Journal du 27 octobre 2000

Journée "Santé morte"
Les professionnels de la santé
devant la sous-préfecture

Médecins généralistes, spécialistes, kinésithérapeutes, infirmiers, dentistes, biologistes, orthodontistes, orthophonistes, une cinquantaine de personnes des professions médicales et para-médicales est venue, hier, devant la sous-préfecture pour défendre «la santé des patients et pas seulement pour défendre les médecins» précise Michel Laffillé, médecin à Neuville-lès-Dieppe. La journée d’hier était, en effet, placée sous le signe de la «santé morte», alors que le gouvernement est en plein débat sur la loi de financement de la Sécurité sociale. A l’appel du centre national des professions de santé relayé par les différents centres départementaux, cabinets médicaux, cliniques et laboratoires étaient fermés. Seules, les urgences étaient assurées dans le cadre de gardes organisées. Pour la première fois, les trois grands syndicats des médecins généralistes et spécialistes se sont unis pour ces journées d’action.

La santé comptable

A Rouen, ils étaient devant la préfecture. A Dieppe, c’est devant la sous-préfecture que les manifestants de la santé s’étaient réunis en attendant le rendez-vous promis par le sous-préfet.

Principal argument retenu par les manifestants : la maîtrise comptable de la santé. «C’est inacceptable et anti-démocratique», indique Michel Laffillé. «Nous ne pouvons pas soigner les gens en fonction de l’argent. Quand on voit entrer une patiente, il faut maintenant se demander si elle va coûter cher. Si la réponse est oui : je la soigne mal ou je l’envoie ailleurs? Nous voulons continuer à soigner les patients normalement. Tous les jours, nous voyons des patients mal soignés par des médecins qui ont peur des «représailles». Nous redécouvrons même certaines maladies comme les abcès au poumon parce qu’on ne prescrit plus les examens. Lorsque le gouvernement impose des règles aux médecins, ce sont les patients qui en pâtissent».

Dans les Infos du 16 mai, déjà, Michel Laffillé, répondait à un lecteur qui soulignait les difficultés qu’il avait rencontrées pour trouver un médecin en reprenant point par point les revendications qui étaient toujours d’actualité hier: les études en médecine, les difficultés que rencontre un médecin pour se faire remplacer mais aussi les attentes de rendez-vous chez les spécialistes et les «35 heures» du médecin : «Notre métier, qui a pour mission d’aider, d’écouter, de soulager l’être humain, n’est plus du tout maîtrisé par les médecins mais par les hommes politiques (Juppé-Jospin: même combat!) et par les caisses qui nous demandent avant tout une médecine comptable et financière».

Les prochains mouvements prévus

Alors que les infirmiers libéraux, en refusant tout nouveau patient et en branchant les répondeurs téléphoniques, sont déjà en grève symbolique depuis le début du mois, toutes les professions libérales se sont unies pour convenir d’une autre journée d’action en novembre. Les spécialistes, les premiers touchés après les pharmaciens et avant les médecins généralistes par les mesures du gouvernement, à Dieppe comme dans toute la France, promettent déjà une grève de 8 ou 15 jours en décembre.

Opération escargot des infirmiers libéraux
Vers un mouvement structuré à Dieppe contre le PSI

Alors que les élèves infirmières dieppoises manifestaient à Paris, les infirmières libérales organisaient une opération escargot dans les rues du centre-ville. Une façon de présenter aux Dieppois leurs revendications au profit des patients.

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Les infirmiers libéraux étaient dans la rue mardi pour protester contre le nouveau plan de soins infirmiers récemment publié au Journal officiel : «Ce plan retire aux infirmières et infirmiers libéraux leur rôle propre: hygiène, prévention et surveillance du patient» indique Fabrice Grémont, infirmier libéral à Dieppe. Menée à l’initiative du syndicat Convergence infirmière, le mouvement a rassemblé plus de 50 voitures dans les rue de Dieppe. Du Belvédère jusqu’aux locaux de la CPAM, la caisse primaire d’assurance maladie, les infirmières ont, en effet, limité la circulation à «8 à l’heure». Une vitesse que les Dieppois ont dû accepter en centre-ville à partir de 14 h et pour une bonne partie de l’après-midi.

Un quota de 18 000 actes par an

En luttant contre le PSI, les infirmiers libéraux protestaient contre la baisse des tarifs et du coefficient de certains actes mais également contre les quotas de soin. Les infirmiers libéraux sont, en effet, limités à 18 000 actes par an. En cas de dépassement, ils passent devant une commission paritaire et risquent des sanctions financières. A cela s’ajoute le problème des remplaçants, mais aussi les frais de déplacement limités à 9 F «alors que les kiné comptent 12 F et les médecins, 25F» et la non réévaluation de certains actes. «Le tarif des actes infirmiers de soin (14,30F) n’a pas été réévalué depuis 12 ans» explique une infirmière qui assure que «trop, c’est trop». «On veut désengorger les hôpitaux. Les soins à domicile représentent l’avenir des soins et pourtant, on ne nous en donne pas les moyens» précise une autre.

Une association des infirmiers libéraux
de Dieppe et sa région

Reçue à la CPAM, une délégation de quatre infirmières et infirmiers n’a pas obtenu toutes les réponses attendues : «Nous n’avons pas avancé mais nous n’avons pas reculé non plus. En ce qui concerne les quotas, la CPAM tolère une augmentation jusqu’à 23 000 actes par an avec des conditions, notamment que nous prévenions par une lettre que nous dépassons les 18 000 actes réglementaires. Quant aux frais de déplacement, ils nous ont répondu qu’ils ne pouvaient rien faire puisque tout cela se décidait au niveau national» précise Fabrice Grémont qui faisait partie de la délégation.

Au sein de la manifestation, certains mots commencent à courir. Si cette opération escargot était plutôt spontanée, mardi, elle a tout de même été placée sous le signe de Convergence infirmière, une structure qui relie quatre syndicats (l’ONSIL, le SPIL, le SNIL et Profil infirmier). A Dieppe, aucune structure n’existe mais il semble que l’idée commence à germer dans certains esprits: «Cette action est un mouvement de colère, spontanée, mais pour rester fort et solidaire, pour défendre au mieux nos intérêts et ceux de nos patients, il faudrait constituer une association des infirmiers libéraux de Dieppe et sa région».

Sandra BEAUFILS


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