| 300 militants de la CGT, venus de tout
le département et même du Calvados, ont manifesté vendredi matin devant le Palais de
Justice alors que Philippe Stalin était dans le cabinet du juge dinstruction
chargé du dossier des emplois fictifs présumés de la mairie et de lunion locale
CGT. Certains sont partis à laube pour être à
lheure au rendez-vous fixé par lunion locale CGT de Dieppe devant le Palais
de Justice vendredi matin, pour protester haut et fort contre ce que lorganisation
qualifie «datteinte inacceptable à la liberté syndicale».
Un peu plus de 300 manifestants se sont ainsi rassemblés pour soutenir Philippe
Stalin, de nouveau convoqué devant le juge Antoine le Vaillant de Charny dans
laffaire qui secoue la cité dieppoise depuis quelques semaines, et exiger
larrêt de toute poursuite. Mise en examen pour avoir bénéficié de certains
«cadeaux» de la municipalité, en loccurrence le paiement de ses factures
dEDF, de chauffage et la mise à disposition dune secrétaire et dune
femme de ménage, lunion locale, après quelques tergiversations - plus probablement
une petite partie du jeu du chat et de la souris avec le juge dinstruction - a
désigné son secrétaire général pour la représenter dans le cabinet du juge. Après
un premier rendez-vous manqué du fait de la grève des avocats, Philippe Stalin
sest bel et bien présenté vendredi pour répondre aux questions du juge.
2 h 50 dentretien
Un entretien de 2 h 50 très exactement au cours duquel les
questions du magistrat instructeur ont évidemment tourné autour de ces «facilités»
dont bénéficie le syndicat. «Le juge ma demandé si je trouvais normal que la
ville paye nos dépenses délectricité, la femme de ménage et une secrétaire.
Jai clairement répondu oui et ce pour plusieurs raisons...» commentait le
responsable syndical peu après son audition. «Cest une situation normale car il
sagit dune pratique courante qui existe depuis des lustres dans de nombreuses
villes. La ville du Havre, par exemple, met sept membres de son personnel à la
disposition de sa maison des associations et personne ny trouve rien à redire.
Jai également indiqué au juge que la CGT nest pas la seule organisation à
bénéficier de ces services. La CFTC, la FSU et la CGC sont logées à la Maison des associations
et à ce titre bénéficient dun service daccueil-secrétariat, de
lélectricité, du chauffage et du service dentretien. Jai aussi
évoqué le cas du FC Dieppe qui bénéficie dune aide municipale avoisinant le
million de francs par an au travers de ses subventions et des emplois municipaux dont il
bénéficie. La justice pourrait sinterroger aussi sur la légitimité de ces
aides.»
Pour Philippe Stalin, le risque que fait courir la procédure déclenchée par
le Parquet concerne finalement le mode de fonctionnement de toutes les municipalités qui
soutiennent des associations et des organisations syndicales, «cest-à-dire la
plupart des communes du pays.»
La défense du syndicat sorganise ainsi clairement autour de ces
«habitudes» qui prévalent partout dans le pays et ce depuis longtemps. Les Bourses du
travail (où lUL CGT est «logée» par la mairie) ayant toujours été financées
dans leur fonctionnement par les collectivités locales. «Nous voulons montrer que cette
affaire nest pas simplement laffaire de lUnion locale CGT de Dieppe,
mais celle de toutes les organisations syndicales et de toutes les associations, ici et
ailleurs, car si jugement et condamnation il devait y avoir, elle pourrait faire
jurisprudence et ainsi remettre en cause tout le fonctionnement associatif des villes. Les
maires seraient alors en position de dire "on ne vous aide plus parce quon ne
peut plus le faire".»
Libertés syndicales bafouées
Dans la rue, au slogan familier de «Libérez Phiphi»
lancé par le comité CGT des privés demploi, sensuivait une prise de parole
plus militante de Philippe Saunier, secrétaire de lUnion Départementale CGT,
chargé des droits et libertés à la fédération, qui dressait une longue liste des
entreprises de la région dieppoise où les droits syndicaux seraient bafoués, les
délégués faisant lobjet dun véritable «harcèlement». Pendant que
Philippe Stalin répondait aux questions du juge, un cortège se formait pour remonter la
rue de la Barre et la Rue dEcosse en direction de la Sous-Préfecture où une
délégation était finalement reçue par Louis-Michel Bonté. «Nous venons lui remettre
notre liste des entreprises où les libertés ne sont pas respectées et comptons bien lui
demander de faire son travail pour quil fasse remonter ces informations
jusquau ministère du Travail et de la Solidarité.»
Quant à Philippe Stalin, il attend maintenant de connaître la tournure que va
prendre linstruction du dossier qui réunit en une seule procédure les mises en
examen au sein du cabinet du maire, et celle de lUL CGT. «Nous pensions que les
deux affaires étaient traitées séparément mais il semble finalement quil
ny ait quun seul et unique dossier. Le juge ma dailleurs donné
limpression de vouloir aller vite puisquil ne resterait plus que Christian
Cuvilliez à entendre.» Linstruction, et qui sait, laffaire pourraient ainsi
être bouclées avant les élections municipales.
Philippe RIFFLET
Mobilisation
Cest avec une satisfaction non dissimulée que les
responsables locaux de la CGT ont constaté vendredi que leur appel à la mobilisation à
léchelon départemental avait été entendu. La volonté dapporter un soutien
populaire aux mis-en-examen est même allée au-delà de la région puisque vendredi, on
notait la présence devant le Palais de Justice de Dieppe de lUnion locale CGT de
Lisieux, à linstar de celles dElbeuf, du Tréport, de Sotteville... La
mobilisation dans les entreprises a également été forte avec la présence des sections
des usines Grande Paroisse de Rouen, Hispano Suiza Gonfreville, Renault Cléon, EDF de
Paluel, Stradibus, Coflexip dOffranville, des délégations de la SNCF, des
employés municipaux de Dieppe et Arques, des dockers... La solidarité intersyndicale a
également joué avec une délégation de la CFTC et de la FSU. Côté élus, les maires
dArques et de Dieppe et plusieurs adjoints et conseillers municipaux dieppois ont
également participé au rassemblement et signé les pétitions qui circulaient. |