| Après Max Gaillard (durant les neuf
premières éditions) et son fils Serge (lors de l'édition 1998), le Festival
International de Cerf-Volant de Dieppe s'est doté d'un nouveau délégué général pour
son vingtième anniversaire. En charge du Festival de Berck, Frédéric Pouillaude est
maintenant aux commandes de la manifestation dieppoise. Il nous expose ici sa vision
humaniste du Festival, les nouveautés de l'édition 2000 et insiste enfin sur sa volonté
de « voir les Dieppois s'identifier au Festival ».- Frédéric Pouillaude, vous êtes le nouveau délégué général
du Festival International de Cerf-Volant de Dieppe. Peut-on mieux vous connaître ?
- J'ai longtemps travaillé dans le secteur du tourisme, notamment comme chargé
du développement touristique d'une ville qui rencontrait des problèmes d'image. Il
fallait chercher un moyen pour communiquer une nouvelle image et nous avons choisi de
créer un événement. Comme la première photographie aérienne avait été prise à
Berck à la fin du XIXe siècle, nous avons organisé une manifestation commémorative de
cet événement. Ainsi est né le premier Festival de Cerf-Volant de Berck-sur-Mer en
1989. Il a acquis, au fil des années, une notoriété aussi importante que celui de
Dieppe.
- Quelles sont les principales différences
entre les deux manifestations?
- D'abord, Berck est un Festival annuel alors que Dieppe se déroule tous les
deux ans. Ensuite, Berck ouvre la saison touristique en avril tandis que le Festival de
Dieppe la clôture en septembre. Sur une plage longue de 7 kilomètres, le Festival de
Berck constitue avant tout un grand spectacle. A Dieppe, l'accent est plutôt mis sur la
présence de délégations internationales, la création et le côté artistique du
cerf-volant.
- Comment avez-vous vécu, en tant
qu'organisateur, la rivalité qui est née après la création du Festival de Berck ?
- Ce n'est jamais plaisant de voir une manifestation identique naître sur une
plage voisine. En ce sens, j'ai compris la réaction des responsables du Festival
dieppois. J'ai connu moi aussi la même chose lorsque j'ai vu que Le Touquet se mettait
également au cerf-volant. Aujourd'hui, les animosités se sont estompées entre Berck et
Dieppe. D'ailleurs, ce sont les deux seules manifestations importantes qui existent en
France à travers le cerf-volant.
- Votre arrivée à la tête du Festival de
Dieppe a pu surprendre. Comment l'expliquez-vous?
- L'organisateur du Festival de Berck qui vient organiser celui de Dieppe a pu
effectivement surprendre. Nous intervenons dans le cadre de la société Image de Vent.
Les deux événements de Berck et Dieppe sont complémentaires et nous pourrions opérer
un rapprochement dans les années à venir. Nous avons été sollicités par la ville de
Dieppe et Max Gaillard. Ils ont pensé que nous avions une assez bonne connaissance du
monde du cerf-volant pour organiser cette onzième édition.
« Le cerf-volant est
accessible à tous »
- Comment vous est venue la passion pour le
cerf-volant ?
- Je suis un passionné d'aéronautique et je suis tombé dans le cerf-volant
avec la manifestation de Berck. Désormais, je suis un fou de cerf-volant, un objet qui
fut après tout au départ de l'aéronautique. Le cerf-volant est accessible à tous et
c'est ce qui fait son charme. Il se pratique avec le vent comme chef d'orchestre et marie
la technique et le côté artistique.
- Quels sont vos moyens pour ce 11e
Festival de Dieppe ?
- Nous travaillons sur la manifestation depuis le mois d'avril. Nous avons
déployé d'importants moyens de communication en interne. Aussi, trois personnes basées
aux Tourelles et quatre autres personnes de notre société - deux à temps plein et deux
à temps partiel - préparent le Festival. Nous travaillons en étroite collaboration avec
tous les services municipaux et avec les commerçants. Le Festival doit appartenir avant
tout aux Dieppois. Ils doivent s'identifier dans cet événement afin d'en être les
meilleurs porte-parole. Sur le terrain, nous serons environ une vingtaine pour coordonner
la manifestation.
- Les soutiens qui vous sont alloués par
les collectivités et les partenaires privés sont-ils suffisants ?
- Oui, d'autant que nous sentons une réelle mobilisation des collectivités et
de l'Etat dans le cadre du développement touristique. Les partenaires privés sont
également nom-breux: beaucoup avaient prévu leur budget sponsoring avant que nous les
appelions. Nous tablons sur un budget global de 2,4 millions de francs, dont les deux
tiers proviennent de subventions (Ndlr : la ville de Dieppe verse notamment 1 million de
francs). C'est un budget qui permet d'envisager de belles choses, notamment l'invitation
de 200 personnes venues du monde entier et la participation de 1.500 cerfs-volistes. Par
exemple, nous aidons davantage les participants du Guatemala que ceux du Japon ou des
Etats-Unis.
« Susciter un échange avec le
public »
- Quels moyens de communication avez-vous utilisé
pour faire connaître le Festival ?
- Il y a Internet, avec un site réalisé par la ville de Dieppe qui est voué
à évoluer et qui va bouger durant le Festival. L'événement sera retransmis en direct
grâce à une caméra et au service communication de la municipalité. Il y aura un
journal quotidien gratuit qui sera publié sur le Festival dans toute la ville. Ce journal
doit créer des liens avec les Dieppois. Enfin, une importante campagne d'affichage fut
réalisée partout en Haute-Normandie mais aussi dans le métro parisien et sur les lignes
SNCF. Notre partenariat régional et national avec Radio France doit également générer
des retombées, au même titre que les émissions télévisées.
- Après une dixième édition relevée en
1998, que peut-on attendre du Festival de l'an 2000 ?
- Le Festival fête cette année son vingtième anniversaire. Le grand O-Dako
avait constitué l'attraction en 1998. Cette fois, c'est le Sumpango - un cerf-volant du
Guatemala - qui attirera tous les regards. Il y aura sur place un cerf-volant de 12
mètres de diamètre et six autres de 8 mètres de diamètre. L'innovation par rapport au
O-Dako, c'est qu'ils seront présents à Dieppe durant tout le Festival. Ils seront
montés sur place, ce qui doit susciter un échange entre le public et les
Guatémaltèques.
- Quelles sont les particularités de ce
Sumpango ?
- C'est un cerf-volant différent dans sa conception technique puisqu'il est
constitué à partir de bambou, fil de fer, voile, colle et corde. Par exemple, 200 litres
de colle sont nécessaires. Ce Sumpango sort pour la première fois du Guatemala. Là-bas,
il vole à La Toussaint. Fabriqué sur les tombes, il vole au-dessus d'elles pour rendre
hommage aux morts. Il est brûlé à la fin de la fête. A Dieppe, le Sumpango
représentera une certaine forme de religion et portera l'identité indienne.
« Un message de paix et
d'universalité »
- Qu'attendez-vous encore de ce Festival ?
- Les 33 délégations doivent présenter un message de paix et d'universalité.
Je pense notamment à la Corée, à l'Indonésie ou au Guatemala qui sont en quête de
paix. Un « arbre à souhaits » permettra au public d'envoyer ses messages de paix dans
le ciel. C'est le côté humaniste auquel je suis très sensible. Mieux vaut apprendre et
comprendre les autres que les combattre dans des guerres qui ont fait de trop nombreux
morts durant le XXe siècle.
- En 1996, fort d'un budget de 3,5 millions
de francs suite à une dotation européenne, Max Gaillard avait parlé de Festival de la
perfection. Comment définiriez-vous le Festival de l'an 2000 ?
- Je n'ai pas la prétention d'organiser le Festival de la perfection. Ce
Festival doit être celui du partage et de la convivialité.
- Peut-on espérer des nouveautés pour les
années à venir ?
- Si la manifestation se déroulera certainement encore tous les deux ans et
restera gratuite, il faudra instaurer une certaine continuité. Nous allons devoir trouver
des actions pour faire vivre davantage le cerf-volant sur la ville. Ce sera une bonne
manière de maintenir la manifestation dans les esprits et de sensibiliser les Dieppois.
- Quelle affluence attendez-vous entre le 9
et le 17 septembre ?
- Généralement, ce sont 300.000 à 400.000 visiteurs qui viennent sur le
Festival. Nous en attendons au moins autant cette année. Nous aurons une idée assez
précise puisque nous allons procéder à un comptage précis grâce à des enquêteurs.
L'idéal, c'est d'avoir une affluence importante et régulière durant toute la
manifestation.
ETAT CIVIL
Frédéric Pouillaude
Né le 29 octobre 1961 à Auchel (Pas-de-Calais)
Délégué général du 11e Festival International de Cerf-Volant
Ancien président de la Fédération Française de Cerf-Volant de 1991 à 1995.
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