Journal du 21 novembre 2000

31e foire aux harengs
Quand le hareng sort,
les Dieppois sont sur le quai

 

FouleHarengs2000.jpg (36492 octets)

HarengsGrilles.jpg (20156 octets)
Coquille2000.jpg (23471 octets)
Le bout du quai avait, ce week-end, un petit air de fête foraine, pourtant la fumée est rapidement reconnaissable. Tout le quai Henri-IV était, samedi et dimanche, à l’heure du hareng. Hareng mariné pour les uns, grillé pour les autres sans oublier la pomme de terre cuite au feu de bois. «Oui mais moi c’est différent, s’écrie un restaurateur, je grille aux ceps de vigne tout droit venus du Vaucluse.» Et, bien sûr, les connaisseurs ne s’y trompent pas, il faut choisir entre harengs de chalut ou de canot.

Ce sont des milliers de visiteurs qui se sont posé la question ce week-end. Sur le quai, la pluie de samedi n’a pas effrayé les passants et les quelques rayons de soleil de dimanche ont appelé beaucoup d’autres visiteurs. En voitures, on ne circule plus et les places de stationnement ont rarement atteint un tel prix.

Comment rater, en effet, ce qui est devenu pour Dieppe, une véritable tradition, voire même pour certains visiteurs, un pélerinage ? Animation dieppoise du début de l’hiver, la foire aux harengs est aussi l’occasion d’une fête de quartier, «un hommage rendu à tous ceux dont la mer est le métier» précise Christian Cuvilliez, député-maire de Dieppe.

Tout le bout-du-quai est, en effet, à pied d’oeuvre. Harengs et brochettes de coquilles, plus rares en raison des tempêtes des semaines passées, grillent sur les barbecues de circonstance. Tout au long de la foire, les prix évoluent. Samedi, le hareng est à 2,50 F pièce et dimanche soir, il est possible d’en trouver à 1F, voire 80 centimes.

Une occasion de rencontre

Mais pour les organisateurs, la foire aux harengs est plus qu’une question d’argent : «C’est toute une ambiance, indique Patrick Herscovici, président du Comité du Bout-du-Quai. Une occasion de faire la fête entre amis et de retrouver ou rencontrer des gens sympa.»

Sous le chapiteau tant décrié (voir par ailleurs), samedi soir, les groupes musicaux se succèdent et se mélangent. Le rock français du groupe Antidote a chauffé l’ambiance et le Hareng’s Jazz Band a poursuivi en s’offrant un boeuf avec les Acolytes Anonymes.

Dès samedi matin, le ton était donné avec une inauguration en musique aux sons du biniou des 2 mousses. Elus et officiels ont pu profité de la musique tout au long de leur parcours sur le quai. Au Valençay, ils se sont arrêtés pour déguster le traditionnel hareng grillé avant de se retrouver à la Cité de la mer. «C’est une fête qui évoque le passé, le présent et l’avenir puisque le potentiel de pêche à Dieppe est d’une certaine manière intact», souligne Christian Cuvilliez, tandis que Louis-Michel Bonté sous-préfet, fêtait sa venue sur la foire.

Et si les organisateurs serviront toujours un hareng à ceux qui ont fait du port de plaisance ce qu’il est actuellement, ils ont pleinement profité de la 31e foire aux harengs malgré les quelques grincements de dents. Au bout du quai, les habitants étaient en fête et emmenaient, dans leur foire, tous les visiteurs.

 

Sur la foire depuis quatre ans...

Michèle et Nathalie participent à la foire aux harengs pour la quatrième année consécutive. Dieppoises d’origine, elles ne manqueraient le rendez-vous pour rien au monde : «C’est une ambiance très sympa et une tradition» expliquent-elles. A la foire aux harengs, elles y viennent en famille avec les enfants et les parents même si c’est, avant tout, une période très fatigante : «Il y a beaucoup de travail et beaucoup de monde. Pourtant, cette année, on travaille moins que l’an dernier mais on ne désespère pas : les gens achètent les harengs en repartant», explique Nathalie.

Pourtant leurs harengs «de canot» précisent-elles en choeur, font parfois venir de très loin: «Nous avons des clients habituels qui viennent de Paris tous les ans et qui reviennent nous voir chaque année.» Contrairement aux éditions précédentes, Nathalie et Michèle ne proposent que du hareng mariné ou frais, sur leur étal : «Il y a eu trop de tempête pour la coquille.»

Quand elles parlent de la foire aux harengs, c’est le mot convivialité qui leur vient à la bouche. «Pourtant, cette année, reconnaissent-elles, c’est un peu différent mais on ne sait pas pourquoi. Dieppe est réputée pour la foire mais maintenant il y en a partout. Les gens ont donc peut-être déjà acheté leur hareng», indique Michèle. Nathalie ajoute : «Même dans les supermarchés, il y a eu des avant-premières de la foire aux harengs. Là, je ne suis plus d’accord. S’ils veulent rester ouverts pour le week-end de la foire, c’est leur droit mais ils n’ont pas à le faire avant. Le hareng, c’est sur une période bien précise, il ne faut pas tout chambouler.»

Leur conclusion est toute simple : «Il faudrait que la foire aux harengs reste typiquement dieppoise et il faudrait redonner de la valeur à cette foire.»

Sandra BEAUFILS

 

Le boycott de la Confrérie :
«une question de principe»

Habituellement, la Confrérie du hareng et de la coquille Saint-Jacques défilait avec les officiels pour l’inauguration de la foire. Pour la 31e, pourtant, les traditions n’ont pas été respectées. «Nous avons décidé de ne pas défiler pour protester contre le chapiteau qui a été installé par le Comité du Bout-du-quai» explique Michel Mouny, propriétaire du Restaurant du port et grand maître de la Confrérie.

Et s’il reconnaît que : «C’est une question de logique, la foire aux harengs permet d’attirer des visiteurs sur le quai, et quand il y a du monde, il y a du monde pour tout le monde», il s’agit, pour lui, d’une question de principe : «Je sais que les associations ont du mal à survivre et qu’il leur faut de l’argent, mais les organisateurs auraient pu nous demander notre avis avant de mettre en place une pareille structure. Nous sommes taxés, nous devons payer la TVA, les charges sociales, respecter les horaires, et, bien que j’aie toujours donné pour le bon déroulement de la foire aux harengs, nous payons pour une poignée qui ne verse jamais rien», souligne Michel Mouny qui ajoute : «J’ai été président du Comité du Bout-du-quai pendant plus de dix ans et je ne me serais jamais permis de faire une chose pareille sans demander l’avis des commerçants. C’est un manque de respect et de diplomatie.»

Et s’il ne veut pas créer de polémique, le restaurateur souligne que «cela crée une mésentente sur le quai entre les commerçants. C’est dommage que nous ayons appris l’installation de ce chapiteau dans la presse.»

Plus qu’une question d’argent, Michel Mouny en fait une question de principe : «La délicatesse, ça existe.»


Archives 1998   Archives 1999   Archives 2000   Recherche    Accueil