| Créée voici quatre ans par le Dr
Huguette Bonvoisin, lassociation reçoit une quarantaine dappels au secours
tous les ans. La maltraitance, les abus sexuels ne sont plus sujets tabous. Il faut en
parler, les dénoncer, et faire en sorte que les auteurs de ces actes ignobles soient
punis. Pour aider les petites victimes à se reconstruire une nouvelle vie. Malgré tout ! Cest
la terrible histoire dun enfant, victime de la mésentente de ses parents. Le bébé
est mort, la maman vient dêtre condamnée par la Cour dAssises des Hauts de
Seine. Cette histoire, sordide, a fait la Une de lactualité nationale tout au long
de la semaine dernière. Lubin, cest le prénom de lenfant, est un cas parmi
bien dautres. Des cas qui fort heureusement ne trouvent pas toujours de conclusion
aussi dramatique.
Quarante appels au secours par
an
Pour autant, la maltraitance des enfants, les abus sexuels,
la violence dont ils font les frais sont autant de traumatismes, souvent indélébiles.
Parce que la région néchappe pas au phénomène, parce que la misère et la
détresse sociale, lalcoolisme, la folie, existent aussi chez nous, le Docteur
Huguette Bonvoisin qui fit une carrière de pédiatre au service de la protection
maternelle infantile du conseil général a créé voici quatre ans, en compagnie
dautres professionnels de la santé ou de la justice, une association destinée à
venir en aide aux enfants victimes. Ses objectifs : sensibiliser les enfants, les parents,
les enseignants en apportant une source dinformation, mais également recueillir des
témoignages par le biais dune ligne téléphonique ouverte 24 h sur 24.
En Parler cest le nom de lassociation qui réunit cinq volontaires
pour écouter la détresse qui surgit parfois du téléphone. «Nous recevons en moyenne
une quarantaine dappels au secours par an...» souligne le Dr Bonvoisin comme pour
prouver lampleur du problème. «Notre rôle est alors découter pour ensuite
pousser les gens à cheminer dans leur réflexion qui doit les amener à déposer plainte.
Lassociation joue un rôle de conseil dans le cadre des procédures qui se mettent
en route. Nous avons dailleurs la chance de pouvoir compter sur lappui
davocats et de la magistrature.»
Quand un cas particulièrement difficile est décelé, lécoutant qui a
reçu lappel et recueilli le témoignage, réunit une «cellule de crise» composée
de deux psychologues et dun avocat, pour envisager les suites à donner.
«Lobjectif est damener les gens à faire les démarches eux-mêmes, malgré
le sentiment de peur qui les habite. Cest souvent un travail de longue haleine, mais
les enjeux sont colossaux. Combien dappels recevons-nous de jeunes filles devenues
adultes qui tentent de se libérer de leur passé. Des années après avoir subi les
attouchements de leurs papas, de leurs grands-pères, la plaie reste béante. Nous
réfléchissons dailleurs à la mise en place dun groupe de parole qui
permettrait à ces victimes de se rencontrer pour faire un travail psychologique en
profondeur», explique la présidente.
Formés par des psy
Une association comme En Parler doit évidemment se
soumettre à quelques règles essentielles, la première étant de ne jamais se
précipiter. «Il ne faut surtout pas écouter sa première réaction mais tenter
daller plus loin dans la discussion pour rechercher, toujours, lintérêt de
lenfant. Nous devons parvenir à déterminer la frontière entre la gifle réflexe
qui peut être donnée, et la volonté de faire du mal à son enfant.» Pour ce faire,
chaque membre de lassociation en contact avec des victimes, reçoit une formation
spécifique dispensée par des psychologues. «Cest essentiel pour la compréhension
et la maîtrise du problème qui se pose. Cest aussi, pour nous, un indispensable
soutien quand on est confronté à lhorreur.»
Et lhorreur peut surgir à tout moment, y compris à Dieppe. Comment un
père peut-il violer son bébé de huit mois pendant sa nuit de noces ? Comment la mère
du petit garçon peut-elle se rendre complice en tenant le nourrisson ? Lhistoire
paraît tout droit sortie de limaginaire et pourtant elle a bien eu lieu. Ici, chez
nous !
En écoutant les informations, en lisant le journal, on pourrait avoir
limpression que ces affaires se multiplient, ce qui nest pas forcément le
cas. «Aujourdhui, on en parle, cest tout, alors quauparavant le sujet
était tabou.»
Ce qui change en revanche, cest lapparition des problèmes liés aux
divorces. Quand un couple se déchire, lenfant peut devenir un argument, une monnaie
déchange. «Cest le papa qui téléphone pour dire que sa femme bat les
enfants, cest la maman qui appelle pour dire que sa fille est rentrée dun
séjour chez son père en se plaignant davoir été caressée. Parfois cest
vrai mais parfois, tout nest que pure invention. Il serait facile de tomber dans le
piège si nous navions adopté une ligne de conduite simple, en loccurrence de
renvoyer les gens vers la justice puisque de toute façon, dans le cas dun divorce,
une procédure existe déjà.»
Les appels anonymes sont également de plus en plus nombreux, émanant de gens
qui soupçonnent leurs voisins ou des connaissances de maltraiter leurs enfants.
Lassociation agite alors un réseau damitiés pour remonter à la source de
linformation afin de la vérifier.
Prévention
En Parler ne se borne pas à intervenir quand les situations
de maltraitance existent de manière avérée, elle joue également un rôle
prépondérant en matière de prévention. Lassociation intervient notamment dans
les collèges et bientôt dans les écoles primaires et maternelles pour évoquer le sujet
avec les enfants. A chaque fois, lexposé est organisé en fonction de la tranche
dâge des enfants concernés. Là encore léquipe dintervenants est
composée de professionnels de la santé, de psychologues et souvent dun
représentant de la Justice. Il ne sagit pas de heurter la conscience des enfants
mais de leur donner quelques clés pour une meilleure compréhension des situations
quils peuvent vivre.
Quel que soit le domaine où elle intervient, lassociation En Parler
na quun seul objectif : la prévention des enfants.
Philippe RIFFLET
Tél. de l'association : 02 35 84 15 15
Témoignage
«Jai 44 ans et par ce courrier je voudrais apporter
mon témoignage, qui, peut-être, pourra aider quelquun. Comme vous le dites, les
blessures de lenfance sont irréparables. A 7 ans, mon corps a été meurtri par un
individu qui pendant deux ans environ a fait sur moi des attouchements sexuels, je ne peux
pas mexpliquer plus car les mots narrivent pas à sortir. Je me sens sale
encore malgré laide dune amie, dun médecin et dun psy. Je
nai jamais pu avoir de vie normale par la suite. Lamour, je ne lai
jamais connu, je vis seule avec mon chien et moin chat. La vie na finalement pas
beaucoup de sens pour moi. Souvent je voudrais partir pour ne plus revenir, mais
peut-être que je manque dun peu de courage. Je voudrais vous aider mais en aurai-je
le courage ? Grâce à laction dassociations comme En Parler, peut-être
quun jour, il ny aura plus de saloperies qui casseront des enfants pour le
restant de leur vie. Car un enfant, cest tellement pur». |