Journal du 15 décembre 2000

Guy Lecuyer alias Rapide
En 1939, il jouait le HAC en 1/32e

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A quelques joueurs près, l’équipe minime de 1936/1937
sera celle qui disputera le match de coupe contre le HAC en 1939/1940.
Debout, de gauche à droite :
Saint-Aubin (entr.), Boitout, Landais, Pilloin, Caron, Riquier, Cavelier ;
et accroupis : Surest, Layet, Lecuyer, Canoville et Denoyer.

FCD - HAC. L’affiche ne paraît inédite qu’aux plus jeunes. Il faut en effet remonter à 1958 pour voir le FCD être éliminé par le HAC au 64e tour de la coupe de France. Les Ciel et Marine s’étaient imposés 5/0 à Maurice-Thoumyre devant plus de 4 000 spectateurs, avant de gagner cette compétition.

Les mémoires fabuleuses se souviennent également d’un 3/1, une nouvelle fois infligé par les Havrais aux Harengs dès le premier tour. C’était en 1939. Tout avait pourtant bien commencé. Dès la septième minute Guy Lecuyer enflamme le millier de spectateurs de la Cavée Verte en ouvrant le score. “Je suis servi par Georges Canoville sur mon aile, à droite, j’enfile sur 20 mètres et à la limite de la surface je lobe le gardien qui est avancé”, se souvient celui qu’on surnommait Rapide. “C’est vrai que j’allais vite et j’en ai mis des buts, surtout du pied droit. Je ne redescendais jamais pour défendre, j’attendais et quand on me passait le ballon je filais en laissant l’adversaire derrière moi.” La suite de ce match est pourtant moins radieuse. Face aux professionnels havrais, dont trois sont internationaux, les petits Dieppois tentent de résister, jusqu’à l’épuisement. Après avoir été dominés pendant les 3/4 de la partie, les Harengs encaissent trois buts dans le dernier quart d’heure.

C’était avant guerre, l’époque héroïque du football, celle des ballons à lacets qui limaient le front, et des chaussures “à tuer un bonhomme”. C’était aussi celle des jets de pierres, des crachats et des insultes dès qu’un joueur avait un jour sans. “Nous avions des spectateurs, se souvient Guy Lecuyer, mais pas des supporters. Aujourd’hui, dit-il à la fois amusé et envieux, quand on est à côté du KOP, ça gueule un peu, mais en tant que joueur j’ai jamais eu ça. J’aurais bien aimé, ça doit être formidable.” Malgré ses problèmes de vue qui l’empêchent d’assister aux matches à la nuit tombante, Rapide milite toujours pour le FCD. S’il a arrêté sa carrière de joueur sur blessure après dix saisons passées à Dieppe, il a été au bureau directeur et a donné de son temps aux autres.

«Il pleut sur la route»

“Le FCD a une belle équipe et je félicite les joueurs et le bureau directeur parce que j’ai été des deux côtés et je sais ce que c’est.” Malgré une certaine appréhension, bien légitime, Guy Lecuyer ne doute pas que Dieppe passera ce tour. “Les Havrais ont plus de métier, mais les Dieppois jouent bien et je les vois gagner 1/0 après prolongation.” Malgré ses 80 ans, il sera dans les tribunes samedi. Habitué du bar des supporters où il achète son journal, Rapide n’est jamais avare d’encouragements notamment auprès du KOP qu’il soutient. Une chanson de supporters oubliée par ci, une anecdote par là. “J’ai eu une belle jeunesse, poursuit Guy Lecuyer. Je me souviens des week-ends entre joueurs, parfois veilles de match. On se réunissait en cachette dans un des dancings de Dieppe. Et puis, vers minuit ou une heure du matin, notre entraîneur Robert Saint-Aubin passait. Il demandait : Avez-vous vu mes phénomènes. Phénomènes, c’est comme ça qu’il nous appelait. Personne n’avait vu personne et les gens du dancing passaient un tango chanté par Tino Rossi. C’était notre code. On était dans une salle au fond et dès qu’on entendait ces paroles : Il pleut sur la route... on s’enfuyait par la porte de derrière.” Le FCD avait toutefois une belle équipe. Outre Guy Lecuyer qui gagna le concours du jeune footballeur, l’équipe entraînée par André Leroux qui évoluait en DH pendant la saison 1939/1940 comptait dans ses rangs le gardien Henri Boitout mais aussi les regrettés Maurice Caron et Pierre Landais qui de toute sa carrière n’a jamais loupé un penalty. Il y avait aussi Xavis l’avant-centre avec lequel Rapide échangeait parfois son poste d’ailier droit.


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