Journal du 22 décembre 2000

Tourisme
Le modèle dieppois cité en exemple

Jean-Claude Chauvière, adjoint au tourisme, a été convié par l’Association nationale des maires des stations classées et des communes touristiques à présenter le modèle de développement élaboré dans le Pays Dieppois par l’intermédiaire du P.D.T. (Pôle de Développement Touristique).

Développement local, les clés d’un bon projet touristique», c’est le thème de l’exposé que Jean-Claude Chauvière, adjoint au maire chargé du tourisme, a développé à la fin du mois de novembre à l’occasion du Congrès des Maires de France dans le cadre des ateliers de réflexion organisés par l’Association des maires des stations classées et des communes touristiques. Présidé par Didier Borottra, sénateur-maire de Biarritz, cette association a pour but de proposer aux communes qui souhaitent mener un plan de développement touristique, les clés pour réussir dans leur entreprise. Car il ne suffit pas d’être une commune du bord de mer ou implantée dans un site privilégié pour d’emblée profiter de la manne touristique. Dans un marché de plus en plus concurrentiel, alors que le ciel a ouvert des perspectives de voyages toujours plus faciles et toujours moins chers, il appartient aux villes touristiques de l’hexagone de faire preuve de dynamisme et d’innovation pour proposer autre chose que les simples activités de baignade ou de farniente. L’heure est venue d’offrir de véritables «packages» complets qui associent autant d’attraits particuliers.

Elargir l’éventail des offres

C’est à ce titre que l’exemple dieppois a été cité en exemple lors du congrès des maires. La coopération intercommunale initiée par le biais du Pôle de Développement Touristique créé en 1991 a permis de déterminer une politique générale d’investissements dont l’objectif était de construire à partir de la notoriété touristique de Dieppe et son arrière-pays (le Pays de Dieppe) un pôle attractif de l’an 2000 à l’échelle européenne. Le pôle qui a réuni les intérêts partagés de Dieppe, Arques, Hautot-sur-Mer, Martigny, Saint-Aubin-le-Cauf et du syndicat de la Varenne a pu signer un programme ambitieux dont, à l’arrivée, tout le monde tire profit. L’intercommunalité visant à regrouper les acteurs touristiques et économiques et à éviter l’emiettement des projets et des actions. «L’objectif était de mettre en ordre tout ce qui pouvait se passer de manière étirée. C’est aussi à cette époque que chacun a vraiment pris conscience de la réalité économique de l’activité touristique. Considérant la complémentarité qui existe entre l’intérêt purement dieppois et ceux de sites alentours, l’idée d’un pôle de développement commun s’est imposée pratiquement d’elle-même...» explique Jean-Claude Chauvière.

Des actions concrètes

Le fonctionnement et les fondements mêmes du pôle s’appuient notamment sur des orientations constantes tout en s’adaptant aux besoins et évolutions rapides du contexte touristique, sur une programmation consensuelle et concertée, sur un réalisme et une fiabilité en terme de temps et de moyens et enfin sur une gestion dynamique et rigoureuse. Concrètement, pour la ville de Dieppe, l’action s’est traduite par la rénovation du quai Henri-IV, par l’étude de restructuration de la Cité de la Mer, par le lancement de la consultation à propos de la station balnéaire (lire ci-contre). A Arques, il s’est agi de développer des réseaux de randonnées et de réhabiliter le patrimoine, à Pourville de mettre en valeur l’Espace de la Mer... La liste des exemples pourrait être bien plus longue encore. Le pôle agit également sur l’événementiel avec le festival des cerfs-volant ou l’opération Dieppe-Rétro.

«Dieppe a des atouts fantastiques mais le décor ne suffit pas si l’on n’y met pas un peu de vie. Et pour cela, il faut que les gens s’investissent. Ici, nous avons la chance que touristes et résidents ne s’opposent pas comme c’est souvent le cas dans les villes balnéaires. C’est une chance. Le tourisme Dieppois ne se cantonne pas au front de mer, c’est aussi le port, le centre-ville et, grâce au pôle de développement, tout l’arrière-pays.»

C’est de cette expérience que Jean-Claude Chauvière est allé parler à ses collègues élus de plusieurs centaines de communes dites touristiques ou ambitieuses en la matière.

Etre ambitieux, c’est encore la volonté du Pôle de Développement Touristique du Pays de Dieppe «Scène Maritime» qui sait qu’il reste encore beaucoup à faire pour installer définitivement la vocation et l’attrait de la ville.

Pour se «vendre», le pôle s’apprête d’ailleurs à distribuer un CD Rom qui vante les mérites d’une cité où il fait bon vivre à longueur d’année, a fortiori lorsque l’on vient y passer quelques jours seulement.

P. R.

Station balnéaire

Dieppe s’offre «un grand bain»

Trois bassins d’eau de mer chauffée et couverts, des cascades, des toboggans, des bains à jets, un centre de remise en forme, un hôtel, un restaurant, une salle de congrès, le projet de station balnéaire retenu par la municipalité ouvrira ses portes au printemps 2003. Objectif : 130.000 à 180.000 visiteurs par an.

Le moment était venu de réhabiliter ce site exceptionnel, pour adapter les équipements aux attentes d’aujourd’hui. L’objectif est également de faire vivre la station toute l’année, en conservant la piscine de 50 mètres particulièrement fréquentée...» Construite dans les années 60, à la même époque que le casino, la station balnéaire ne répond plus aux besoins. Avec l’arrêt de l’activité thalasso voici une dizaine d’années, l’opportunité de reprendre l’ensemble de la structure s’offrait à la municipalité.

La réflexion a cheminé en associant non seulement la volonté d’attirer les Dieppois, mais également d’apporter un nouvel atout en matière de développement touristique. «On sait que le tourisme dieppois est surtout un tourisme de passage...» explique Gérard Jacqueline, adjoint au maire chargé de l’urbanisme. «Le challenge a consisté à réfléchir à la création d’un équipement qui permette de le garder chez nous sur des durées plus longues, en combinant des activités ludiques et un tourisme culturel pour lequel Dieppe dispose de nombreux atouts.»

Trois bassins pour jouer

Et le résultat de cette réflexion est largement à la hauteur des ambitions de la ville. En 2003, le projet de réhabilitation de la station balnéaire sera arrivé à son terme ou presque puisqu’une seconde tranche pourra encore enrichir un espace largement tourné vers les loisirs aquatiques. Un espace de 1400 m2 couvert sera bâti dans le prolongement de l’actuelle rotonde. A l’intérieur, un espace vitré, baigné de lumière du levant au couchant, agrémenté de trois bassins d’eau de mer chauffée, de forme ovoïde, équipés de toboggans, de jets, de cascades... Un vrai petit paradis nautique ouvert sur la ville.

Un «chenal» permettra au nageurs plus sportifs de rejoindre le bassin extérieur de 50 mètres. A l’extérieur également, les enfants disposeront d’une pataugeoire. Un restaurant trouvera place entre le bassin extérieur et la plage, avec une terrasse de chaque côté, et un hôtel de l’autre côté. Une salle de congrès y sera adjointe tandis qu’une seconde tranche de travaux prévoit la réalisation d’un parking souterrain.

Mais ce n’est pas tout, en sous-sol, côté casino, et en prolongement direct de l’espace nautique, prendra place un large éventail d’activités de soins, de balnéothérapie, fitness, massage... Contrairement à l’ancienne activité de thalasso, le complexe n’aura pas le caractère de cure médicale mais essentiellement de loisirs et de remise en forme. Un concept à la mode qui fait notamment le succès et la richesse des centres ouverts par Serge Blanco dans le Sud-Ouest. En parallèle, le pont promenade et les cabines seront également refaits.

25 cabinets spécialisés ont planché sur le projet

L’originalité du dossier monté par la ville réside dans le fait que le concours ouvert aux concepteurs ne devait pas prendre en compte les seules données architecturales. «Dans le cahier des charges que nous avons établi, les groupements de concepteurs devaient constituer, outre le projet architectural, une dimension de programmation et de gestion. Les élus sont bien placés pour savoir que les piscines sont toujours déficitaires ; or, avec ce projet de station balnéaire, la ville consent à un effort d’investissement mais ne veut pas supporter ensuite le coût de fonctionnement de l’équipement. Les projets qui nous ont été remis devaient impérativement s’équilibrer financièrement dans le fonctionnement et donc intégrer une donnée d’étude de marché et de fonctionnalité» explique Gérard Jacqueline.

Vingt-cinq cabinets spécialisés ont planché sur le dossier et fait acte de candidature. Après concertation, le jury constitué par les élus a retenu trois dossiers. Les trois candidats ont alors réalisé une maquette et signé un projet détaillé. Le 15 décembre dernier, le jury a désigné le projet lauréat réalisé par le cabinet Duval-Raynal de Bois-Guillaume. Jusqu’au 18 janvier prochain, les Dieppois pourront donner leur avis sur la maquette et le descriptif du projet, comme d’ailleurs sur les deux autres dossiers qui n’ont pas été retenus. «Nous tenons à recueillir l’avis des Dieppois sur les trois projets, indique l’adjoint. Car le projet retenu n’est pas complètement ficelé et peut encore évoluer. Nous demanderons d’ailleurs aux auteurs du projet retenu d’enrichir quelque peu leur volet architectural.» Le conseil municipal du 25 janvier entérinera définitivement le choix du jury après avoir pris connaissance des réflexions notées par les Dieppois sur le registre mis à leur disposition dans le hall de la mairie. Dans la foulée, le conseil municipal lancera un appel d’offres pour choisir le gestionnaire privé à qui l’équipement sera confié.

Redynamiser l’hôtellerie de plage

Gérard Jacqueline rappellera à l’occasion les ambitions de la ville, à savoir disposer d’un équipement qui non seulement satisfasse les Dieppois mais, surtout, fidélise la clientèle touristique. «L’objectif est de redynamiser l’hôtellerie de plage. Dieppe et ses professionnels du tourisme ont besoin d’un tourisme de séjour et pas seulement d’un tourisme de passage. Les prévisions de fréquentation de la station balnéaire s’établissent entre 130.000 et 180.000 visiteurs par an, dont 60% extérieurs à Dieppe. Pour faire rester les touristes à Dieppe, le projet prévoit de leur proposer des combinaisons d’activités telles que balnéo-golf, ou balnéo-équitation...»

Le premier coup de pioche sera donné à la fin de l’année 2001 pour 18 mois de travaux, l’ouverture du centre devant intervenir au printemps 2003. La facture s’élèvera à 50 millions de francs subventionnés à hauteur de 7 millions par le Département. La ville espère également obtenir une enveloppe de 20 millions des fonds européens et une participation de la Région. La réalisation du projet permettra enfin la création de 25 à 30 emplois équivalents temps plein.

Aujourd’hui, une chose est sûre, Dieppe s’offrira un gand bain.

P. R.


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