Journal du 17 novembre 2000

Des emplois fictifs au cabinet du Maire ?
Drôle de "salade dieppoise"

William Pillon et Gilbert Louvet, membres du cabinet de Christian Cuvilliez mais également responsable de la section locale de la CGT pour le premier et de la section locale du PCF pour le second, ont été mis en examen pour «abus de biens sociaux». On leur reprocherait en fait d’être rémunérés par la mairie au titre d’emplois de conseillers techniques du maire sans en assumer véritablement les tâches. Une seconde procédure a été engagée en parallèle à l’encontre de la section locale de la CGT pour des «cadeaux» que lui aurait fait la mairie concernant des factures d’électricité et de chauffage de la Bourse du Travail.

«Il ne faut pas être grand clerc pour deviner qui est visé : depuis des mois, le Parquet s’échigne à trouver des prétextes à convocations, à querelles (...) ce qui finit par relever d’un véritable harcèlement... A cinq mois des élections municipales !» Depuis plusieurs jours la nouvelle de la mise en examen pour «détournement de fonds publics» de deux membres du cabinet du maire circulait dans Dieppe mais mercredi, Christian Cuvilliez a fait le choix de mettre l’affaire sur la place publique en appelant la population à soutenir massivement les mis en examen et indirectement le mode de fonctionnement du cabinet du maire. Un rassemblement s’est d’ailleurs déroulé hier soir dans les salons de l’hôtel de ville au cours duquel Christian Cuvilliez devait donner son sentiment à la population dieppoise prévenue de toute l’histoire par la distribution d’une lettre dans chaque foyer. La mobilisation est de rigueur, face à une affaire que certains qualifient d’ores et déjà de «mauvais coup politique».

En tout état de cause, l’affaire qui secoue aujourd’hui la ville de Dieppe ressemble à s’y méprendre à un dossier autrement plus médiatisé, celui des emplois fictifs de la mairie de Paris au profit du RPR...

Par ailleurs, la notion de mise en examen ne signifiant pas culpabilité, la règle de la présomption d’innocence doit être observée et respectée.

Une lettre de dénonciation

A Dieppe, la procédure est en fait double puisque si l’une vise deux membres du cabinet, William Pillon et René Louvet, l’autre concerne la section locale de la CGT à qui la ville aurait consenti quelques «cadeaux» portant sur le règlement de factures d’électricité ou de chauffage pour ses locaux installés à la Bourse du Travail. Dans ce second dossier, c’est Philippe Stalin, secrétaire général de l’union locale CGT qui se retrouve mis en examen.

Concernant les employés de cabinet, William Pillon, qui est également l’un des responsables de la section locale de la CGT, est officiellement conseiller technique du maire pour les relations avec le monde du travail. Gilbert Louvet, quant à lui, secrétaire de la section Dieppoise du Parti Communiste, occupe un poste de conseiller technique pour les affaires sociales au sein du cabinet de Christian Cuvilliez.

C’est après avoir reçu une lettre de dénonciation au mois de septembre dernier, que Brigitte Lamy, Procureur de la République a décidé d’ouvrir une information et de saisir le SRPJ de Rouen. William Pillon et Gilbert Louvel auraient ainsi été entendus avant de se voir notifier leur mise en examen par courrier recommandé. Madame le Procureur nous a confirmé mercredi l’ouverture d’une information depuis le mois de septembre et le déclenchement d’une procédure par le juge d’instruction Le Vaillant de Charny.

A tour de rôle, les protagonistes ont été convoqués devant le juge d’instruction, Gilbert Louvet hier matin et Philippe Stalin pour le dossier du local CGT ce vendredi.

C’est en 1988, à la suite de son licenciement de la construction navale que William Pilon avait été recruté par le cabinet d’Iréné Bourgois alors maire de Dieppe. Quant à Gilbert Louvet, il est entré au cabinet du maire en 1992.

Le maire a déjà réagi

Dans sa lettre aux Dieppois, Christian Cuvilliez écrit : «Quand on suggère que des salariés n’auraient pas fourni le travail pour lequel ils ont été rémunérés, c’est directement remettre en cause le principe même du fonctionnement du cabinet du maire, pour suggérer qu’il détourne les fonds de la collectivité lorsqu’il rémunère ses collaborateurs pour des fonctions qu’ils exercent dans l’intérêt général du service public.»

Après l’affaire Jacqueline qui, en Novembre 99, conduisait le premier adjoint à une condamnation de principe (20.000 francs d’amende avec sursis) pour une histoire de procédure de marché négocié pour la desserte entre le port extérieur et le centre-ville, cette nouvelle affaire fait évidemment désordre dans la maison municipale. D’où l’évidente colère de Christian Cuvilliez qui a clairement appelé ses fidèles à réagir. «Car cette situation, si elle devait se poursuivre, deviendrait dangereuse pour la vie sociale de notre communauté dieppoise.»

L’instruction ouverte par le juge Le Vaillant de Charny permettra probablement de tirer au clair les responsabilités et, surtout, les activités de chacun des protagonistes dans l’organigramme municipal et en parallèle dans leurs engagements respectifs pour le compte de la CGT et du PCF. Des textes légaux précis existent à propos du mode de fonctionnement des cabinets des maires de l’Hexagone, reste à les confronter avec la réalité du terrain, ici à Dieppe, pour tirer les conclusions qui s’imposeront alors d’elles-mêmes.

Concernant la seconde procédure, celle qui met en cause l’Union Locale CGT, la municipalité parle de «mauvais procès. C’est oublier des décennies de traditions syndicales qui veulent qu’à Dieppe comme partout en France, les collectivités locales supportent les frais des Bourses du Travail.» Un collaborateur du maire devait d’ailleurs nous déclarer que ce mode de fonctionnement appliqué à la section locale de la CGT s’applique également aux nombreuses associations de la ville.

P. Rifflet

Me Garraud, avocat de l’UL CGT
«Une première en France!»

Me Garraud, conseiller de l’Union Locale CGT nous a avoué avoir appris avec stupéfaction la mise en examen de l’Union Locale à travers son responsable. «C’est probablement une première en France. Je ne ferai pas de commentaire mais des constats : nous observons notamment que le secret de l’instruction n’a d’ores et déjà pas été respecté, et ensuite que la présomption d’innocence doit être de mise. Je n’ai pas encore (notre entretien a eu lieu mercredi) pu avoir accès au dossier, j’ignore donc le détail de ce que l’on nous reproche. Enfin, je dirais que la CGT considère qu’on lui fait aujourd’hui un mauvais procès politique qui intervient à proximité d’élections politiques importantes».


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