Journal du 10 novembre 2000

Trafic fret - transmanche - dragage
Les cargos de Rouen
pourraient être déchargés à Dieppe

L’idée de créer un vrai réseau des ports normands fait son chemin. Dieppe pourrait ainsi accueillir des navires destinés à Rouen. Le fret serait ensuite acheminé vers Rouen par voie de chemin de fer. Quant au transmanche, le Ministère va s’engager fortement dans le processus initié par le conseil général. Enfin, l’idée de «récupérer» une drague à Bordeaux, la Maqueline, a été qualifiée de judicieuse par Jean-Claude Gayssot.

Organiser un complexe portuaire haut-normand, c’est la proposition que Christian Cuvilliez a fait mercredi à Jean-Claude Gayssot, ministre des Transports au cours d’une longue réunion de travail à Paris. Il s’agirait, en particulier d’ajouter aux actions menées en faveur du transmanche (lire notre précédente édition) d’organiser un vrai partenariat entre les ports de Rouen et Dieppe. L’activité portuaire Dieppoise pourrait ainsi devenir une espèce de sous-traitant - le terme est loin d’être péjoratif - du port de Rouen en accueillant certains cargos destinés à Rouen. Les navires de fret seraient déchargés à Dieppe, leurs cargaisons étant ensuite dirigées vers Rouen par le chemin de fer. Pour Christian Cuvilliez, l’existence de cette ligne de chemin de fer entre les deux cités est un véritable atout. «Il est en effet inutile, dans certains cas, d’obliger les bateaux à remonter 120 km du fleuve... Notre proposition, que le ministre a qualifiée de judicieuse, va désormais faire l’objet d’une étude stratégique» poursuit le maire.

Soutien au projet Transmanche

Concernant le transmanche, le Ministère va s’engager dans le processus initié par le Département de la Seine-Maritime et soutenu par la Ville et la CCI de Dieppe. Il s’agit notamment d’un appui logistique dans l’élaboration du dossier. Rappelons qu’à ce jour, six opérateurs, et non des moindres avec en particulier Corsica Ferries, ont déposé leurs candidatures pour installer un bateau entre Dieppe et Newhaven. Le syndicat mixte a fixé au 14 décembre la date de dépouillement des dossiers, c’est alors que son choix d’opérateur sera annoncé.

Peut-être une solution pour le dragage ?

Enfin, et c’est aussi important que les autres motifs de la rencontre entre le ministre et le maire, concernant le dragage, Jean-Claude Gayssot a écouté d’une oreille bienveillante la proposition dieppoise qui consisterait, toujours en partenariat avec le port de Rouen, à installer à Dieppe la drague Maqueline aujourd’hui à quai à Bordeaux. Basée à Dieppe, la drague serait évidemment amenée à intervenir dans les ports voisins. La conséquence immédiate de cette arrivée, si toutefois la proposition jugée judicieuse par le Ministère, recevait l’aval du Groupement d’Intérêt Economique qui gère les activités de draguage, serait de sauver les 17 emplois de marins affectés au service.

Ces bonnes nouvelles, le maire a tenu à les annoncer dès le lendemain de son entrevue avec le ministre. Rien n’est encore acquis mais l’ensemble des dossiers concernant le port semble décidément connaître une certaine forme d’accalmie. Après l’avis de grand frais, on pourrait bien parler, un jour ou l’autre, de temps calme sur le port de Dieppe.

P.R.

Rachat du port de Newhaven

La CGT sceptique...

Pour Philippe Stalin, secrétaire de la section locale CGT, avant d’acheter le port de Newhaven, «Revet et Cuvilliez feraient bien de demander leur avis aux habitants du département.»

Que l’argent public serve à armer un bateau pour assurer la continuité d’une ligne, d’accord, mais acheter un port privé, c’est autre chose...» Philippe Stalin, secrétaire de l’union locale CGT ne fait pas mystère de son scepticisme à propos du dossier Transmanche. Et ce en s’appuyant sur l’importance des travaux qu’il faudrait réaliser à Newhaven pour permettre aux ferries mixtes d’entrer dans le port. «Les choses nous paraissent bien compliquées ! Plutôt que de limiter la réflexion à cette acquisition, pourquoi ne pas envisager une ligne qui irait non plus vers Newhaven mais vers les ports de Shoreham - comme cela s’est déjà fait par le passé - ou de Porstmouth. Le syndicat mixte qui vient de se créer n’aurait plus alors qu’à se préoccuper du bateau.»

Pour le responsable syndical, l’achat du port anglais est trop aléatoire pour que les collectivités publiques décident d’engager l’argent du citoyen. «Ou alors, que Revet et Cuvilliez organisent un référendum dans le département. Les habitants de Seine-Maritime en général, et les Dieppois en particuliers, ont le droit de savoir comment leur argent est utilisé. On a déjà fait l’expérience du port extérieur qui a coûté cher et qui au final, est loin de fonctionner toute l’année.»

Pour les syndicalistes CGT, l’essentiel serait de s’investir «dans une vraie politique de relance de l’activité portuaire. Pour notre part, nous avions prévenu de ce qui se passerait après la fermeture de la ligne SNCF. On a mis des milliards pour élargir la passe et du jour au lendemain la ligne a été fermée.»

Par ailleurs, le syndicat réclame un engagement fort pour que l’activité de dragage puisse être maintenue, «de toute façon, si la ligne devait rouvrir, la présence d’une drague dans le port serait indispensable.»

Considérant la situation du port dans son ensemble, la CGT veut tirer un signal d’alarme fort «car ses responsables ne font pas tout ce qu’il faut pour sauver les 3000 emplois qui en découlent.»

P.R.


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