Journal du 24 novembre 2000

Foire aux harengs
"Dieppe doit montrer l'exemple de la qualité"

En se promenant sur la foire aux harengs, Dominique Masson, président du comité régional des pêches et des élevages marins de Haute-Normandie et du comité local des pêches de Dieppe-Le Tréport, a remarqué la qualité de la fête, mais il a aussi remarqué que certains poissons baignaient dans le sang et manquaient de fraîcheur. Une situation intolérable qu’il a l’intention de dénoncer pour sauvegarder l’image de Dieppe en matière de poisson.

Plus qu’une question de principe, c’est une question d’éthique. Pour le pêcheur, il s’agit de défendre la qualité du hareng proposé sur la foire parce qu’ «à Dieppe, près de la mer, il n’est pas possible de vendre du poisson de mauvaise qualité». «Le but n’est pas de refaire le monde, explique Dominique Masson. Mais il faut montrer l’exemple de qualité pour que les gens fassent la différence entre le poisson vendu en bord de mer et celui vendu en campagne. On risque de dégoûter les gens.»

Pourtant Dominique Masson l’assure: il ne s’agit pas de donner un mauvais coup à la foire au harengs. «C’est une belle fête et je félicite les organisateurs, mais je ne peux pas laisser faire ça sans rien dire.»

Ce week-end, en effet, le pêcheur représentant la filière pêche de Dieppe jusqu’au Havre s’est promené entre les stands et les barbecues de la foire aux harengs : «Il y avait du hareng de chalut et du hareng de canot de très bonne qualité. Mais il y avait aussi, surtout dimanche, du hareng en état de décomposition. Certains vendeurs qui ne sont pas liés à la filière pêche vendent n’importe quoi. Entre hareng de canot et hareng de chalut, il y a une différence mais le poisson peut être de qualité dans les deux cas. Il existe une concurrence entre les deux mais chacun amène de la qualité. Sur la foire aux harengs, pourtant, des personnes qui n’avaient rien à voir avec la filière pêche vendent du hareng qui baigne dans le sang, qui reste mou et dont l’odeur est rapidement reconnaissable.»

Dominique Masson a donc décidé de réunir, dès que possible, organisme sanitaire, gendarmes maritimes, affaires maritimes et organisateurs pour trouver une solution et éviter que le problème ne se pose l’an prochain de façon plus importante.

Sur les deux jours, des contrôles ont pourtant été effectués. Insuffisants voire inexistants, estime Dominique Masson : «Il faut organiser des passages sanitaires pour l’an prochain et peut-être même limiter la vente de harengs frais.»

Les vendeurs de harengs sont, en effet, astreints à certaines règles d’hygiène, des règles que certains ne respectent pas : «Il faut que le poisson soit placé à plus de 70 cm du sol, qu’il soit protégé dans la glace, que l’étal soit protégé des intempéries... Les clients doivent connaître la provenance du poisson qu’ils achètent, le nom du bateau et son numéro...» indique Dominique Masson qui ajoute : «Des revendeurs viennent du monde extérieur à la pêche. Ils l’achètent chez le mareyeur longtemps avant de peur de ne pas en avoir.»

Une amélioration progressive

Pourtant, tout au long du week-end, des contrôles ont eu lieu. Le matin, certes, mais ils ont eu lieu. «Accompagnés d’un gendarme maritime, nous avons l’habitude de passer le samedi matin, avant les officiels, pour faire le tour de la foire. Jusqu’à midi, on vérifie l’hygiène de base: que rien ne soit par-terre par exemple. Le dimanche matin, vers 8 h 30, on repasse pour une petite inspection» indique Daniel Lameille, technicien des services vétérinaires à l’antenne de Dieppe. Et, cette année, il n’y a eu qu’un PV: un vendeur de sandwiches et kebab installé au bout de la foire. Les résultats des contrôles visuels sont, en effet, très clairs : «Il y a une amélioration d’année en année. Les harengs étaient de bonne qualité et les marinés sont en barquettes. Ce qui est bien avec cette foire, c’est que ce sont des habitués qui reviennent. Ainsi, nous les connaissons, ils savent que nous devons passer. L’an dernier, nous avions fait des remarques sur les grilles par exemple. Cette année, tous les restaurateurs ont fait des efforts puisque la quasi-totalité des grilles étaient neuves.»

Comme chaque année, les prix du hareng ont baissé tout au long du week-end. Si le visiteur pouvait en trouver à 3F samedi matin, il était possible d’en acheter à 50 centimes dimanche soir : «Pourtant, on ne peut pas se permettre de trop baisser les prix. Quand c’est trop peu cher, le client doit avoir un doute.»

Si, sur la foire aux harengs, «beaucoup vendaient du poisson correct», quelques-uns ont profité de la fête de quartier pour faire du profit au détriment de la qualité. C’est pour éviter que ces pratiques marginales deviennent plus courantes que Dominique Masson a décidé de tirer la sonnette d’alarme : «J’ai peur que cela dégénère, que cette situation s’aggrave» indique le pêcheur qui, chaque année, vante, par le biais de la foire aux harengs, le poisson roi des côtes normandes au mois de novembre.

Sandra Beaufils

Patrick Herscovici :
«Il ne faut pas utiliser la foire»

Si Dominique Masson précise clairement qu’il ne s’agit pas de critiquer la foire aux harengs, sa réaction est considérée comme un nouveau coup dur : «Les sanitaires passent, si les vendeurs ressortent du poisson dans le dos de tout le monde, nous n’y sommes pour rien. Il faut qu’ils fassent la police chez eux avant tout. Il y a des malhonnêtes partout. Je ne peux pas empêcher les déballants de vendre des pulls troués ou des poissons avariés. Il ne faut pas prendre la foire aux harengs comme symbole des revendications. Nous ne sommes pas responsables de ces choses-là» souligne Patrick Herscovici, président du Comité du Bout du quai, qui, chaque année, organise la fête du quartier de façon à ce qu’elle soit la plus réussie possible. Il y a pourtant, parfois, une notion d’argent qui se greffe sur l’amusement et la fête : «Il y a de plus en plus d’intérêts financiers dans cette foire, chacun veut tirer la couverture à soi. Je le dis à chaque fois: il ne faut pas tuer la poule aux oeufs d’or en pratiquant des prix trop élevés.»

Comme chaque année, la foire a attiré des milliers de personnes au bout du quai. Sa notoriété a dépassé la seule région dieppoise et les harengs s’y sont vendus comme des petits pains. Commerçants dieppois du bout du quai ou non, pêcheurs ou revendeurs, chacun profite pleinement de cette foire que les organisateurs veulent avant tout festive.

La foire aux harengs est, avec le temps, entrée dans la tradition dieppoise. Une tradition que les Dieppois et les autres apprécient particulièrement.

S.B.


Archives 1998   Archives 1999   Archives 2000   Recherche    Accueil