| William Pillon et Gilbert Louvet,
membres du cabinet de Christian Cuvilliez mais également responsable de la section locale
de la CGT pour le premier et de la section locale du PCF pour le second, ont été mis en
examen pour «abus de biens sociaux». On leur reprocherait en fait dêtre
rémunérés par la mairie au titre demplois de conseillers techniques du maire sans
en assumer véritablement les tâches. Une seconde procédure a été engagée en
parallèle à lencontre de la section locale de la CGT pour des «cadeaux» que lui
aurait fait la mairie concernant des factures délectricité et de chauffage de la
Bourse du Travail. «Il ne faut pas être grand clerc pour
deviner qui est visé : depuis des mois, le Parquet séchigne à trouver des
prétextes à convocations, à querelles (...) ce qui finit par relever dun
véritable harcèlement... A cinq mois des élections municipales !» Depuis plusieurs
jours la nouvelle de la mise en examen pour «détournement de fonds publics» de deux
membres du cabinet du maire circulait dans Dieppe mais mercredi, Christian Cuvilliez a
fait le choix de mettre laffaire sur la place publique en appelant la population à
soutenir massivement les mis en examen et indirectement le mode de fonctionnement du
cabinet du maire. Un rassemblement sest dailleurs déroulé hier soir dans les
salons de lhôtel de ville au cours duquel Christian Cuvilliez devait donner son
sentiment à la population dieppoise prévenue de toute lhistoire par la
distribution dune lettre dans chaque foyer. La mobilisation est de rigueur, face à
une affaire que certains qualifient dores et déjà de «mauvais coup politique».
En tout état de cause, laffaire qui secoue aujourdhui la ville de
Dieppe ressemble à sy méprendre à un dossier autrement plus médiatisé, celui
des emplois fictifs de la mairie de Paris au profit du RPR...
Par ailleurs, la notion de mise en examen ne signifiant pas culpabilité, la
règle de la présomption dinnocence doit être observée et respectée.
Une lettre de dénonciation
A Dieppe, la procédure est en fait double puisque si
lune vise deux membres du cabinet, William Pillon et René Louvet, lautre
concerne la section locale de la CGT à qui la ville aurait consenti quelques «cadeaux»
portant sur le règlement de factures délectricité ou de chauffage pour ses locaux
installés à la Bourse du Travail. Dans ce second dossier, cest Philippe Stalin,
secrétaire général de lunion locale CGT qui se retrouve mis en examen.
Concernant les employés de cabinet, William Pillon, qui est également
lun des responsables de la section locale de la CGT, est officiellement conseiller
technique du maire pour les relations avec le monde du travail. Gilbert Louvet, quant à
lui, secrétaire de la section Dieppoise du Parti Communiste, occupe un poste de
conseiller technique pour les affaires sociales au sein du cabinet de Christian Cuvilliez.
Cest après avoir reçu une lettre de dénonciation au mois de septembre
dernier, que Brigitte Lamy, Procureur de la République a décidé douvrir une
information et de saisir le SRPJ de Rouen. William Pillon et Gilbert Louvel auraient ainsi
été entendus avant de se voir notifier leur mise en examen par courrier recommandé.
Madame le Procureur nous a confirmé mercredi louverture dune information
depuis le mois de septembre et le déclenchement dune procédure par le juge
dinstruction Le Vaillant de Charny.
A tour de rôle, les protagonistes ont été convoqués devant le juge
dinstruction, Gilbert Louvet hier matin et Philippe Stalin pour le dossier du local
CGT ce vendredi.
Cest en 1988, à la suite de son licenciement de la construction navale
que William Pilon avait été recruté par le cabinet dIréné Bourgois alors maire
de Dieppe. Quant à Gilbert Louvet, il est entré au cabinet du maire en 1992.
Le maire a déjà réagi
Dans sa lettre aux Dieppois, Christian Cuvilliez écrit : «Quand
on suggère que des salariés nauraient pas fourni le travail pour lequel ils ont
été rémunérés, cest directement remettre en cause le principe même du
fonctionnement du cabinet du maire, pour suggérer quil détourne les fonds de la
collectivité lorsquil rémunère ses collaborateurs pour des fonctions quils
exercent dans lintérêt général du service public.»
Après laffaire
Jacqueline qui, en Novembre 99, conduisait le premier adjoint à une condamnation de
principe (20.000 francs damende avec sursis) pour une histoire de procédure de
marché négocié pour la desserte entre le port extérieur et le centre-ville, cette
nouvelle affaire fait évidemment désordre dans la maison municipale. Doù
lévidente colère de Christian Cuvilliez qui a clairement appelé ses fidèles à
réagir. «Car cette situation, si elle devait se poursuivre, deviendrait dangereuse pour
la vie sociale de notre communauté dieppoise.»
Linstruction ouverte par le juge Le Vaillant de Charny permettra
probablement de tirer au clair les responsabilités et, surtout, les activités de chacun
des protagonistes dans lorganigramme municipal et en parallèle dans leurs
engagements respectifs pour le compte de la CGT et du PCF. Des textes légaux précis
existent à propos du mode de fonctionnement des cabinets des maires de lHexagone,
reste à les confronter avec la réalité du terrain, ici à Dieppe, pour tirer les
conclusions qui simposeront alors delles-mêmes.
Concernant la seconde procédure, celle qui met en cause lUnion Locale
CGT, la municipalité parle de «mauvais procès. Cest oublier des décennies de
traditions syndicales qui veulent quà Dieppe comme partout en France, les
collectivités locales supportent les frais des Bourses du Travail.» Un collaborateur du
maire devait dailleurs nous déclarer que ce mode de fonctionnement appliqué à la
section locale de la CGT sapplique également aux nombreuses associations de la
ville.
P. Rifflet
Me Garraud, avocat de lUL CGT
«Une première en France!»
Me Garraud, conseiller de lUnion Locale CGT nous a
avoué avoir appris avec stupéfaction la mise en examen de lUnion Locale à travers
son responsable. «Cest probablement une première en France. Je ne ferai pas de
commentaire mais des constats : nous observons notamment que le secret de
linstruction na dores et déjà pas été respecté, et ensuite que la
présomption dinnocence doit être de mise. Je nai pas encore (notre entretien
a eu lieu mercredi) pu avoir accès au dossier, jignore donc le détail de ce que
lon nous reproche. Enfin, je dirais que la CGT considère quon lui fait
aujourdhui un mauvais procès politique qui intervient à proximité
délections politiques importantes». |