Journal du 7 novembre 2000

Transmanche
Le syndicat mixte est officiellement créé

C’est une étape essentielle qui vient d’être franchie avec la création officielle du syndicat mixte réunissant le Conseil Général, la ville de Dieppe, la Chambre de Commerce et d’autres partenaires institutionnels. Le consensus qui se dégage aujourd’hui peut permettre d’envisager l’avenir avec confiance, d’autant que Charles Revet nous a confié que les discussions avec le propriétaire du port de Newhaven avancent bien et que six candidats au moins, ont déjà déposé des dossiers pour amener des bateaux mixtes - fret et passagers - dans le terminal Dieppois.

«Confiant mais prudent», c’est l’état d’esprit de Charles Revet qui vient d’être élu président du Syndicat Mixte Transmanche par 41 voix contre 10 à Patrick Jeanne, maire PS de Fécamp. L’arrêté préfectoral entérinant la création du syndicat a été signé le 20 octobre dernier par Bruno Fontenaist, Préfet de région.

Confiant car c’est évidemment une étape décisive qui vient d’être franchie dans le plan de sauvetage de l’activité transmanche au départ de Dieppe, d’autant qu’un consensus entre les divers partenaires a enfin été trouvé. La preuve, c’est à Christian Cuvilliez, maire PC de Dieppe qu’est revenu l’un des sièges de vice-président, le second allant à Eveline Duhamel, présidente de la Chambre de Commerce de Dieppe. Aujourd’hui, manifestement, tout le monde tire dans le même sens pour maintenir à Dieppe une activité vitale pour l’économie locale. Charles Revet insiste d’ailleurs sur la valeur de l’engagement du Conseil Général. «Nous devions répondre à une attente forte et en l’absence d’opérateur privé, il appartenait aux collectivités publiques de se saisir de la question.»

Prudent, car il reste maintenant deux questions essentielles à régler : avoir la maîtrise du port de Newhaven et trouver des bateaux qui pourront assurer un service de transports mixtes, fret et passagers. Concernant les discussions engagées avec M. Sherwood, propriétaire du port anglais, «les choses avancent bien, nos conversations sont constructives...» assure Charles Revet. «Au delà de la maîtrise, nous devrons proposer un outil fiable, ce qui évidemment, impliquera un programme d’investissements qui devrait être soutenu par les fonds européens.»

Six candidats pour amener
les bateaux

Dès sa création, le syndicat mixte a lancé un appel d’offres sur performances afin de trouver les bateaux. Plusieurs dossiers - on parle de six - ont d’ores et déjà été produits tant par des opérateurs français qu’étrangers. «La procédure doit se dérouler en deux temps, d’abord un dépôt de candidature et ensuite la constitution d’un véritable projet. Le choix se fera en fonction d’un critère majeur: la fiabilité de l’outil.»

Dans le même temps, de l’autre côté de la Manche, les partenaires institutionnels du syndicat français réfléchissent à la constitution d’une structure identique mais de ressort britannique. Le montage du dossier est évidemment complexe car il doit associer les Droits français, anglais et européens.

Prudent, Charles Revet ne veut avancer aucune date pour officialiser le bouclage du dossier. «Mais une chose est sûre, il faut aller vite.» Aujourd’hui, une seule société de transports a annoncé sa volonté de quitter Dieppe. «Le potentiel est aujourd’hui de 25 à 30.000 remorques par an et très vite il peut remonter à 40.000. L’expérience prouve bien que l’ouverture du Tunnel sous la Manche n’a pas été un handicap. La preuve, on recensait encore un million de passagers à Dieppe après sa mise en service».

Le marché existe, il est là, à portée de main, à condition évidemment d’avoir les outils nécessaires à son exploitation. C’est le sens de la coopération qui s’est notamment mise en place entre le département, la ville de Dieppe, et la Chambre de Commerce. Alors que les liaisons estivales des bateaux rapides viennent d’être interrompues avec l’arrivée de la mauvaise saison - et même un peu plus tôt que prévue à cause de la tempête du week-end dernier - la question d’une laison définitive se révèle encore plus urgente. Il faudra évidemment encore attendre un peu avant de revoir un ferry entrer dans le port, mais quand tous les acteurs d’un projet ont la même ambition, rien ne doit pouvoir les arrêter, surtout lorsque les enjeux sont aussi forts.

 

Philippe RIFFLET

Christian Cuvillez : «C’est la seule solution...»

«Il est vrai que j’ai montré une forme de scepticisme au début, à cause de la longueur des procédures à mettre en place pour créer le syndicat. Mais aujourd’hui, devant l’absence d’opérateur privé en direct après le retrait de Seatruck, cette solution reste la seule voie de sauvetage.» indique Christian Cuvilliez. «Et comme les règles sont bien établies entre les différents partenaires, je n’ai plus de raison de grogner...»

Dans le cadre de sa participation active au règlement du dossier, le maire de Dieppe a demandé à rencontrer Jean-Claude Gayssot, Ministre des Transports, «pour évoquer avec lui la situation financière de la Chambre de Commerce de Dieppe. Il faut voir comment l’Etat peut contribuer à la renflouer de manière à lui redonner une capacité en matière de marketing, et lui donner la faculté de répondre aux offres.»

Selon Christian Cuvilliez, on devrait pouvoir aboutir à une solution rapide. «C’est vital pour Dieppe car au-delà des 200 emplois directs qui sont concernés, on voit bien que l’interruption de la liaison rapide interrompt également toutes les relations que nous avons avec l’Angleterre. Des relations qui vont bien au-delà des questions économiques avec une dimension culturelle, universitaire... Sans le transmanche, Dieppe est un finistère qui n’intéresse plus personne, alors qu’avec un port, Dieppe redevient un pôle international.»

P.R.


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