Journal du 4 juillet 2000

Coup de colère médiatique des pêcheurs
Ils ont bloqué une régate

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D’abord prévu vendredi, le mouvement de protestations des pêcheurs contre la hausse du gas-oil et les tracasseries administratives s’est finalement déroulé samedi. Les professionnels dieppois ont bloqué une régate du Tour Voile 2000. Puis ils ont été reçus à Fécamp par Christian Serradji, un des responsables nationaux des Affaires maritimes.

Cela devait être un coup médiatique, une action symbolique pour protester contre le cours grimpant du carburant et les procédures jugées tatillonnes en matière de sécurité (voir les Infos de vendredi). Finalement, la protestation a pris de l’ampleur. Les pêcheurs dieppois ont bloqué les voiliers dans le port pendant trois heures. Certains marins semblaient même prêts à accentuer le mouvement. Finalement Dominique Masson, président du comité régional des pêches, Eric Mévélec, administrateur local des Affaires maritimes, et la direction du Tour Voile 2000 sont parvenus, non sans mal, à un accord. Une délégation dieppoise a pris la route de Fécamp où l’attendait Christian Serradji, le directeur national des Affaires maritimes et des gens de mer.

Tout a en fait commencé vendredi. Réunis dans la salle de la criée vers 11h, une trentaine d’armateurs, patrons et hommes d’équipage décident de se retrouver le lendemain à la même heure et au même endroit. Ils souhaitaient exprimer leur mécontentement. «Le prix du gasoil va bientôt atteindre deux francs du litre. Pour les matelots payés à la part, cela représente une perte de 1100 à 1800 F par mois, selon la taille du bateau. Mais le poisson se vend lui toujours au même prix» expliquait Dominique Masson.

Le président du comité régional enchaînait sur «l’application trop stricte des règles de sécurité qui représente une menace pour certains bateaux. Ces derniers pourraient être bloqués à quai ou se voir refuser l’autorisation d’exercer un métier, la coquille par exemple». Selon le responsable des pêcheurs locaux, «les Haut-Normands sont pénalisés par rapport à leurs collègues d’autres régions».

Samedi matin, les banderoles étaient prêtes et une pétition circulait entre les mains des professionnels présents. Elle sera envoyée à la direction régionale des pêches. Mais les envois de courriers, même massifs, et la mise en place de réunions ne leur ont jamais donné satisfaction. C’est pourquoi, les pêcheurs ont penché pour l’acte «voyant» avec le blocage du Tour voile 2000.

Le Soléa bloque 34 voiliers

Le Soléa, embarcation de pêche côtière appartenant à Dominique Masson, a coincé les voiliers au ponton. Cette tactique était mise en place à midi, heure où les navires de plaisance devaient prendre le chenal afin de se rendre au départ de la régate devant débuter à 13 h 30.

Un seul bateau a réussi à échapper au blocage. Il s’agit d’Ile de France d’Isabelle Autissier. De guerre lasse, ne voyant pas ses adversaires venir, le bateau est revenu mouiller dans le port Jehan-Ango. Le Soléa, renforcé par l’Aiglon et le Baltimore amarrés sur le quai du Carénage au cas où, a en effet empêché tous les autres de sortir. Seul l’équipage anglais, qui n’avait sûrement pas mesuré l’ampleur de la situation a tenté sa chance. Il a vite rebroussé chemin en évitant la casse.

Pendant ce temps, sur le quai, Eric Mévélec, administrateur des Affaires maritimes, gérait la situation de façon à éviter tout conflit entre pêcheurs et sportifs. Le zodiac de l’annexe du Cap d’Ailly se rendait, avec deux hommes à bord, à proximité du Soléa. «La réaction des pêcheurs concernant le gas-oil est compréhensible. Mais je pense qu’il se trompe d’objectif. En gênant cette compétition, il gêne aussi la Chambre de commerce et le conseil général qui finance le port de pêche» indiquait-il.

A ce moment-là, tout le monde - les professionnels eux-mêmes - pensait que le mouvement cesserait vers 14 h. Alors si certains concurrents commençaient à grogner sur les pontons, d’autres choisissaient de la jouer cool. Comme Christophe Artaud, le skipper havrais du bateau dieppois. «Je ne connais pas bien le milieu de la pêche. Mais il est clair que ce métier n’est pas facile. Sur le principe, je suis plutôt d’accord avec eux» répondait-il. «Quant au déroulement de la course, cela ne devrait pas trop le modifier. D’ailleurs, en partant plus tard, nous profiterons dès le départ de la levée des vents thermiques». Le navigateur s’est en fait trompé puisque la seule régate finalement programmée a été annulée faute... de vent. Mais à ce moment là, il ne pouvait le deviner.

Finalement, le blocage s’est prolongé jusqu’à 15 h. Les voiliers ont pu quitter le port au grand dam de certains matelots qui auraient préféré que la compétition soit annulée. Un souhait que les caprices de la météo ont finalement exaucé. Mais le souffle d’Eole ne pourra jamais faire chuter le prix du gas-oil.

Après trois jours de fête
Les mumm prennent le large

Les 34 Mumm du Tour Voile 2000 sont partis dimanche à 15 h pour Portsmouth, débutant ainsi la 22e édition du Tour Voile 2000 inscrit sous le signe des îles. La première étape, notamment, requiert toute la concentration des équipages. Ils sont arrivés hier après une traversée de 115 milles. Demain, les voiliers reprendront la mer à 6 h du matin vers Cherbourg. «Nous avons choisi de les faire partir suffisamment tôt le matin de Portsmouth de façon à ce qu’ils naviguent de jour parce qu’ils rejoignent l’Angleterre en ligne droite et qu’ils coupent les rails des cargos. De jour, la traversée est moins dangereuse» explique Sylvie Viant, directrice technique du Tour. Dimanche, pourtant, c’est en majorité de nuit que les 240 marins ont dû faire la traversée, luttant contre la fatigue et gérant les petits airs.

Au départ, certains équipages se sont laissés surprendre par un courant trompeur accusant ainsi un retard dés le début de l’étape. Le meilleur départ a été pris par Armor Lux-Dinard-CeltiMusic même si c’est Belvédère-EDC-Cassis qui était en tête à la première bouée.

L’avis de l’équipage dieppois

La traversée de la Manche, terrain de jeu habituel de l’équipage dieppois, ne semble pas inquiéter outre mesure Christophe Artaud, skipper d’Accastillage diffusion-FTH Thirard. La seule crainte du Tour est le passage en Méditerranée : «Nous la redoutons plus mais nous embarquons avec nous Benoît qui a déjà remporté deux fois le Tour et qui maîtrise donc plus cette mer. Il faut surtout faire preuve d’opportunisme et ne pas intellectualiser la navigation» indique le skipper. En ce qui concerne l’entraînement, il reste le même quel que soit le défi : «Que ce soit une manche de 2 h ou de 30 h, il n’y a pas de préparation spécifique en ce qui concerne la façon d’exploiter le bateau. Seule, la navigation est particulière surtout lorsque nous atteindrons la Bretagne» indique Christophe Artaud.

Le prologue couru vendredi, sorte de répétition générale qui désigne le leader de chaque catégorie, aura été l’occasion de comparer le niveau de l’équipage dieppois vis-à-vis des autres concurrents : «Nous n’avons pas fait une super belle manche en ce qui concerne le résultat, (Accastillage Diffusion-FTH Thirard est arrivé à la 19e place) mais nous avons fait preuve de réactivité. Nous étions 31e à la première bouée à cause d’un départ sans vitesse, mais nous avons su revenir dans le match et trouver les bons réglages en cours de régate» souligne Christophe Artaud qui indique : «Le prologue nous a prouvé, s’il en était besoin, que quatre mois d’entraînement ce n’était pas suffisant. Nous nous attendons donc à avoir encore quelques problèmes de vitesse pour la suite du parcours».

Pétole samedi, régates annulées

Dans le monde des marins, cela s’appelle pétole. C’est à dire pas une goutte de vent sur la mer pour aider les 34 Mumm du Tour à démarrer. Un paradoxe pour Dieppe ! La déception était grande pour les équipages qui se préparent depuis des mois. Annulées, les deux étapes ne seront sans doute pas recourues à un autre moment du Tour.

La journée avait déjà mal commencé avec le retard dû à la manifestation des marins-pêcheurs. L’absence de vent est ensuite entré dans le jeu obligeant les voiliers à rentrer bredouille au port.

Voir aussi
Christophe Artaud, skipper du bateau dieppois :
"Former des équipiers à la régate de haut niveau"   (journal du 17 mars 2000)
Quatre jours au rythme du vent (journal du 27 juin 2000)
Tour Voile 2000 : l'équipage dieppois confiant (journal du 30 juin 2000)


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