Journal du 24 octobre 2000

Manifestation sur la rocade de Dieppe
L'indispensable muret central

Samedi, une centaine de motos et une quinzaine de voitures étaient mobilisées sur la rocade de Dieppe pour réclamer la pose d’un muret central pour séparer les voies montantes et descendantes. Trois associations - "Arnaud et les victimes de la 338", la Fédération des motards en colère et l’Automobile Club de l’Ouest - étaient réunies dans la lutte pour la vie : «Nous espérons être entendus par les pouvoirs publics», indique Michel Delmon, président départemental de l’Automobile Club de l’Ouest. «Il est important de séparer les deux fois deux voies, voire même de les interrompre par un rond-point quand cela est nécessaire. Il y a un tas de solutions, le seul problème est de les mettre en œuvre. En France, on a tendance à se mobiliser quand il y a déjà beaucoup de morts».

L’ «insécurité routière», la mort sur la route, ces mots sont gravés dans le cœur de Colette Bessin, présidente de l’association "Arnaud et les victimes de la 338". La Sud III de Rouen lui a, en effet, enlevé son fils Arnaud le jour de son anniversaire. Elle aussi se bat pour la pose d’un muret dans le virage mortel de la rocade parce que depuis la pose d’une telle infrastructure sur la 338, il n’y a plus de morts. Samedi, elle venait rencontrer le député-maire avec, dans la poche, une lettre reçue deux jours avant la manifestation qui appuie sa demande : «La Direction départementale de l’Equipement est d’accord avec nous : j’ai reçu un courrier le 19 octobre».

Fixer la date du début des travaux

La lettre est précise : elle parle d’une glissière centrale en béton entre le terre-plein central de la zone à quatre voies et le giratoire «Cependant, précise la DDE, cette solution est susceptible d’aggraver les légères pertes de contrôle puisque le muret en béton est indéformable». Colette Bessin acquiesce, mais pour elle, «la vie humaine vaut plus que tout le reste». C’est donc d’un pas décidé qu’elle part à la rencontre du député-maire pour fixer la date du début des travaux.

«Malheureusement, nous n’avons pas été reçus par lui. C’est son adjoint, Wladislas Dudek (NDLR : adjoint chargé de l’environnement et de la formation professionnelle) qui le représentait. Il nous a expliqué qu’il était tout à fait d’accord avec nous et qu’il fallait maintenant qu’on voie avec la sous-préfecture pour faire avancer les choses». En ce samedi après-midi, motards, automobilistes et familles de victimes trouvent portes closes. Colette Bessin ne baisse pourtant pas les bras : «On nous a dit que le sous-préfet serait prêt à nous recevoir dès que nous le désirons. Je téléphonerai donc, dès lundi, pour avoir un rendez-vous avec lui, M. Dudek et la DDE de Rouen».

Sur les routes, ce sont près de 8000 personnes qui laissent leur vie chaque année. Colette Bessin n’a donc qu’une ambition : «Eviter que d’autres familles soient dans la même galère que nous parce que c’est trop dur». Elle envisage donc de viser tous les points noirs de la route : «Nous irons là où les gens ont besoin qu’on les appuie» explique-t-elle. Ce week-end, c’était à Dieppe pour la rocade. Le prochain dossier est déjà décidé, ce sera la 31 entre Rouen et Gournay.

Sandra BEAUFILS

Les motards, toujours concernés

Une centaine de motos, quelque 200 motards, les passionnés se sont donné rendez-vous pour la manifestation. Lancée par l’association "Arnaud et les victimes de la 338" qui a, elle-même, été contactée par une famille de victime, la manifestation a rassemblé de nombreux motards. Il faut dire que, pour la Fédération française des motards en colère, la sécurité est l’ambition 2000 : «Cette action entre tout à fait dans le cadre de nos manifestations» explique Guy Lemeur, représentant de la FFMC.

Pour les habitués de l’action, la manifestation dieppoise est pourtant une première : «L’association étant basée à Rouen, c’est la première fois que nous nous décentralisons. Mais, c’est aussi la première fois, outre une manifestation parisienne qui nous a réunis, que nous nous allions avec l’Automobile Club de l’Ouest». Deux et quatre roues étaient, en effet, mobilisés pour la même cause ce week-end. Sur la rocade de Dieppe, motards et automobilistes demandaient la pose d’un muret central d’une seule et même voix.

En souvenir des victimes

Stéphanie et Valérie sont venues en souvenir de leur sœur, Sandrine Hurtel, Maryline Vincent, c’est pour son époux, Philippe, et Denise Capelle, c’est pour son fils, Stéphane Gosselin. Tous trois sont décédés dans l’accident survenu le 28 août 1997 sur la rocade de Dieppe. «Nous nous sentons, bien sûr, concernés, explique Denise Capelle. Comme tout le monde ici, nous réclamons un muret central parce qu’un rail, c’est trop dangereux pour les motards. Il n’existe aucune association sur Dieppe et pour cette manifestation, nous avons été prévenus un peu tard, c’est dommage parce que nous aurions pu mobiliser plus de monde».

Le souvenir des victimes de la rocade se lisait pourtant dans tous les yeux. La manifestation s’est, en effet, arrêtée dans le virage mortel pour une minute de silence pleine d’émotion pendant laquelle les familles des victimes ont déposé quelques fleurs. Des fleurs pour ne pas oublier, des fleurs qui, les familles l’espèrent, seront bientôt remplacées par un muret central.


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