| Samedi, une centaine de motos et une quinzaine
de voitures étaient mobilisées sur la rocade de Dieppe pour réclamer la pose dun
muret central pour séparer les voies montantes et descendantes. Trois associations -
"Arnaud et les victimes de la 338", la Fédération des motards en colère et
lAutomobile Club de lOuest - étaient réunies dans la lutte pour la
vie : «Nous espérons être entendus par les pouvoirs publics», indique
Michel Delmon, président départemental de lAutomobile Club de lOuest.
«Il est important de séparer les deux fois deux voies, voire même de les interrompre
par un rond-point quand cela est nécessaire. Il y a un tas de solutions, le seul
problème est de les mettre en uvre. En France, on a tendance à se mobiliser quand
il y a déjà beaucoup de morts». L «insécurité
routière», la mort sur la route, ces mots sont gravés dans le cur de Colette
Bessin, présidente de lassociation "Arnaud et les victimes de la 338". La
Sud III de Rouen lui a, en effet, enlevé son fils Arnaud le jour de son anniversaire.
Elle aussi se bat pour la pose dun muret dans le virage mortel de la rocade parce
que depuis la pose dune telle infrastructure sur la 338, il ny a plus de
morts. Samedi, elle venait rencontrer le député-maire avec, dans la poche, une lettre
reçue deux jours avant la manifestation qui appuie sa demande : «La Direction
départementale de lEquipement est daccord avec nous : jai reçu un
courrier le 19 octobre».
Fixer la date du début des
travaux
La lettre est précise : elle parle dune
glissière centrale en béton entre le terre-plein central de la zone à quatre voies et
le giratoire «Cependant, précise la DDE, cette solution est susceptible
daggraver les légères pertes de contrôle puisque le muret en béton est
indéformable». Colette Bessin acquiesce, mais pour elle, «la vie humaine vaut
plus que tout le reste». Cest donc dun pas décidé quelle part à
la rencontre du député-maire pour fixer la date du début des travaux.
«Malheureusement, nous navons pas été reçus par lui. Cest son
adjoint, Wladislas Dudek (NDLR : adjoint chargé de lenvironnement et de la
formation professionnelle) qui le représentait. Il nous a expliqué quil était
tout à fait daccord avec nous et quil fallait maintenant quon voie avec
la sous-préfecture pour faire avancer les choses». En ce samedi après-midi,
motards, automobilistes et familles de victimes trouvent portes closes. Colette Bessin ne
baisse pourtant pas les bras : «On nous a dit que le sous-préfet serait prêt à
nous recevoir dès que nous le désirons. Je téléphonerai donc, dès lundi, pour avoir
un rendez-vous avec lui, M. Dudek et la DDE de Rouen».
Sur les routes, ce sont près de 8000 personnes qui laissent leur vie chaque
année. Colette Bessin na donc quune ambition : «Eviter que
dautres familles soient dans la même galère que nous parce que cest trop
dur». Elle envisage donc de viser tous les points noirs de la route : «Nous
irons là où les gens ont besoin quon les appuie» explique-t-elle. Ce
week-end, cétait à Dieppe pour la rocade. Le prochain dossier est déjà décidé,
ce sera la 31 entre Rouen et Gournay.
Sandra BEAUFILS
Les motards, toujours concernés
Une centaine de motos, quelque 200 motards, les passionnés
se sont donné rendez-vous pour la manifestation. Lancée par lassociation "Arnaud
et les victimes de la 338" qui a, elle-même, été contactée par une famille de
victime, la manifestation a rassemblé de nombreux motards. Il faut dire que, pour la
Fédération française des motards en colère, la sécurité est lambition
2000 : «Cette action entre tout à fait dans le cadre de nos manifestations» explique
Guy Lemeur, représentant de la FFMC.
Pour les habitués de laction, la manifestation dieppoise est pourtant une
première : «Lassociation étant basée à Rouen, cest la première
fois que nous nous décentralisons. Mais, cest aussi la première fois, outre une
manifestation parisienne qui nous a réunis, que nous nous allions avec lAutomobile
Club de lOuest». Deux et quatre roues étaient, en effet, mobilisés pour la
même cause ce week-end. Sur la rocade de Dieppe, motards et automobilistes demandaient la
pose dun muret central dune seule et même voix.
En souvenir des victimes
Stéphanie et Valérie sont venues en souvenir de leur
sur, Sandrine Hurtel, Maryline Vincent, cest pour son époux, Philippe, et
Denise Capelle, cest pour son fils, Stéphane Gosselin. Tous trois sont décédés
dans laccident survenu le 28 août 1997 sur la rocade de Dieppe. «Nous nous
sentons, bien sûr, concernés, explique Denise Capelle. Comme tout le monde ici,
nous réclamons un muret central parce quun rail, cest trop dangereux pour les
motards. Il nexiste aucune association sur Dieppe et pour cette manifestation, nous
avons été prévenus un peu tard, cest dommage parce que nous aurions pu mobiliser
plus de monde».
Le souvenir des victimes de la rocade se lisait pourtant dans tous les yeux.
La manifestation sest, en effet, arrêtée dans le virage mortel pour une minute de
silence pleine démotion pendant laquelle les familles des victimes ont déposé
quelques fleurs. Des fleurs pour ne pas oublier, des fleurs qui, les familles
lespèrent, seront bientôt remplacées par un muret central. |