Journal du 12 décembre 2000

300 manifestants devant le Palais de Justice
"Libérez Phiphi !"

300 militants de la CGT, venus de tout le département et même du Calvados, ont manifesté vendredi matin devant le Palais de Justice alors que Philippe Stalin était dans le cabinet du juge d’instruction chargé du dossier des emplois fictifs présumés de la mairie et de l’union locale CGT.

Certains sont partis à l’aube pour être à l’heure au rendez-vous fixé par l’union locale CGT de Dieppe devant le Palais de Justice vendredi matin, pour protester haut et fort contre ce que l’organisation qualifie «d’atteinte inacceptable à la liberté syndicale».

Un peu plus de 300 manifestants se sont ainsi rassemblés pour soutenir Philippe Stalin, de nouveau convoqué devant le juge Antoine le Vaillant de Charny dans l’affaire qui secoue la cité dieppoise depuis quelques semaines, et exiger l’arrêt de toute poursuite. Mise en examen pour avoir bénéficié de certains «cadeaux» de la municipalité, en l’occurrence le paiement de ses factures d’EDF, de chauffage et la mise à disposition d’une secrétaire et d’une femme de ménage, l’union locale, après quelques tergiversations - plus probablement une petite partie du jeu du chat et de la souris avec le juge d’instruction - a désigné son secrétaire général pour la représenter dans le cabinet du juge. Après un premier rendez-vous manqué du fait de la grève des avocats, Philippe Stalin s’est bel et bien présenté vendredi pour répondre aux questions du juge.

2 h 50 d’entretien

Un entretien de 2 h 50 très exactement au cours duquel les questions du magistrat instructeur ont évidemment tourné autour de ces «facilités» dont bénéficie le syndicat. «Le juge m’a demandé si je trouvais normal que la ville paye nos dépenses d’électricité, la femme de ménage et une secrétaire. J’ai clairement répondu oui et ce pour plusieurs raisons...» commentait le responsable syndical peu après son audition. «C’est une situation normale car il s’agit d’une pratique courante qui existe depuis des lustres dans de nombreuses villes. La ville du Havre, par exemple, met sept membres de son personnel à la disposition de sa maison des associations et personne n’y trouve rien à redire. J’ai également indiqué au juge que la CGT n’est pas la seule organisation à bénéficier de ces services. La CFTC, la FSU et la CGC sont logées à la Maison des associations et à ce titre bénéficient d’un service d’accueil-secrétariat, de l’électricité, du chauffage et du service d’entretien. J’ai aussi évoqué le cas du FC Dieppe qui bénéficie d’une aide municipale avoisinant le million de francs par an au travers de ses subventions et des emplois municipaux dont il bénéficie. La justice pourrait s’interroger aussi sur la légitimité de ces aides.»

Pour Philippe Stalin, le risque que fait courir la procédure déclenchée par le Parquet concerne finalement le mode de fonctionnement de toutes les municipalités qui soutiennent des associations et des organisations syndicales, «c’est-à-dire la plupart des communes du pays.»

La défense du syndicat s’organise ainsi clairement autour de ces «habitudes» qui prévalent partout dans le pays et ce depuis longtemps. Les Bourses du travail (où l’UL CGT est «logée» par la mairie) ayant toujours été financées dans leur fonctionnement par les collectivités locales. «Nous voulons montrer que cette affaire n’est pas simplement l’affaire de l’Union locale CGT de Dieppe, mais celle de toutes les organisations syndicales et de toutes les associations, ici et ailleurs, car si jugement et condamnation il devait y avoir, elle pourrait faire jurisprudence et ainsi remettre en cause tout le fonctionnement associatif des villes. Les maires seraient alors en position de dire "on ne vous aide plus parce qu’on ne peut plus le faire".»

Libertés syndicales bafouées

Dans la rue, au slogan familier de «Libérez Phiphi» lancé par le comité CGT des privés d’emploi, s’ensuivait une prise de parole plus militante de Philippe Saunier, secrétaire de l’Union Départementale CGT, chargé des droits et libertés à la fédération, qui dressait une longue liste des entreprises de la région dieppoise où les droits syndicaux seraient bafoués, les délégués faisant l’objet d’un véritable «harcèlement». Pendant que Philippe Stalin répondait aux questions du juge, un cortège se formait pour remonter la rue de la Barre et la Rue d’Ecosse en direction de la Sous-Préfecture où une délégation était finalement reçue par Louis-Michel Bonté. «Nous venons lui remettre notre liste des entreprises où les libertés ne sont pas respectées et comptons bien lui demander de faire son travail pour qu’il fasse remonter ces informations jusqu’au ministère du Travail et de la Solidarité.»

Quant à Philippe Stalin, il attend maintenant de connaître la tournure que va prendre l’instruction du dossier qui réunit en une seule procédure les mises en examen au sein du cabinet du maire, et celle de l’UL CGT. «Nous pensions que les deux affaires étaient traitées séparément mais il semble finalement qu’il n’y ait qu’un seul et unique dossier. Le juge m’a d’ailleurs donné l’impression de vouloir aller vite puisqu’il ne resterait plus que Christian Cuvilliez à entendre.» L’instruction, et qui sait, l’affaire pourraient ainsi être bouclées avant les élections municipales.

Philippe RIFFLET

Mobilisation

C’est avec une satisfaction non dissimulée que les responsables locaux de la CGT ont constaté vendredi que leur appel à la mobilisation à l’échelon départemental avait été entendu. La volonté d’apporter un soutien populaire aux mis-en-examen est même allée au-delà de la région puisque vendredi, on notait la présence devant le Palais de Justice de Dieppe de l’Union locale CGT de Lisieux, à l’instar de celles d’Elbeuf, du Tréport, de Sotteville... La mobilisation dans les entreprises a également été forte avec la présence des sections des usines Grande Paroisse de Rouen, Hispano Suiza Gonfreville, Renault Cléon, EDF de Paluel, Stradibus, Coflexip d’Offranville, des délégations de la SNCF, des employés municipaux de Dieppe et Arques, des dockers... La solidarité intersyndicale a également joué avec une délégation de la CFTC et de la FSU. Côté élus, les maires d’Arques et de Dieppe et plusieurs adjoints et conseillers municipaux dieppois ont également participé au rassemblement et signé les pétitions qui circulaient.


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