| Au complet, ils sont 18 marins à courir dans
la catégorie amateur. Il y a maintenant bien longtemps que l'aventure a commencé et
après avoir surmonté bien des difficultés, l'association Voiles 2000 a engagé un
bateau dans la course : «En 1996, un bateau courait sous les couleurs du cercle de
voile de Dieppe. Mais il pesait lourdement sur les finances. Nous avons donc monté une
association afin d'être financièrement indépendant. Lorsque l'association peut
participer au Tour, elle le fait. Et cette année, nous y sommes !» explique Alain
Gièse, président de l'association Voiles 2000. Seul bateau haut-normand engagé
L'équipage sélectionné dans les deux clubs de voile de
Dieppe est originaire du Havre pour le gros des troupes et de la région dieppoise pour
les autres. Le skipper, Christophe Artaud, est le chef de ces marins amateurs, amateurs au
sens étymologique : celui qui aime. Et il leur faut plein d'amour de la mer et de la
motivation aussi pour aller défier, sur leurs «terres», les équipages de Serge Madec
ou Jimmy Pahin : «Nous avons conscience que nous avons peu de vécu sur le bateau mais
nous avons fait tout ce qu'il est possible de faire en quatre mois pour le bateau et pour
l'équipage». indique Christophe Artaud qui avoue «avoir du mal à se fixer des
repères vis-à-vis des autres équipages puisque c'est ma première participation».
Le bateau, loué pour l'occasion, porte fièrement les couleurs de Dieppe sous
le nom d'Accastillage diffusion-FTH Thirard et a le privilège d'être le seul voilier
haut-normand engagé dans la course.
Alain Gièse, un rêveur ?
L'association, la participation au Tour voile, tout ceci est
né de la volonté d'un homme passionné par la mer. «On me nomme le rêveur mais je
ne pense pas que j'en sois un : tout ce que je voulais faire, je l'ai fait». indique
Alain Gièse. Sa prochaine ambition ? Il en a une idée bien précise : «Faire acheter
un bateau par les différents institutionnels du coin parce qu'il y a un potentiel de
voile sportive à développer sur la région dieppoise».
Préparation,
pesage et nettoyage
Le prologue a lieu aujourd'hui, mais voilà quelques jours
que les bateaux sont arrivés et que la frénésie est à son comble. «Plus le temps
passe et plus nous avons l'impression que la liste des choses à faire avant le départ
s'allonge» explique Matthieu Labat, équipier du bateau dieppois. Les Mumm doivent ,
en effet, être préparés, pesés, mesurés, matés, nettoyés
A la pesée, les bateaux doivent se situer dans une fourchette de 50 kg : entre
1,947 et 1,997 tonne. «Ceci afin de vérifier que les gueuses, les poids correcteurs
installés sur le bateau n'ont pas été retirés» explique Sylvie Viant, directrice
technique du Tour. Les vérifications touchent également la voile qui est jaugée et
l'équipage qui est également pesé. Ainsi, en cas de dépassement, c'est régime
jusqu'au départ ! Pour l'équipage, le travail de préparation et de vérification ne
s'arrête pas là : le bateau doit, en effet, être en permanence nettoyé.
«Tous les bateaux sont les mêmes, il faut donc mettre toutes les chances de
notre côté. En nettoyant, tous les jours, nous retirons les algues ou le gras qui
peuvent freiner le bateau. C'est minime au niveau de la vitesse mais c'est très important
psychologiquement. Ainsi, les équipages essaient tous de mettre à l'eau leur bateau le
plus tard possible et, pour le nôtre, nous avons un plongeur pour faire le propre sur la
partie immergée tous les matins» indique Matthieu Labat.
Serge Madec, recordman de la traversée de l'Atlantique
Sur le quai Henri IV, se croisent, sans vraiment attirer
l'attention, quelques grands noms de la voile. Parmi ceux-ci, Serge Madec prépare son
bateau. Recordman de la mythique traversée de l'Atlantique en 6 jours
13 heures et 3 minutes. Il détient toujours actuellement ce record même si un autre de
ses meilleurs temps a été battu : «Les gens font souvent la confusion. Je suis
toujours détenteur du meilleur temps pour la traversée de l'Atlantique. Un record pour
lequel j'avais choisi l'heure du départ et que j'ai effectué à plus de 19 nuds de
moyenne. J'ai été battu, il y a deux semaines, sur une autre traversée à travers
l'Atlantique que j'ai établi lors d'une course qui reliait l'Espagne et les Bahamas. Nous
n'étions pas partis pour établir le record, nous naviguions d'ailleurs à moins de 13
nuds de moyenne» indique Serge Madec.
Le skipper était très attendu et au dernier moment, il a pu rejoindre le Tour.
«L'entreprise de l'année dernière a arrêté son partenariat pour cette année,
même si, heureusement, il est resté partenaire véhicule. Il a donc fallu en trouver un
rapidement et j'avoue que je pensais que ce serait plus facile puisque nous avions fait
une belle course l'an dernier» indique Serge Madec. Le skipper ne s'est pourtant pas
découragé et a maintenu une cellule de veille pour garder le bateau en état. Bien lui
en a pris : c'est, en effet, dimanche 18 juin, que tout s'est joué pour le Tour. Il
court, cette année, sur Seample.Com. Le skipper est confiant : «Nous avons un bateau
et un équipage compétitifs. Nous partons un peu fatigués mais nous avons relevé le
premier challenge : être au départ !»
Sandra Beaufils
Voir aussi Christophe Artaud, skipper du bateau dieppois :
"Former des équipiers à la régate
de haut niveau"
(journal du 17 mars 2000) et Quatre jours au rythme du vent (journal du 27 juin 2000)
Hausse du
gas-oil, règles de sécurité draconiennes
Les pêcheurs en colère
pourraient bloquer le Tour
Cest ce matin que tout se décide. A la demande
des professionnels, le comité local des pêches Dieppe - Le Tréport organise une
réunion sur le port. Celle-ci pourrait déboucher sur un mouvement des marins et même
sur le blocage du Tour voile 2000 qui démarre ce week-end de Dieppe.
Par cette action, les pêcheurs souhaitent exprimer un double mécontentement.
Ils se plaignent de la hausse du prix du gas-oil qui menace lactivité des leurs
entreprises. Ils se sentent également pénalisés par rapport à leurs voisins du
Nord-Pas-de-Calais et de Basse-Normandie dans lapplication des règles de
sécurité.
«En un an, le prix du carburant a plus que doublé. Sur une embarcation de
24 m, cela représente une perte de salaire mensuel de 1100 F par matelot» indique
Dominique Masson, président du comité régional des pêches. Conscient du problème, le
gouvernement a reconduit sa politique dallègement des charges sociales. Mais pour
Dominique Masson, «ce nest pas une solution suffisante. Seule la baisse du gas-oil
améliorera durablement la situation».
«Il est clair que cette hausse a des conséquences sur la paye des marins
qui sont rémunérés à la part» confirme Eric Mévélec, administrateur des
affaires maritimes à Dieppe. «Mais la mesure ministérielle offre tout de même 6% de
salaire en plus aux professionnels». Cest pour linstant la seule parade
trouvée par lEtat car le reste est du ressort des compagnies pétrolières
privées. La diminution de la facture dessence ne sera donc pas facile à obtenir.
Trop strictes ?
De quoi inquiéter les pêcheurs locaux qui se sentent
déjà oppressés par des règles de sécurité «de plus en plus lourdes et
incompréhensibles». «Leur application est en effet très stricte dans notre
Région. Plus stricte en tout cas quen Basse-Normandie ou dans le Pas-de-Calais»
ajoute Dominique Masson. Le président considère donc que ses confrères et lui sont
pénalisés par rapport aux collègues des autres régions.
«La loi est la même pour tous. Mais évidemment, il y a des disparités
dapplication» reconnaît Eric Mévélec. «Nous avons en Haute-Normandie une
réputation de sérieux et les pêcheurs sestiment lésés. Depuis quelques
semaines, nous essayons de les associer aux décisions. Ils sont particulièrement
invités aux commissions régionales de sécurité qui concernent toute la façade (le
secteur qui va du Pas-de-Calais à la Basse-Normandie)».
Malgré ces efforts, la grogne monte sur les quais. Reste à savoir si les
professionnels mécontents iront jusquà bloquer une compétition denvergure
nationale. La chambre de commerce fait tout pour éviter cette éventualité.
Gh. A. |