Journal du 8 décembre 2000

Collectif de la santé pour la région dieppoise
Entrée musclée à la CPAM

Toutes professions médicales et para-médicales confondues, ils étaient une cinquantaine à se réunir pour une opération escargot du rond-point de But jusque devant la caisse primaire d’assurances maladie. Après une entrée musclée et «accompagnée» dans les locaux de la sécurité sociale, les manifestants ont tenu à faire entendre leurs revendications : refuser la médecine comptable et à deux vitesses.

Au total, elles étaient 200. Il ne s’agit pas là du nombre de manifestants, mais du nombre de souris qui ont accompagné les professionnels de la santé venus crier leur ras-le-bol dans les locaux de la CPAM. Arrivés avec de petits cartons, les manifestants ont, en effet, libéré 200 petits rongeurs à tous les étages du bâtiment. Pour les professionnels de la santé, la situation est grave «suffisamment pour que nous nous unissions au sein d’un collectif et que nous manifestions» indique l’un d’entre eux. Et si la manifestation n’a réuni qu’une cinquantaine de professionnels à l’appel du collectif de la santé du pays dieppois, elle a pourtant fait son effet.

Outre les souris, les manifestants ont utilisé la force du nombre pour accéder aux étages des locaux de la CPAM. Au rez-de-chaussée, pourtant, Jean-Pierre Alexandre, attaché de direction de la caisse primaire, et Philippe Delattre, du service des relations avec les professions de santé, attendaient les professionnels pour discuter. Une discussion qui n’était pas dans l’idée des manifestants : «Nous ne sommes plus là pour ça, indique un médecin. Le but est maintenant de nous faire comprendre.» En ouvrant les boîtes renfermant les 200 petites souris blanches, les professionnels ont monté les escaliers qui les ont conduits directement dans une salle de réunion : «Nous ne sommes qu’une courroie de transmission. Nous ne faisons qu’appliquer les décisions. Nous connaissons vos doléances mais nous sommes prêts à recevoir une délégation pour discuter» souligne Johnny Marque, responsable de la communication de la CPAM qui annonce : «La délégation sera reçue par Catherine Guinard, directrice de la CPAM, Jean-Pierre Alexandre, Philippe Delattre et Guy Ferrand qui est agent comptable.» Pourtant, dans la salle de réunion, la directrice n’est pas présente. Si certains manifestants refusent de parler en son absence, d’autres expliquent, malgré tout, leurs revendications : «Nous entendons toujours le même discours mais rien ne bouge. La région est sous-médicalisée et nous sommes bloqués avec des quotas. Nous ne pouvons plus exercer notre métier comme nous l’entendons. L’heure est à la promotion des soins à domicile mais on ne nous donne pas les moyens» explique un kinésithérapeute.

Régionalisation

«Si les professionnels ne peuvent pas travailler, nous emmènerons tous les malades que nous ne pouvons prendre en charge à l’hôpital ; pourtant même à plusieurs professions libérales, nous n’arriverons jamais au même tarif qu’une journée à l’hôpital» indique un infirmier.

Si Jean-Pierre Alexandre comprend le malaise des professionnels, il tient pourtant à le souligner : «Nous ne sommes que des exécutants en dernier ressort et face à vous. Nous sommes tout à fait prêts à entendre vos revendications et vos doléances pour les faire remonter à la direction régionale, à la caisse nationale d’assurance maladie et même à Mme Guigou puisque je suis engagé politiquement.» Mais plus qu’aux responsables de la CPAM, ce sont aux hommes que les manifestants souhaitent s’adresser : «Nous voulons vous interpeller en tant qu’assuré social et pas en tant qu’administrateur puisque vous avez des supérieurs. Nous habitons un département dans lequel la population augmente et vieillit et où les professions médicales et para-médicales diminuent. Il va falloir arriver à une régionalisation de la santé en France.»

«Conversation stérile»

Pour les professionnels, en effet, le problème n’est pas l’augmentation démographique mais plutôt les difficultés qu’ils rencontrent pour se faire remplacer ou pour trouver des associés. Entre le Sud de la France et la Haute-Normandie, les chiffres sont éloquents mais la réponse est claire : «La libre installation existe. Il ne faut pas aller trop loin dans les démarches» souligne Jean-Pierre Alexandre qui reconnaît l’incompréhension qui peut exister entre les instances politiques et les professionnels.

Considérant que la conversation tourne en rond et devant l’absence de la directrice, les manifestants quittent la salle. Pourtant, «c’est toujours de cette façon que les rencontres avec des manifestants se passent. Une rencontre en deux temps de façon à bien tout comprendre.» Du côté des professionnels, on ne l’entend pas de cette oreille : «La conversation est stérile même si nous avons bien compris qu’ils étaient pris entre deux feux : l’obligation d’appliquer des directives avec lesquelles ils ne sont pas toujours d’accord à titre individuel. Pourtant, ils ne le reconnaissent pas mais ils ont un peu d’autonomie, ne serait-ce qu’avec l’interprétation des textes.»

Les manifestants se sont ensuite dirigés vers la mairie où le député-maire, à l’assemblée nationale, n’a pu les recevoir. Ils ont alors expliqué leurs revendications à Sébastien Jumel, assistant parlementaire: «Nous voulons montrer comment ça se passe sur le terrain, que la médecine à deux vitesses existe déjà. Il faudra poser le problème de ce que vaut un acte médical.»

L’assistant parlementaire écoute et note : toutes ces revendications seront transmises au député-maire. Mais d’ores et déjà, il tient à préciser : «Fixer le critère de rentabilité comme critère de choix en matière de santé n’est pas bon. Je note votre volonté d’être associé, en amont, à la prise de décision. La règle du calcul financier ne doit pas être la règle et là-dessus, vous avez le soutien de Christian Cuvilliez. La redistribution des fruits de la croissance doit être faite dans des dépenses utiles, la santé en fait partie. Une grande partie de vos revendications sont et seront relayées par le groupe communiste.» En demandant un autre rendez-vous avec le député-maire, les manifestants ont quitté la salle du conseil pour se disperser non sans avoir remis la lettre ouverte qu’ils avaient rédigée pour expliquer leurs revendications au député-maire mais aussi à la directrice de la CPAM et au sous-préfet.

Pour le collectif de la santé du pays dieppois, rien n’est terminé. Bien au contraire, les rendez-vous sont d’ores et déjà pris pour organiser, avec le CSMF, un syndicat de professionnels de la santé, la semaine de la santé morte prévue fin décembre et qui devrait, selon certaines revendications rouennaises, se prolonger. A Dieppe, les manifestants ont également décidé de ne pas en rester là. Ils reprendront, très bientôt, le chemin de la revendication.

Sandra Beaufils

Santé : une mort annoncée

«Les orthoptistes, les pédicures, les podologues, les orthophonistes, les pharmaciens, les dentistes, les kinésithérapeutes, les infirmiers, les biologistes, les cliniques libérales et les médecins spécialistes et généralistes ont la douleur de vous faire part de la mort lente et certaine, programmée par nos dirigeants, de notre système de soins auquel tous les Français sont attachés. Votre professionnel de santé tient à votre disposition un registre de signatures de soutien.»

Le collectif pour la santé

Grève des avocats

Deux nouvelles actions programmées

Une fois encore, les avocats du barreau de Dieppe ont observé une grève des plaidoiries. Mercredi 6 décembre, ils ont demandé le report de toutes les affaires prévues en référé. Dans un communiqué, le bâtonnier François Catarsi rappelait leurs motivations : «Devant la défaillance chronique de l’Etat, les avocats sont confrontés au dilemme suivant, soit travailler à perte et assumer ainsi seuls le poids de la carence de l’Etat, soit trahir leur mission, ce à quoi ils se refusent.» Par cette action, les avocats de Dieppe entendaient se montrer solidaires du mouvement national. Depuis plusieurs semaines en effet, les avocats de France souhaitent une revalorisation de l’aide juridictionnelle qui stagne à 140 F depuis dix années. Mercredi, la Chancellerie avait revu cette aide à la hausse lors de négociations, mais elle a été jugée insuffisante par la profession.

Dans l’attente de nouvelles propositions satisfaisantes, deux mouvements de grève nationale sont donc programmés les mardi 12 et lundi 18 décembre. «Et des grèves perlées comme la suspension des consultations gratuites par exemple seront menées jusqu’à ce que nous obtenions satisfaction», assure Me Catarsi.

M. DS.


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