| Dabord prévu vendredi, le
mouvement de protestations des pêcheurs contre la hausse du gas-oil et les tracasseries
administratives sest finalement déroulé samedi. Les professionnels dieppois ont
bloqué une régate du Tour Voile 2000. Puis ils ont été reçus à Fécamp par Christian
Serradji, un des responsables nationaux des Affaires maritimes. Cela
devait être un coup médiatique, une action symbolique pour protester contre le cours
grimpant du carburant et les procédures jugées tatillonnes en matière de sécurité (voir les Infos de vendredi). Finalement, la
protestation a pris de lampleur. Les pêcheurs dieppois ont bloqué les voiliers
dans le port pendant trois heures. Certains marins semblaient même prêts à accentuer le
mouvement. Finalement Dominique Masson, président du comité régional des pêches, Eric
Mévélec, administrateur local des Affaires maritimes, et la direction du Tour Voile 2000
sont parvenus, non sans mal, à un accord. Une délégation dieppoise a pris la route de
Fécamp où lattendait Christian Serradji, le directeur national des Affaires
maritimes et des gens de mer.
Tout a en fait commencé vendredi. Réunis dans la salle de la criée vers 11h,
une trentaine darmateurs, patrons et hommes déquipage décident de se
retrouver le lendemain à la même heure et au même endroit. Ils souhaitaient exprimer
leur mécontentement. «Le prix du gasoil va bientôt atteindre deux francs du litre. Pour
les matelots payés à la part, cela représente une perte de 1100 à 1800 F par mois,
selon la taille du bateau. Mais le poisson se vend lui toujours au même prix» expliquait
Dominique Masson.
Le président du comité régional enchaînait sur «lapplication trop
stricte des règles de sécurité qui représente une menace pour certains bateaux. Ces
derniers pourraient être bloqués à quai ou se voir refuser lautorisation
dexercer un métier, la coquille par exemple». Selon le responsable des pêcheurs
locaux, «les Haut-Normands sont pénalisés par rapport à leurs collègues dautres
régions».
Samedi matin, les banderoles étaient prêtes et une pétition circulait entre
les mains des professionnels présents. Elle sera envoyée à la direction régionale des
pêches. Mais les envois de courriers, même massifs, et la mise en place de réunions ne
leur ont jamais donné satisfaction. Cest pourquoi, les pêcheurs ont penché pour
lacte «voyant» avec le blocage du Tour voile 2000.
Le Soléa bloque 34 voiliers
Le Soléa, embarcation de pêche côtière appartenant à
Dominique Masson, a coincé les voiliers au ponton. Cette tactique était mise en place à
midi, heure où les navires de plaisance devaient prendre le chenal afin de se rendre au
départ de la régate devant débuter à 13 h 30.
Un seul bateau a réussi à échapper au blocage. Il sagit dIle de
France dIsabelle Autissier. De guerre lasse, ne voyant pas ses adversaires venir, le
bateau est revenu mouiller dans le port Jehan-Ango. Le Soléa, renforcé par lAiglon
et le Baltimore amarrés sur le quai du Carénage au cas où, a en effet empêché tous
les autres de sortir. Seul léquipage anglais, qui navait sûrement pas
mesuré lampleur de la situation a tenté sa chance. Il a vite rebroussé chemin en
évitant la casse.
Pendant ce temps, sur le quai, Eric Mévélec, administrateur des Affaires
maritimes, gérait la situation de façon à éviter tout conflit entre pêcheurs et
sportifs. Le zodiac de lannexe du Cap dAilly se rendait, avec deux hommes à
bord, à proximité du Soléa. «La réaction des pêcheurs concernant le gas-oil est
compréhensible. Mais je pense quil se trompe dobjectif. En gênant cette
compétition, il gêne aussi la Chambre de commerce et le conseil général qui finance le
port de pêche» indiquait-il.
A ce moment-là, tout le monde - les professionnels eux-mêmes - pensait que le
mouvement cesserait vers 14 h. Alors si certains concurrents commençaient à grogner sur
les pontons, dautres choisissaient de la jouer cool. Comme Christophe Artaud, le
skipper havrais du bateau dieppois. «Je ne connais pas bien le milieu de la pêche. Mais
il est clair que ce métier nest pas facile. Sur le principe, je suis plutôt
daccord avec eux» répondait-il. «Quant au déroulement de la course, cela ne
devrait pas trop le modifier. Dailleurs, en partant plus tard, nous profiterons dès
le départ de la levée des vents thermiques». Le navigateur sest en fait trompé
puisque la seule régate finalement programmée a été annulée
faute... de vent. Mais à ce moment là, il ne pouvait le deviner.
Finalement, le blocage sest prolongé jusquà 15 h. Les voiliers ont
pu quitter le port au grand dam de certains matelots qui auraient préféré que la
compétition soit annulée. Un souhait que les caprices de la météo ont finalement
exaucé. Mais le souffle dEole ne pourra jamais faire chuter le prix du gas-oil.
Après trois jours de
fête
Les mumm prennent le large
Les 34 Mumm du Tour Voile 2000 sont partis dimanche à 15 h
pour Portsmouth, débutant ainsi la 22e édition du Tour Voile 2000 inscrit sous le signe
des îles. La première étape, notamment, requiert toute la concentration des équipages.
Ils sont arrivés hier après une traversée de 115 milles. Demain, les voiliers
reprendront la mer à 6 h du matin vers Cherbourg. «Nous avons choisi de les faire partir
suffisamment tôt le matin de Portsmouth de façon à ce quils naviguent de jour
parce quils rejoignent lAngleterre en ligne droite et quils coupent les
rails des cargos. De jour, la traversée est moins dangereuse» explique Sylvie Viant,
directrice technique du Tour. Dimanche, pourtant, cest en majorité de nuit que les
240 marins ont dû faire la traversée, luttant contre la fatigue et gérant les petits
airs.
Au départ, certains équipages se sont laissés surprendre par un courant
trompeur accusant ainsi un retard dés le début de létape. Le meilleur départ a
été pris par Armor Lux-Dinard-CeltiMusic même si cest Belvédère-EDC-Cassis qui
était en tête à la première bouée.
Lavis de léquipage
dieppois
La traversée de la Manche, terrain de jeu habituel de
léquipage dieppois, ne semble pas inquiéter outre mesure Christophe Artaud,
skipper dAccastillage diffusion-FTH Thirard. La seule crainte du Tour est le passage
en Méditerranée : «Nous la redoutons plus mais nous embarquons avec nous Benoît
qui a déjà remporté deux fois le Tour et qui maîtrise donc plus cette mer. Il faut
surtout faire preuve dopportunisme et ne pas intellectualiser la navigation»
indique le skipper. En ce qui concerne lentraînement, il reste le même quel que
soit le défi : «Que ce soit une manche de 2 h ou de 30 h, il ny a pas de
préparation spécifique en ce qui concerne la façon dexploiter le bateau. Seule,
la navigation est particulière surtout lorsque nous atteindrons la Bretagne» indique
Christophe Artaud.
Le prologue couru vendredi, sorte de répétition générale qui désigne le
leader de chaque catégorie, aura été loccasion de comparer le niveau de
léquipage dieppois vis-à-vis des autres concurrents : «Nous navons pas
fait une super belle manche en ce qui concerne le résultat, (Accastillage Diffusion-FTH
Thirard est arrivé à la 19e place) mais nous avons fait preuve de réactivité. Nous
étions 31e à la première bouée à cause dun départ sans vitesse, mais nous
avons su revenir dans le match et trouver les bons réglages en cours de régate»
souligne Christophe Artaud qui indique : «Le prologue nous a prouvé, sil en
était besoin, que quatre mois dentraînement ce nétait pas suffisant. Nous
nous attendons donc à avoir encore quelques problèmes de vitesse pour la suite du
parcours».
Pétole
samedi, régates annulées
Dans le monde des marins, cela sappelle pétole.
Cest à dire pas une goutte de vent sur la mer pour aider les 34 Mumm du Tour à
démarrer. Un paradoxe pour Dieppe ! La déception était grande pour les équipages
qui se préparent depuis des mois. Annulées, les deux étapes ne seront sans doute pas
recourues à un autre moment du Tour.
La journée avait déjà mal commencé avec le retard dû à la manifestation
des marins-pêcheurs. Labsence de vent est ensuite entré dans le jeu obligeant les
voiliers à rentrer bredouille au port.
Voir aussi
Christophe
Artaud, skipper du bateau dieppois :
"Former des équipiers à la régate
de haut niveau"
(journal du 17 mars 2000)
Quatre jours au
rythme du vent (journal du 27 juin
2000)
Tour Voile
2000 : l'équipage dieppois confiant (journal du 30 juin 2000) |