| Médecins généralistes, spécialistes,
kinésithérapeutes, infirmiers, dentistes, biologistes, orthodontistes, orthophonistes,
une cinquantaine de personnes des professions médicales et para-médicales est venue,
hier, devant la sous-préfecture pour défendre «la santé des patients et pas seulement
pour défendre les médecins» précise Michel Laffillé, médecin à
Neuville-lès-Dieppe. La journée dhier était, en effet, placée sous le signe de
la «santé morte», alors que le gouvernement est en plein débat sur la loi de
financement de la Sécurité sociale. A lappel du centre national des professions de
santé relayé par les différents centres départementaux, cabinets médicaux, cliniques
et laboratoires étaient fermés. Seules, les urgences étaient assurées dans le cadre de
gardes organisées. Pour la première fois, les trois grands syndicats des médecins
généralistes et spécialistes se sont unis pour ces journées daction.La santé comptable
A Rouen, ils étaient devant la préfecture. A Dieppe,
cest devant la sous-préfecture que les manifestants de la santé sétaient
réunis en attendant le rendez-vous promis par le sous-préfet.
Principal argument retenu par les manifestants : la maîtrise comptable de la
santé. «Cest inacceptable et anti-démocratique», indique Michel Laffillé.
«Nous ne pouvons pas soigner les gens en fonction de largent. Quand on voit entrer
une patiente, il faut maintenant se demander si elle va coûter cher. Si la réponse est
oui : je la soigne mal ou je lenvoie ailleurs? Nous voulons continuer à soigner les
patients normalement. Tous les jours, nous voyons des patients mal soignés par des
médecins qui ont peur des «représailles». Nous redécouvrons même certaines maladies
comme les abcès au poumon parce quon ne prescrit plus les examens. Lorsque le
gouvernement impose des règles aux médecins, ce sont les patients qui en pâtissent».
Dans les Infos du 16 mai, déjà, Michel Laffillé, répondait à un lecteur qui
soulignait les difficultés quil avait rencontrées pour trouver un médecin en
reprenant point par point les revendications qui étaient toujours dactualité hier:
les études en médecine, les difficultés que rencontre un médecin pour se faire
remplacer mais aussi les attentes de rendez-vous chez les spécialistes et les «35
heures» du médecin : «Notre métier, qui a pour mission daider, découter,
de soulager lêtre humain, nest plus du tout maîtrisé par les médecins mais
par les hommes politiques (Juppé-Jospin: même combat!) et par les caisses qui nous
demandent avant tout une médecine comptable et financière».
Les prochains mouvements
prévus
Alors que les infirmiers libéraux, en refusant tout nouveau
patient et en branchant les répondeurs téléphoniques, sont déjà en grève symbolique
depuis le début du mois, toutes les professions libérales se sont unies pour convenir
dune autre journée daction en novembre. Les spécialistes, les premiers
touchés après les pharmaciens et avant les médecins généralistes par les mesures du
gouvernement, à Dieppe comme dans toute la France, promettent déjà une grève de 8 ou
15 jours en décembre.
Opération escargot des infirmiers libéraux
Vers un mouvement structuré à Dieppe contre
le PSI
Alors que les élèves infirmières dieppoises
manifestaient à Paris, les infirmières libérales organisaient une opération escargot
dans les rues du centre-ville. Une façon de présenter aux Dieppois leurs revendications
au profit des patients.

Les infirmiers libéraux étaient dans la rue mardi pour protester contre le
nouveau plan de soins infirmiers récemment publié au Journal officiel : «Ce plan retire
aux infirmières et infirmiers libéraux leur rôle propre: hygiène, prévention et
surveillance du patient» indique Fabrice Grémont, infirmier libéral à Dieppe. Menée
à linitiative du syndicat Convergence infirmière, le mouvement a rassemblé plus
de 50 voitures dans les rue de Dieppe. Du Belvédère jusquaux locaux de la CPAM, la
caisse primaire dassurance maladie, les infirmières ont, en effet, limité la
circulation à «8 à lheure». Une vitesse que les Dieppois ont dû accepter en
centre-ville à partir de 14 h et pour une bonne partie de laprès-midi.
Un quota de 18 000 actes par an
En luttant contre le PSI, les infirmiers libéraux
protestaient contre la baisse des tarifs et du coefficient de certains actes mais
également contre les quotas de soin. Les infirmiers libéraux sont, en effet, limités à
18 000 actes par an. En cas de dépassement, ils passent devant une commission paritaire
et risquent des sanctions financières. A cela sajoute le problème des
remplaçants, mais aussi les frais de déplacement limités à 9 F «alors que les kiné
comptent 12 F et les médecins, 25F» et la non réévaluation de certains actes. «Le
tarif des actes infirmiers de soin (14,30F) na pas été réévalué depuis 12 ans»
explique une infirmière qui assure que «trop, cest trop». «On veut désengorger
les hôpitaux. Les soins à domicile représentent lavenir des soins et pourtant, on
ne nous en donne pas les moyens» précise une autre.
Une association des infirmiers
libéraux
de Dieppe et sa région
Reçue à la CPAM, une délégation de quatre infirmières
et infirmiers na pas obtenu toutes les réponses attendues : «Nous navons pas
avancé mais nous navons pas reculé non plus. En ce qui concerne les quotas, la
CPAM tolère une augmentation jusquà 23 000 actes par an avec des conditions,
notamment que nous prévenions par une lettre que nous dépassons les 18 000 actes
réglementaires. Quant aux frais de déplacement, ils nous ont répondu quils ne
pouvaient rien faire puisque tout cela se décidait au niveau national» précise Fabrice
Grémont qui faisait partie de la délégation.
Au sein de la manifestation, certains mots commencent à courir. Si cette
opération escargot était plutôt spontanée, mardi, elle a tout de même été placée
sous le signe de Convergence infirmière, une structure qui relie quatre syndicats
(lONSIL, le SPIL, le SNIL et Profil infirmier). A Dieppe, aucune structure
nexiste mais il semble que lidée commence à germer dans certains esprits:
«Cette action est un mouvement de colère, spontanée, mais pour rester fort et
solidaire, pour défendre au mieux nos intérêts et ceux de nos patients, il faudrait
constituer une association des infirmiers libéraux de Dieppe et sa région».
Sandra BEAUFILS |