| Toutes professions médicales et
para-médicales confondues, ils étaient une cinquantaine à se réunir pour une
opération escargot du rond-point de But jusque devant la caisse primaire
dassurances maladie. Après une entrée musclée et «accompagnée» dans les locaux
de la sécurité sociale, les manifestants ont tenu à faire entendre leurs revendications
: refuser la médecine comptable et à deux vitesses. Au total,
elles étaient 200. Il ne sagit pas là du nombre de manifestants, mais du nombre de
souris qui ont accompagné les professionnels de la santé venus crier leur ras-le-bol
dans les locaux de la CPAM. Arrivés avec de petits cartons, les manifestants ont, en
effet, libéré 200 petits rongeurs à tous les étages du bâtiment. Pour les
professionnels de la santé, la situation est grave «suffisamment pour que nous nous
unissions au sein dun collectif et que nous manifestions» indique lun
dentre eux. Et si la manifestation na réuni quune cinquantaine de
professionnels à lappel du collectif de la santé du pays dieppois, elle a pourtant
fait son effet.
Outre les souris, les manifestants ont utilisé la force du nombre pour accéder
aux étages des locaux de la CPAM. Au rez-de-chaussée, pourtant, Jean-Pierre Alexandre,
attaché de direction de la caisse primaire, et Philippe Delattre, du service des
relations avec les professions de santé, attendaient les professionnels pour discuter.
Une discussion qui nétait pas dans lidée des manifestants : «Nous ne sommes
plus là pour ça, indique un médecin. Le but est maintenant de nous faire comprendre.»
En ouvrant les boîtes renfermant les 200 petites souris blanches, les professionnels ont
monté les escaliers qui les ont conduits directement dans une salle de réunion : «Nous
ne sommes quune courroie de transmission. Nous ne faisons quappliquer les
décisions. Nous connaissons vos doléances mais nous sommes prêts à recevoir une
délégation pour discuter» souligne Johnny Marque, responsable de la communication de la
CPAM qui annonce : «La délégation sera reçue par Catherine Guinard, directrice de la
CPAM, Jean-Pierre Alexandre, Philippe Delattre et Guy Ferrand qui est agent comptable.»
Pourtant, dans la salle de réunion, la directrice nest pas présente. Si certains
manifestants refusent de parler en son absence, dautres expliquent, malgré tout,
leurs revendications : «Nous entendons toujours le même discours mais rien ne bouge. La
région est sous-médicalisée et nous sommes bloqués avec des quotas. Nous ne pouvons
plus exercer notre métier comme nous lentendons. Lheure est à la promotion
des soins à domicile mais on ne nous donne pas les moyens» explique un
kinésithérapeute.
Régionalisation
«Si les professionnels ne peuvent pas travailler, nous
emmènerons tous les malades que nous ne pouvons prendre en charge à lhôpital ;
pourtant même à plusieurs professions libérales, nous narriverons jamais au même
tarif quune journée à lhôpital» indique un infirmier.
Si Jean-Pierre Alexandre comprend le malaise des professionnels, il tient
pourtant à le souligner : «Nous ne sommes que des exécutants en dernier ressort et face
à vous. Nous sommes tout à fait prêts à entendre vos revendications et vos doléances
pour les faire remonter à la direction régionale, à la caisse nationale
dassurance maladie et même à Mme Guigou puisque je suis engagé politiquement.»
Mais plus quaux responsables de la CPAM, ce sont aux hommes que les manifestants
souhaitent sadresser : «Nous voulons vous interpeller en tant quassuré
social et pas en tant quadministrateur puisque vous avez des supérieurs. Nous
habitons un département dans lequel la population augmente et vieillit et où les
professions médicales et para-médicales diminuent. Il va falloir arriver à une
régionalisation de la santé en France.»
«Conversation stérile»
Pour les professionnels, en effet, le problème nest
pas laugmentation démographique mais plutôt les difficultés quils
rencontrent pour se faire remplacer ou pour trouver des associés. Entre le Sud de la
France et la Haute-Normandie, les chiffres sont éloquents mais la réponse est claire :
«La libre installation existe. Il ne faut pas aller trop loin dans les démarches»
souligne Jean-Pierre Alexandre qui reconnaît lincompréhension qui peut exister
entre les instances politiques et les professionnels.
Considérant que la conversation tourne en rond et devant labsence de la
directrice, les manifestants quittent la salle. Pourtant, «cest toujours de cette
façon que les rencontres avec des manifestants se passent. Une rencontre en deux temps de
façon à bien tout comprendre.» Du côté des professionnels, on ne lentend pas de
cette oreille : «La conversation est stérile même si nous avons bien compris
quils étaient pris entre deux feux : lobligation dappliquer des
directives avec lesquelles ils ne sont pas toujours daccord à titre individuel.
Pourtant, ils ne le reconnaissent pas mais ils ont un peu dautonomie, ne serait-ce
quavec linterprétation des textes.»
Les manifestants se sont ensuite dirigés vers la mairie où le député-maire,
à lassemblée nationale, na pu les recevoir. Ils ont alors expliqué leurs
revendications à Sébastien Jumel, assistant parlementaire: «Nous voulons montrer
comment ça se passe sur le terrain, que la médecine à deux vitesses existe déjà. Il
faudra poser le problème de ce que vaut un acte médical.»
Lassistant parlementaire écoute et note : toutes ces revendications
seront transmises au député-maire. Mais dores et déjà, il tient à préciser :
«Fixer le critère de rentabilité comme critère de choix en matière de santé
nest pas bon. Je note votre volonté dêtre associé, en amont, à la prise de
décision. La règle du calcul financier ne doit pas être la règle et là-dessus, vous
avez le soutien de Christian Cuvilliez. La redistribution des fruits de la croissance doit
être faite dans des dépenses utiles, la santé en fait partie. Une grande partie de vos
revendications sont et seront relayées par le groupe communiste.» En demandant un autre
rendez-vous avec le député-maire, les manifestants ont quitté la salle du conseil pour
se disperser non sans avoir remis la lettre ouverte quils avaient rédigée pour
expliquer leurs revendications au député-maire mais aussi à la directrice de la CPAM et
au sous-préfet.
Pour le collectif de la santé du pays dieppois, rien nest terminé. Bien
au contraire, les rendez-vous sont dores et déjà pris pour organiser, avec le
CSMF, un syndicat de professionnels de la santé, la semaine de la santé morte prévue
fin décembre et qui devrait, selon certaines revendications rouennaises, se prolonger. A
Dieppe, les manifestants ont également décidé de ne pas en rester là. Ils reprendront,
très bientôt, le chemin de la revendication.
Sandra Beaufils
Santé : une mort
annoncée
«Les orthoptistes, les pédicures, les podologues,
les orthophonistes, les pharmaciens, les dentistes, les kinésithérapeutes, les
infirmiers, les biologistes, les cliniques libérales et les médecins spécialistes et
généralistes ont la douleur de vous faire part de la mort lente et certaine, programmée
par nos dirigeants, de notre système de soins auquel tous les Français sont attachés.
Votre professionnel de santé tient à votre disposition un registre de signatures de
soutien.»
Le collectif pour la santé
Grève des
avocats
Deux nouvelles actions
programmées
Une fois encore, les avocats du barreau de Dieppe ont
observé une grève des plaidoiries. Mercredi 6 décembre, ils ont demandé le report de
toutes les affaires prévues en référé. Dans un communiqué, le bâtonnier François
Catarsi rappelait leurs motivations : «Devant la défaillance chronique de lEtat,
les avocats sont confrontés au dilemme suivant, soit travailler à perte et assumer ainsi
seuls le poids de la carence de lEtat, soit trahir leur mission, ce à quoi ils se
refusent.» Par cette action, les avocats de Dieppe entendaient se montrer solidaires du
mouvement national. Depuis plusieurs semaines en effet, les avocats de France souhaitent
une revalorisation de laide juridictionnelle qui stagne à 140 F depuis dix années.
Mercredi, la Chancellerie avait revu cette aide à la hausse lors de négociations, mais
elle a été jugée insuffisante par la profession.
Dans lattente de nouvelles propositions satisfaisantes, deux mouvements de
grève nationale sont donc programmés les mardi 12 et lundi 18 décembre. «Et des
grèves perlées comme la suspension des consultations gratuites par exemple seront
menées jusquà ce que nous obtenions satisfaction», assure Me Catarsi.
M. DS. |