseur Alexandre dit « être comme 65 % des Français qui détestent
la confiscation de la politique par les politiciens. Il faut voir émerger des personnes
de la société civile. Les politiques se trouvent trop souvent en dehors dun
système quils ne connaissent pas. En politique, il faut aussi des salariés, des
ouvriers, des fonctionnaires et des professions libérales ».
« Cest une
discrimination »
Autre argument de Jean-Pierre Alexandre, celui de la
légitimité: « Je pense être en mesure de réussir un bon score. Pour que le candidat
le mieux placé à gauche à lissue du premier tour ait une chance de gagner, le PS
ne doit pas être à 10-15 % sur la circonscription. Ma légitimité est au moins aussi
importante que celle de Sandrine Hurel. La seule chose que lon puisse me reprocher,
cest de ne pas être une femme! »
Lancien adjoint arbore le « PS info 76 » du mois de novembre: « Vous
voyez, cest incroyable mais il y a des circonscriptions réservées à des
candidates femmes. Ce sont dailleurs des circonscriptions quelles nont
aucune chance de remporter ». Et le journal du PS de préciser que « dans la 11e
circonscription de Dieppe, il va de soi que seules des camarades femmes peuvent faire acte
de candidature ».
Jean-Pierre Alexandre sélève précisément contre « cette pseudo-règle
interne. Cest une parité décidée qui nest rien dautre quune
discrimination, laquelle nous éloigne des principes dégalité homme/femme et du
respect des droits de lhomme. Une telle décision est indéfendable devant
nimporte quelle juridiction. Et je ne veux pas croire quun parti qui se
réclame de la démocratie participative puisse maintenir une telle position. Jai
écrit à Christophe Bouillon (Ndlr: premier secrétaire fédéral du PS de
Seine-Maritime) pour lui faire part de ma candidature à la candidature ».
Sil nest pas retenu pour le vote des militants qui doit avoir lieu
ce soir à Biville-sur-Mer, Jean-Pierre Alexandre nen restera pas là: « Vendredi
(Ndlr: lire ce soir), jexpliquerai ma démarche aux militants du PS. Il faut ouvrir
le débat avec eux et leur laisser ensuite le choix. Si je ne peux pas me présenter comme
candidat à la candidature parce que je suis un homme, je déclencherai une bataille
médiatique et peut-être même judiciaire auprès de la Cour de justice européenne pour
discrimination sexuelle. Cette fois, jirai au bout de mon combat, conclut-il. Je ne
lai pas fait pour les dernières cantonales et je le regrette encore ».
Christophe Quesne
Christophe Bouillon, secrétaire
fédéral du PS
« J. P Alexandre
conteste aux femmes
le droit de jouer un rôle en politique
»
Le Conseil fédéral a constaté le 3 décembre dernier que
la candidature de Jean-Pierre Alexandre ne pouvait pas être recevable et ce en vertu des
règlements et des statuts du parti. Le Conseil national ayant décidé que quatre
circonscriptions de Seine-Maritime, dont la 11e, devaient être réservées à des femmes,
il ne peut pas en être autrement. »
Christophe Bouillon, jeune loup de la garde fabiusienne du PS dans le
département, ne peut être plus clair pour priver lancien adjoint au maire de
Dieppe de ses dernières ambitions. « Nous avons dailleurs signifié cette
décision à lintéressé lui-même par courrier posté dès le lendemain de notre
conseil fédéral. En tant que sportif, Jean-Pierre Alexandre doit savoir que les règles
du jeu sont faites pour être acceptées. » Fin de citation.
Le secrétaire fédéral estime par ailleurs que le Dieppois qui ne pourra donc
pas proposer sa candidature au vote des militants réunis ce soir en comité de
circonscription à Biville-sur-Mer, adopte une attitude « qui le rapproche des sénateurs
de droite qui sétaient opposés à la loi sur la parité homme-femme en politique.
Son propos est un propos daigreur, qui malheureusement laisse penser quil
conteste aux femmes le droit de jouer un rôle en politique
»
Pour Christophe Bouillon, plusieurs femmes de la circonscription dont Sandrine
Hurel - qui sera vraisemblablement choisie officiellement ce soir par les militants - a le
bon profil pour être candidate à législative. « Avec Françoise Gaouyer, Sandrine
Hurel incarne le renouveau du PS dans la circonscription. »
Quand on linterroge sur les possibles conséquences de la prise de
position de Jean-Pierre Alexandre qui fait tache dans le paysage politique local, le
secrétaire fédéral répond que « le PS dans la circonscription a besoin dune
cure de rajeunissement et que celle-ci passe notamment par une féminisation des instances
et des candidatures. »
Malgré cette prise de bec et la teneur de ses propos, Jean-Pierre Alexandre ne
devrait être ni sanctionné, ni blâmé par son parti, « car ces méthodes
nexistent pas dans nos statuts » précise Christophe Bouillon. On peut craindre
pourtant pour lancien adjoint de Christian Cuvilliez quil ne soit plus en
odeur de sainteté dans sa famille politique. En tout cas, il ne pourra pas être candidat
à la législative, à moins de lêtre à titre individuel ou de porter une autre
couleur que celle du PS.
P. R. |