| Une récente enquête publiée dans le
mensuel Sciences et Avenir dressait un tableau un peu trop noir de la situation
de lhôpital dieppois. Classé au rang des mauvais élèves voici quelques années,
létablissement remonte doucement la pente en ayant mis laccent sur plusieurs
services dont les urgences et la maternité. Il reste pourtant beaucoup à faire au niveau
du personnel notamment dont les effectifs sont encore trop justes. Mais, ça, cest
un mal répandu bien au-delà de Dieppe. «A la limite de la
rupture...» Cest le titre de larticle consacré au service des urgences de
lhôpital de Dieppe publié dans le dernier numéro du magazine Sciences et
Avenir. Chiffres et commentaires qui accompagnent le «papier», notamment une phrase
dattaque qui cite, «Je ne veux pas être soigné par un Noir ou un Arabe»,
nont pas manqué de faire réagir sur la place de Dieppe, à commencer par Didier
Vancostenoble, le directeur de lhôpital.
Certes, lhôpital de Dieppe na pas toujours eu bonne réputation
mais il est évident que depuis quelques années, dimportants progrès ont été
accomplis. Certains de ses services sont même confrontés à une véritable explosion de
leur activité. Cest notamment le cas de la maternité qui, dici à la fin de
lannée, aura accueilli 1 200 bébés nés en lan 2000 (700 en 1993) ! La
chirurgie a été un point très faible mais le service est aujourdhui excellent
selon ladministration. Dans la rue, malgré tout, les avis sont encore partagés
(lire ci-dessous).
Les Urgences sur la sellette
Les Urgences ont elles aussi souffert dune image peu
valorisante, mais là encore, des progrès sensibles ont été réalisés. Larticle
qui fait bondir la direction de lhôpital parle notamment de locaux moyennement
adaptés alors quils viennent dêtre refaits et offrent visiblement toutes les
garanties en matière daccueil et de sécurité. Quant aux délais dattente,
ils sont annoncés de 15 minutes à une heure. «Cest toujours trop, cest
vrai... explique Didier Vancostenoble, mais nous restons dans la norme. Cette attente
moyenne est aussi le résultat du fonctionnement des services urgentistes. Nous traitons
évidemment la notion durgence. Si vous arrivez avec une foulure à un doigt et que
derrière vous arrive un trauma crânien, nous traiterons dabord le cas le plus
sérieux. Pour vous, de ce fait, lattente sera un peu plus longue mais il ne viendra
à lidée de personne de critiquer cette règle de priorité.»
La référence aux médecins noirs ou arabes pourrait laisser penser que
lhôpital de Dieppe ne recrute que des médecins étrangers aux diplômes douteux,
«ce qui est totalement faux. Le service des urgences bénéficie de la présence 24
heures sur 24 dun médecin dit senior, en loccurrence un médecin
titulaire. Et quand celui-ci sort avec le Smur, un autre senior, dastreinte dans un
autre service de lhôpital, est automatiquement présent. Ensuite, tous nos
médecins partant avec le Smur sont titulaires du CAMU (certificat daptitude à la
médecine urgentiste).»
Un gynécologue, un réanimateur, un anesthésiste, un cardiologue plus cinq
autres médecins spécialistes sont également présents 24 h sur 24 dans lhôpital
et de ce fait mis au service des urgences. «Nous avons en outre un service
dastreinte pour dautres médecins susceptibles dintervenir si le besoin
sen fait sentir.» Et le directeur dindiquer quun effort considérable a
été fait pour les urgences, «la preuve, chaque année, les services de garde et
dastreinte coûtent 12 millions de francs à notre budget.»
26 000 patients par an
Autre signe important, le nombre de lettres de réclamations
qui arrivent à lhôpital après un passage par les urgences. «Lan dernier,
nous en avons eu deux et cette année, pour linstant, une seule alors que je connais
des hôpitaux où cest deux par semaine...» Et pourtant lactivité du service
suit, à linstar de la maternité, une progression exponentielle. «En 1993, les
urgences traitaient 13 000 cas dans lannée. En lan 2000, nous devrions
atteindre 26 000 patients !»
En moyenne, un médecin urgentiste verra 5 300 patients par an, cest un
peu plus que la norme souhaitée par les autorités de tutelle qui fixent à 5 000 le
plafond dinterventions dun praticien afin de remplir toutes les conditions de
sécurité dans leur travail. «Nous sommes effectivement un peu au-dessus, cest
pourquoi personne ne cache que nous devrions pouvoir récupérer un médecin assistant
supplémentaire. En revanche, il serait illusoire de réclamer une seconde équipe Smur,
et ce même si nous disposons effectivement de deux véhicules dintervention. La
raison en est simple, le second véhicule ne sort pas plus de deux ou trois fois par
semaine».
En revanche, comme de trop nombreux établissements hospitaliers,
lhôpital de Dieppe reste néanmoins en mal de personnel : «Cest une
évidence mais la tutelle semble prendre conscience de nos besoins. Il manque notamment
cinq postes dinfirmières aux Urgences. Deux ont été créés au printemps dernier
et les trois autres devraient lêtre dans lavenir.»
En conclusion, on dira que lhôpital de Dieppe na pas grand chose à
envier aux autres hôpitaux de la région. Après une période difficile il remonte la
pente en fonction de priorités bien établies. En tout état de cause, aux urgences en
particulier, on est bien loin du tableau trop noir - sans jeu de mots aucun - dressé par
certains, même sil reste, cest évident, encore beaucoup de progrès à
accomplir pour satisfaire lensemble des Dieppois.
Philippe RIFFLET
Hôpital de Dieppe
Ce quils en pensent
Dominique Vadoux, Petit-Appeville
Jai été hospitalisée à plusieurs reprises à Dieppe et jai
toujours été bien soignée. Je sais que lhôpital de Dieppe na pas toujours
eu bonne réputation, mais je me refuse à polémiquer sur le sujet. Les médecins ou
chirurgiens sont avant tout des êtres humains et tout être humain a droit à
lerreur.
Astrid Mauconduit, Dieppe
Jai accouché à lhôpital de Dieppe et je nai eu aucune
appréhension. Mon accouchement sest bien passé tout comme mon séjour.
Sages-femmes et infirmières ont été très aimables et le pavillon mères et enfants est
agréable. Dans lensemble, le service public rendu est satisfaisant.
Diane Boutier, Dieppe
Jai été transportée aux urgences de Dieppe dans un semi-coma.
Léquipe sest tout de suite occupée de moi et jai été bien soignée.
Le personnel a été adorable. Fort heureusement pour moi, je suis aujourdhui en
bonne santé et il y a longtemps que je nai plus eu à faire à lhôpital.
Franck Delaunay, Dieppe
Je suis un habitué de lhôpital de Dieppe et je ne compte plus le nombre
de fois où jy ai été admis pour fractures ou autres incidents. A chaque fois,
jy ai reçu un accueil plutôt sympathique et je suis assez satisfait des soins. Je
trouve le personnel compétent et je nai pas à men plaindre.
Et des critiques
Dautres personnes ont donné leur avis sur
lhôpital de Dieppe mais elles ont préféré garder lanonymat. Voici leurs
témoignages :
Avec le lourd passé de lhôpital, un Neuvillais déclare «ne plus avoir
confiance en léquipement dieppois». Dès quil a des problèmes de santé, il
se rend à Rouen.
Un jeune Dieppois explique quil sest rendu un dimanche soir au
service des urgences avec «un mal de tête horrible. Javais peur que ce soit une
méningite. Linfirmière de garde ma ausculté et rassuré : ce nétait
pas une méningite. Mais elle ne ma donné aucun médicament pour me soulager et,
pire, elle ne ma pas fait passer de scanner. Lorsque le neurologue que jai vu
par la suite la appris, il ma dit quelle navait pas fait son
travail correctement et que les chances dapprendre après coup doù venait mon
mal de tête étaient très minces. Ce qui cest révélé exacte, le scanner que
jai passé par la suite na rien donné.»
Un autre jeune enfin confie «avoir attendu des heures avant dêtre pris
en charge par le service des urgences.»
Maternité
Il manque quatre
sages-femmes
Victime de son succès, le service maternité est confronté
à un sérieux problème de sous-effectif. Les sages-femmes sont aujourdhui au
nombre de seize mais il en faudrait quatre de plus pour que le service fonctionne de
manière idéale. A lappel des syndicats CGT, une manifestation a dailleurs
été organisée mercredi dernier devant les locaux de lagence régionale
hospitalière à Rouen pour attirer lattention sur un problème ressenti partout en
Haute-Normandie. Le cas de lhôpital de Dieppe y a été cité plus
particulièrement. Au-delà des créations de postes que ladministration pourrait
décider, encore faut-il trouver les candidates pour les pourvoir car les sages-femmes
sont une denrée rare... Ces créations de postes sont inscrites dans les priorités de la
direction de lhôpital de Dieppe qui ne manque pas de défendre son dossier devant
lagence hospitalière chaque fois quil en a loccasion. «La gestion
financière de la santé ne nous permet pas de dire quil manque aujourdhui une
centaine de postes à lhôpital de Dieppe. Nous devons procéder en fonction des
priorités pour présenter nos demandes et nos besoins...» conclut Didier Vancostenoble.
Grève
Un problème récurrent
pour les cadres
Mardi, les cadres hospitaliers se sont retrouvés devant les
grilles de létablissement pour protester contre le manque de personnel dont souffre
létablissement. Cest un fait malheureusement commun à la plupart des
hôpitaux de lhexagone. Pour loccasion, 100 % des cadres soignants ont
participé au mouvement, une première à Dieppe qui témoigne de limportance de la
question. Selon la direction, les cadres sont confrontés à plusieurs problèmes qui
sentrecroisent. «Il y a la question des 35 heures qui se profilent et auxquelles il
faut se préparer, une question de surcharge de travail et enfin un problème de
revalorisation de carrière. Compte-tenu des départs à la retraite prévisibles, nous
devrions former quatre cadres tous les ans. Les choses ne sont cependant pas si simples
car laccession au grade de cadre ne se fait pas à lancienneté, ce nest
pas une simple promotion, mais lacquisition dune compétence particulière
sanctionnée par un diplôme après une année de formation», explique Didier
Vanconstenoble. Si létablissement peut espérer la création de nouveaux postes de
cadres soignants, la question est bien plus épineuse pour les cadres administratifs. «La
tutelle est toujours plus sensible à propos des soignants que pour les autres secteurs
dactivités dun hôpital. Pourtant, nous manquons cruellement de secrétaires
médicales et les choses ne vont guère sarranger puisque notre activité est en
constante augmentation.»
Concernant les infirmières, cest la région toute entière qui souffre
dun déficit deffectif. Là encore, ladministration semble avoir pris
conscience du problème puisque le nombre de places ouvertes dans les écoles
dinfirmières a été sensiblement augmenté. A Dieppe, après une première phase
de recrutement à la rentrée de septembre pour 50 étudiantes, une seconde rentrée est
prévue en septembre pour 40 élèves supplémentaires. En outre, trois nouveaux postes
denseignants ont été créés.
Au total, lhôpital de Dieppe compte 1 200 postes équivalant temps plein,
dont 150 médecins. |