| En se promenant sur la foire aux
harengs, Dominique Masson, président du comité régional des pêches et des élevages
marins de Haute-Normandie et du comité local des pêches de Dieppe-Le Tréport, a
remarqué la qualité de la fête, mais il a aussi remarqué que certains poissons
baignaient dans le sang et manquaient de fraîcheur. Une situation intolérable quil
a lintention de dénoncer pour sauvegarder limage de Dieppe en matière de
poisson. Plus quune question de principe, cest une
question déthique. Pour le pêcheur, il sagit de défendre la qualité du
hareng proposé sur la foire parce qu «à Dieppe, près de la mer, il nest
pas possible de vendre du poisson de mauvaise qualité». «Le but nest pas de
refaire le monde, explique Dominique Masson. Mais il faut montrer lexemple de
qualité pour que les gens fassent la différence entre le poisson vendu en bord de mer et
celui vendu en campagne. On risque de dégoûter les gens.»
Pourtant Dominique Masson lassure: il ne sagit pas de donner un
mauvais coup à la foire au harengs. «Cest une belle fête et je félicite les
organisateurs, mais je ne peux pas laisser faire ça sans rien dire.»
Ce week-end, en effet, le pêcheur représentant la filière pêche de Dieppe
jusquau Havre sest promené entre les stands et les barbecues de la foire aux
harengs : «Il y avait du hareng de chalut et du hareng de canot de très bonne qualité.
Mais il y avait aussi, surtout dimanche, du hareng en état de décomposition. Certains
vendeurs qui ne sont pas liés à la filière pêche vendent nimporte quoi. Entre
hareng de canot et hareng de chalut, il y a une différence mais le poisson peut être de
qualité dans les deux cas. Il existe une concurrence entre les deux mais chacun amène de
la qualité. Sur la foire aux harengs, pourtant, des personnes qui navaient rien à
voir avec la filière pêche vendent du hareng qui baigne dans le sang, qui reste mou et
dont lodeur est rapidement reconnaissable.»
Dominique Masson a donc décidé de réunir, dès que possible, organisme
sanitaire, gendarmes maritimes, affaires maritimes et organisateurs pour trouver une
solution et éviter que le problème ne se pose lan prochain de façon plus
importante.
Sur les deux jours, des contrôles ont pourtant été effectués. Insuffisants
voire inexistants, estime Dominique Masson : «Il faut organiser des passages sanitaires
pour lan prochain et peut-être même limiter la vente de harengs frais.»
Les vendeurs de harengs sont, en effet, astreints à certaines règles
dhygiène, des règles que certains ne respectent pas : «Il faut que le poisson
soit placé à plus de 70 cm du sol, quil soit protégé dans la glace, que
létal soit protégé des intempéries... Les clients doivent connaître la
provenance du poisson quils achètent, le nom du bateau et son numéro...» indique
Dominique Masson qui ajoute : «Des revendeurs viennent du monde extérieur à la pêche.
Ils lachètent chez le mareyeur longtemps avant de peur de ne pas en avoir.»
Une amélioration progressive
Pourtant, tout au long du week-end, des contrôles ont eu
lieu. Le matin, certes, mais ils ont eu lieu. «Accompagnés dun gendarme maritime,
nous avons lhabitude de passer le samedi matin, avant les officiels, pour faire le
tour de la foire. Jusquà midi, on vérifie lhygiène de base: que rien ne
soit par-terre par exemple. Le dimanche matin, vers 8 h 30, on repasse pour une petite
inspection» indique Daniel Lameille, technicien des services vétérinaires à
lantenne de Dieppe. Et, cette année, il ny a eu quun PV: un vendeur de
sandwiches et kebab installé au bout de la foire. Les résultats des contrôles visuels
sont, en effet, très clairs : «Il y a une amélioration dannée en année. Les
harengs étaient de bonne qualité et les marinés sont en barquettes. Ce qui est bien
avec cette foire, cest que ce sont des habitués qui reviennent. Ainsi, nous les
connaissons, ils savent que nous devons passer. Lan dernier, nous avions fait des
remarques sur les grilles par exemple. Cette année, tous les restaurateurs ont fait des
efforts puisque la quasi-totalité des grilles étaient neuves.»
Comme chaque année, les prix du hareng ont baissé tout au long du week-end. Si
le visiteur pouvait en trouver à 3F samedi matin, il était possible den acheter à
50 centimes dimanche soir : «Pourtant, on ne peut pas se permettre de trop baisser les
prix. Quand cest trop peu cher, le client doit avoir un doute.»
Si, sur la foire aux harengs, «beaucoup vendaient du poisson correct»,
quelques-uns ont profité de la fête de quartier pour faire du profit au détriment de la
qualité. Cest pour éviter que ces pratiques marginales deviennent plus courantes
que Dominique Masson a décidé de tirer la sonnette dalarme : «Jai peur que
cela dégénère, que cette situation saggrave» indique le pêcheur qui, chaque
année, vante, par le biais de la foire aux harengs, le poisson roi des côtes normandes
au mois de novembre.
Sandra Beaufils
Patrick Herscovici :
«Il ne faut pas utiliser la foire»
Si Dominique Masson précise clairement quil ne
sagit pas de critiquer la foire aux harengs, sa réaction est considérée comme un
nouveau coup dur : «Les sanitaires passent, si les vendeurs ressortent du poisson dans le
dos de tout le monde, nous ny sommes pour rien. Il faut quils fassent la
police chez eux avant tout. Il y a des malhonnêtes partout. Je ne peux pas empêcher les
déballants de vendre des pulls troués ou des poissons avariés. Il ne faut pas prendre
la foire aux harengs comme symbole des revendications. Nous ne sommes pas responsables de
ces choses-là» souligne Patrick Herscovici, président du Comité du Bout du quai, qui,
chaque année, organise la fête du quartier de façon à ce quelle soit la plus
réussie possible. Il y a pourtant, parfois, une notion dargent qui se greffe sur
lamusement et la fête : «Il y a de plus en plus dintérêts financiers dans
cette foire, chacun veut tirer la couverture à soi. Je le dis à chaque fois: il ne faut
pas tuer la poule aux oeufs dor en pratiquant des prix trop élevés.»
Comme chaque année, la foire a attiré des milliers de personnes au bout du
quai. Sa notoriété a dépassé la seule région dieppoise et les harengs sy sont
vendus comme des petits pains. Commerçants dieppois du bout du quai ou non, pêcheurs ou
revendeurs, chacun profite pleinement de cette foire que les organisateurs veulent avant
tout festive.
La foire aux harengs est, avec le temps, entrée dans la tradition dieppoise.
Une tradition que les Dieppois et les autres apprécient particulièrement.
S.B. |