Journal du 3 mars 2000

Exercice d'évacuation
autour de la centrale nucléaire de Paluel

180 personnes transportées vers Sotteville-sur-Mer

Hier, dans le cadre d’un exercice de sécurité civile, les villages de Saint-Sylvain et Ingouville ont été évacués. La simulation prévoyait une menace de rejet de gaz radioactifs par la centrale nucléaire de Paluel. Cent quatre-vingts personnes ont participé à cette opération. Elles ont été transportées vers un site d’accueil à Sotteville-sur-Mer. Récit.

Nous n’attendions pas autant de monde. Je suis satisfait de cette mobilisation citoyenne». Cette remarque de Gérard Fuchs, député de la circonscription des deux communes concernées et de Sotteville-sur-Mer, exprimait le sentiment de tous les observateurs. Louis-Michel Bonté, sous-préfet de l’arrondissement dieppois récemment installé, soulignait d’ailleurs «que cet acte de civisme permettrait de mieux assurer l’organisation des dispositifs d’alerte».

Avant l’ordre d’évacuation donné par le préfet vers 12 h 30, personne ne savait vraiment quelle serait l’implication de la population. «Peut-être y aura-t-il dans ma commune dix, vingt ou trente participants», notait à ce moment-là Yves de Belloy, maire de Saint-Sylvain. Ses administrés étaient finalement soixante-dix à prendre les cars spécialement réquisitionnés.

Tous ont été prévenus par une sirène qui émettait sa plainte aiguë depuis un véhicule des sapeurs-pompiers. Enfin presque, car certains échaudés par les deux ou trois réunions d’informations qui ont précédé l’exercice ont quitté leur domicile sans même attendre ou entendre l’alerte sonore. Des équipes du Samu étaient présentes pour les prendre en charge en cas de besoin.

Dans les temps

Néanmoins, l’évacuation s’est déroulée dans les temps. Obéissant aux consignes, les habitants quittaient leur maison pour se rendre vers les trois points de ralliement de Saint-Sylvain situés à la mairie, aux hameaux d’Anglesqueville et du Tôt. Dans les bus, ils retrouvaient leurs voisins ingouvillais qui, eux aussi, se sont rendus en masse à l’invitation des pouvoirs publics. «Même ceux qui ne sont pas venus ont joué leu jeu en restant cloîtrés chez eux» signalait Jean-Marie Ridel, premier magistrat d’Ingouville.

Les quatre bus bien remplis sont arrivés vers 14 h 30 à la Bergerie, le lieu d’hébergement de Sotteville. Leurs occupants étaient accueillis par les sapeurs-pompiers, les gendarmes et le maire Achille Nourrichard. «Nous sommes heureux de vous recevoir ici. Vous avez fait un petit voyage et vous pouvez repartir chez vous en étant rassurés» ironisait ce dernier.

Le temps de discuter, d’avaler un café et des viennoiseries, les «évacués» d’Ingouville et de Saint-Sylvain  retrouvaient leur village. Ils ont quitté Sotteville vers 15 h 40. Dans le même temps, les gendarmes levaient les barrages qui empêchaient les véhicules d’entrer dans ces communes. Il ne restait plus au personnel de Paluel qu'à déjouer les embûches semées par les scénaristes de la sûreté nucléaire.

reportage : Ghislain ANNETTA
Frédérique BOUDET

Dans les coulisses de l’incident

Les scénaristes ne nous ont pas gâtés». C’est le commentaire de Michel Buisset, le directeur de la centrale, pour décrire la situation, heureusement fictive, dans laquelle les responsables de la sûreté nucléaire ont placé Paluel. «L’exercice prévoit plusieurs fissures au sein du réacteur et une concentration de matière radioactive. Cette dernière menace le dôme de protection. Normalement, nous avons 24 à 36 heures avant de décider de la faire passer par des filtres à sable. Des filtres qui maintiennent les particules mais laissent passer des gaz chargés de radioactivité, donc dangereux pour l’environnement extérieur», expliquait Philippe Gaestel, directeur délégué maintenance.

Pour le bien de l’opération d’hier, tout a été concentré en quelques heures. L’alerte a été donnée vers 6 h 34. Dans la salle de commandes - qui était en réalité le simulateur puisque les quatre réacteurs continuaient à fonctionner sans aucun problème - les opérateurs ont noté une anomalie. Le réacteur s’est arrêté automatiquement. Normalement, les hommes du poste de commande ont de multiples parades pour enrayer ce phénomène. Mais les scénaristes s’amusent à corser la situation. Tout le monde garde pourtant son calme. «Le pilote d’avion doit avoir des réflexes, l’opérateur de la réflexion. Les gens qui travaillent chez nous ont été formés. Ils connaissent les procédures. Il n’y a pas de place pour l’improvisation»,remarque Pascal Maugey directeur délégué technique.

Vers 8 h, l’incident prend de l’ampleur. La préfecture est avisée. Un poste de commandement fixe se met en place à Rouen, avec des experts. Un plan particulier d’intervention de niveau 3, c’est à dire le plus important, se met en place. A 10 h, le poste de commandement opérationnel, sous l’égide de Sophie Thibault directrice de cabinet du préfet, est monté à Sotteville-sur-Mer, à l’inverse de la zone de menace des rejets. Les communes de Saint-Sylvain et Ingouville vers lesquelles souffle le vent sont bouclées.

Pendant ce temps, dans la centrale, une centaine de personnes sont mobilisées pour venir à bout de l’incident et assurer la communication avec les officiels et les médias. Quatre postes de commandement sont institués : un dans la salle des commandes, le deuxième dans le bureau de la direction, le troisième pour calculer les risques de rejet et le dernier pour gérer les moyens logistiques.

A 12 h 30, le préfet Bruno Fontenaist prend la décision d’évacuer les deux communes menacées. Dans l’après-midi, l’exercice de sécurité civil est terminé mais scénaristes et techniciens continuent de s’opposer «sur table». «C’est un jeu sérieux mais tout de même un jeu» commente Philippe Gaestel.

Cette simulation permet tout de même aux gens de la centrale et aux pouvoirs publics de mesurer les efforts à fournir dans la gestion d’une crise. Même si le risque paraît infime, il faut s’y préparer. Dans quelques mois, les différents acteurs analyseront le déroulement de cette journée. Avec la certitude de trouver des choses à améliorer. «A chaque exercice, nous progressons», souligne Pascal Maugey. Le site de Paluel en organise en interne environ une centaine chaque année.


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