| Hier, dans le cadre dun exercice
de sécurité civile, les villages de Saint-Sylvain et Ingouville ont été évacués. La
simulation prévoyait une menace de rejet de gaz radioactifs par la centrale nucléaire de
Paluel. Cent quatre-vingts personnes ont participé à cette opération. Elles ont été
transportées vers un site daccueil à Sotteville-sur-Mer. Récit. Nous
nattendions pas autant de monde. Je suis satisfait de cette mobilisation citoyenne».
Cette remarque de Gérard Fuchs, député de la circonscription des deux communes
concernées et de Sotteville-sur-Mer, exprimait le sentiment de tous les observateurs.
Louis-Michel Bonté, sous-préfet de larrondissement dieppois récemment installé,
soulignait dailleurs «que cet acte de civisme permettrait de mieux assurer
lorganisation des dispositifs dalerte».
Avant lordre dévacuation donné par le préfet vers 12 h 30,
personne ne savait vraiment quelle serait limplication de la population. «Peut-être
y aura-t-il dans ma commune dix, vingt ou trente participants», notait à ce moment-là
Yves de Belloy, maire de Saint-Sylvain. Ses administrés étaient finalement soixante-dix
à prendre les cars spécialement réquisitionnés.
Tous ont été prévenus par une sirène qui émettait sa plainte aiguë depuis
un véhicule des sapeurs-pompiers. Enfin presque, car certains échaudés par les deux ou
trois réunions dinformations qui ont précédé lexercice ont quitté leur
domicile sans même attendre ou entendre lalerte sonore. Des équipes du Samu
étaient présentes pour les prendre en charge en cas de besoin.
Dans les temps
Néanmoins, lévacuation sest déroulée dans
les temps. Obéissant aux consignes, les habitants quittaient leur maison pour se rendre
vers les trois points de ralliement de Saint-Sylvain situés à la mairie, aux hameaux
dAnglesqueville et du Tôt. Dans les bus, ils retrouvaient leurs voisins
ingouvillais qui, eux aussi, se sont rendus en masse à linvitation des pouvoirs
publics. «Même ceux qui ne sont pas venus ont joué leu jeu en restant cloîtrés
chez eux» signalait Jean-Marie Ridel, premier magistrat dIngouville.
Les quatre bus bien remplis sont arrivés vers 14 h 30 à la Bergerie, le lieu
dhébergement de Sotteville. Leurs occupants étaient accueillis par les
sapeurs-pompiers, les gendarmes et le maire Achille Nourrichard. «Nous sommes heureux
de vous recevoir ici. Vous avez fait un petit voyage et vous pouvez repartir chez vous en
étant rassurés» ironisait ce dernier.
Le temps de discuter, davaler un café et des viennoiseries, les
«évacués» dIngouville et de Saint-Sylvain retrouvaient leur village. Ils
ont quitté Sotteville vers 15 h 40. Dans le même temps, les gendarmes levaient les
barrages qui empêchaient les véhicules dentrer dans ces communes. Il ne restait
plus au personnel de Paluel qu'à déjouer les embûches semées par les scénaristes de
la sûreté nucléaire.
reportage : Ghislain ANNETTA
Frédérique BOUDET
Dans les coulisses de
lincident
Les scénaristes ne nous ont pas gâtés».
Cest le commentaire de Michel Buisset, le directeur de la centrale, pour décrire la
situation, heureusement fictive, dans laquelle les responsables de la sûreté nucléaire
ont placé Paluel. «Lexercice prévoit plusieurs fissures au sein du réacteur
et une concentration de matière radioactive. Cette dernière menace le dôme de
protection. Normalement, nous avons 24 à 36 heures avant de décider de la faire passer
par des filtres à sable. Des filtres qui maintiennent les particules mais laissent passer
des gaz chargés de radioactivité, donc dangereux pour lenvironnement extérieur»,
expliquait Philippe Gaestel, directeur délégué maintenance.
Pour le bien de lopération dhier, tout a été concentré en
quelques heures. Lalerte a été donnée vers 6 h 34. Dans la salle de commandes -
qui était en réalité le simulateur puisque les quatre réacteurs continuaient à
fonctionner sans aucun problème - les opérateurs ont noté une anomalie. Le réacteur
sest arrêté automatiquement. Normalement, les hommes du poste de commande ont de
multiples parades pour enrayer ce phénomène. Mais les scénaristes samusent à
corser la situation. Tout le monde garde pourtant son calme. «Le pilote davion
doit avoir des réflexes, lopérateur de la réflexion. Les gens qui travaillent
chez nous ont été formés. Ils connaissent les procédures. Il ny a pas de place
pour limprovisation»,remarque Pascal Maugey directeur délégué technique.
Vers 8 h, lincident prend de lampleur. La préfecture est avisée.
Un poste de commandement fixe se met en place à Rouen, avec des experts. Un plan
particulier dintervention de niveau 3, cest à dire le plus important, se met
en place. A 10 h, le poste de commandement opérationnel, sous légide de Sophie
Thibault directrice de cabinet du préfet, est monté à Sotteville-sur-Mer, à
linverse de la zone de menace des rejets. Les communes de Saint-Sylvain et
Ingouville vers lesquelles souffle le vent sont bouclées.
Pendant ce temps, dans la centrale, une centaine de personnes sont mobilisées
pour venir à bout de lincident et assurer la communication avec les officiels et
les médias. Quatre postes de commandement sont institués : un dans la salle des
commandes, le deuxième dans le bureau de la direction, le troisième pour calculer les
risques de rejet et le dernier pour gérer les moyens logistiques.
A 12 h 30, le préfet Bruno Fontenaist prend la décision dévacuer les
deux communes menacées. Dans laprès-midi, lexercice de sécurité civil est
terminé mais scénaristes et techniciens continuent de sopposer «sur table». «Cest
un jeu sérieux mais tout de même un jeu» commente Philippe Gaestel.
Cette simulation permet tout de même aux gens de la centrale et aux pouvoirs
publics de mesurer les efforts à fournir dans la gestion dune crise. Même si le
risque paraît infime, il faut sy préparer. Dans quelques mois, les différents
acteurs analyseront le déroulement de cette journée. Avec la certitude de trouver des
choses à améliorer. «A chaque exercice, nous progressons», souligne Pascal
Maugey. Le site de Paluel en organise en interne environ une centaine chaque année. |