Journal du 13 octobre 2000

Il dédicace, samedi, "Les pélerins normands vers Compostelle"
André Pilet :
"Ils voyagaient aussi par bateau"

Compostelle: les chemins qui mènent à la cité espagnole sont toujours encombrés de pélerins porteurs de la célèbre coquille. Tous ne vont pas prier à Saint-Jacques: la foi n’est pas la seule raison de marcher. Le plaisir de randonner parfois suffit.

André Pilet est de ceux qui sillonnent les contrées à pied. De la Yougoslavie à Rouen, à travers la Corse et bien d’autres trajets encore. Une passion racontée dans «Un Normand qui bouge». Et Bertout édite encore le nouveau livre de ce marcheur infatigable: «Les pélerins normands vers Compostelle».

«En traversant la France, j’ai emprunté une partie des chemins menant à Compostelle», raconte-t-il. «Alors on se sent frère de ces humains chaussés rustiquement, un long bâton à la main, la besace en bandoulière, marchant durant des semaines, guidés par le mysticisme religieux. Les marcheurs des temps présents dégagés de ce mysticisme partent dans un long rêve... L’épreuve fortifiait les marcheurs d’hier comme elle mortifie les marcheurs d’aujourd’hui».

Mais André Pilet a voulu sortir des itinéraires battus, rétablir certaines vérités. «Combien de livres n’ont fait que recopier des ouvrages déjà publiés, superbes mais à vocation commerciale».

Il a cherché à savoir d’où venaient les pélerins, quels itinéraires ils suivaient véritablement. Et quelles traces la Haute-Normandie conserve de leur passage, les pélérinages débutant au XIIIè siècle.

«Les confréries de Saint-Jacques constituent une des principales preuves historiques des pélerinages jacquaires au départ de Haute-Normandie», assure-t-il. «Entre 1435 et 1518, dans le renouveau de cette influence, neuf confréries de pélerins sont instituées dans notre région. Elles naissent souvent autour d’un noyau de marchands influents et comptent des notables dans leurs rangs. Chaque confrérie suscita le départ de pélerins et chaque cité était la tête d’un chemin de Compostelle. Le fait que sur six confréries identifiées dans notre département, cinq se trouvent à Fécamp ou au sud de cette ville, est une forte indication de départs par bateaux». Car André Pilet est formel : tous les pélerinages n’étaient pas pédestres.

Cent vingt-cinq sites localisés

Et une des richesses de cet ouvrage de 110 pages richement illustré de photographies et de cartes est justement de localiser les points où des confréries avaient chapitre mais aussi les relais-hébergements et les sites qui ont conservé des traces des pélerins, par l’intermédiaire d’un calvaire, d’un vitrail. André Pilet en a noté cent vingt-cinq: Dieppe, Fécamp, mais aussi Gueutteville-les-Grès, Manneville-ès-Plains, Veules-les-Roses, Blosseville-sur-Mer, Offranville, Longueil, Hautot, Sainte-Marguerite, Auppegard, Sauchay, Saint-Jacques-d’Aliermont, Tourville-la-Chapelle, Intraville, Eu, Longueville, Osmoy-Saint-Valery...

«J’ai été surpris en consultant livres et archives que Asseline, auteur d’un livre sur Dieppe, ne dise pas un mot sur le départ des Jacquets», déplore-t-il. «Or il existe des témoignages des départs par mer. Ainsi l’abbé Cochet, en 1830, a trouvé au pied de la Trinité de Fécamp trois rangs de squelettes avec la coquille Saint-Jacques. Entre Fécamp et Dieppe de nombreux calvaires attestent le non-retour de pélerins. Saint-Valery et Veules-les-Roses ont été de gros centres également: les piliers de l’église de Veules sont ornés de coquilles Saint-Jacques. Comme à Longueil, comme à Varengeville...»

Et le mérite du livre de André Pilet est justement de mettre en valeur ces témoignages, ces empreintes. Après l’avoir parcouru, vous regarderez, vous scruterez d’un oeil plus intéressé tous ces édifices si proches de nous, et qui, par des allusions plus ou moins évidentes, font que ces pélerins de Compostelle sont finalement immortels.

D. L.


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