Journal du 10 novembre 2000

Nucléaire
Tout a été pensé mais le risque zéro n'existe pas

EDF et les autorités civiles se sont lancés dans une vaste campagne de communication destinée à rassurer les habitants du périmètre de 10 km autour des centrales de Paluel et Penly. Mardi soir, techniciens, élus et habitants se sont retrouvés à la salle des fêtes d’Envermeu.

Nucléaire, le mot à lui seul fait frémir. Souvent par méconnaissance de son fonctionnement lorsqu’il s’agit de nucléaire civil adapté à l’industrie. Avec les centrales de Penly et Paluel, la région est évidemment bien servie. D’où une certaine inquiétude s’il devait se produire un accident. Tchernobyl et son nuage ont laissé des traces dans les esprits et c’est bien légitime, d’autant qu’à l’époque, les autorités ne méritaient sûrement pas le premier prix de communication.

A chacun ses comprimés

De communication il s’agissait justement mardi soir à Envermeu. A l’initiative des services de la Préfecture, de la Protection Civile et d’EDF, les habitants des communes concernées par le périmètre de sécurité qui s’étend dans un rayon de 10 km autour des centrales, étaient conviés à venir rencontrer médecins et techniciens pour obtenir les réponses à toutes les questions qu’ils se posent. En particulier à propos des comprimés d’iode que chaque habitant du périmètre doit avoir en sa possession en cas d’accident et de rejets nucléaires dans l’atmosphère. Le mode de distribution de ces comprimés a justement changé puisque chaque habitant a dû recevoir - certaines familles auraient été oubliées - un courrier l’invitant à aller retirer - gratuitement - sa boîte de comprimés dans les pharmacies des environs. Un événement qui à lui seul suscite des inquiétudes, «si on nous distribue des comprimés, c’est que les centrales ne sont pas aussi sûres qu’on veut bien nous le dire...»

Rien à voir avec Tchernobyl

C’est pourtant un discours des plus rassurants que M. Assisse, responsable du site électro-nucléaire de Penly a voulu tenir - même si le risque zéro ne peut pas exister en matière industrielle - avec force démonstrations concernant la structure même des centrales françaises, «qui n’ont rien à voir avec Tchernobyl.Une centrale nucléaire est tout le contraire d’une bombe atomique. Le danger qu’elle peut représenter réside dans les rejets de matière nucléaire qu’elle pourrait engendrer. Ceux-ci seraient de toute façon volontaires et contrôlés, de manière à faire retomber une pression trop élevée au niveau du réacteur en cas d’incident...» Ces rejets étant décidés en guise d’ultime recours. Les autorités préfectorales auraient alors le temps nécessaire pour organiser les mesures à prendre pour la population. Mesures de trois niveaux avec en premier lieu l’invitation à rester calfeutré chez soi, la seconde étape étant la prise des comprimés d’iode destinés à éviter la fixation de matière nucléaire volatile sur la glande tyroïde et enfin, dans les cas extrêmes, l’évacuation.

Les techniciens ont eu beau assurer que l’expérience nucléaire française n’avait jamais engendré d’accidents graves, les habitants du périmètre de sécurité (venus en trop petit nombre d’ailleurs) n’ont pu s’empêcher de révéler un certain scepticisme. Les erreurs de communication à l’époque du nuage de Tchernobyl n’y étant pas étrangères puisque la France a appris près de 10 ans après les faits, que le nuage était bel et bien passé au dessus de nos têtes.

Gaëlle Duclos, ingénieur sanitaire départementale devait quant à elle préciser les règles d’absorption des comprimés d’iode, «uniquement lorsque le Préfet en donne l’ordre. Un quart de caché dilué pour les nourrissons, un demi pour les jeunes enfants et un entier pour les adultes.». Elle a également voulu rassurer les personnes allergiques à l’iode des fruits de mer, «ça n’a rien à voir !». Pour les gens qui auraient omis d’aller retirer leurs cachets, il est toujours possible d’en récupérer si une alerte devait se produire, les autorités civiles locales étant forcément au courant des lieux de stockage installés dans la région.

P.R.


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