| Lappel à la mobilisation lancé
par Christian Cuvilliez à la suite de la mise en examen de deux membres du cabinet du
maire a été entendu. Jeudi soir, près de 400 personnes sétaient rassemblées
dans les salons de lhôtel de ville pour écouter le cri de révolte de la
municipalité qui dénonce une «machination...» Jai
décidé de rendre laffaire publique car nous navons rien à cacher...»
Christian Cuvilliez a donc décidé de contre-attaquer après la mise en examen de deux
membres de son cabinet. Contre-attaquer en disant sa colère et sa révolte : «Cest
de lacharnement. On avait déjà essayé de destabiliser Gérard Jacqueline, mon
premier adjoint, et moi-même à la suite dun accident malheureux. Toutes ces
affaires mises bout à bout mamènent à penser quil y a une véritable
volonté de nuire à la municipalité.»
Dans une mairie surchauffée, devant près de 400 personnes toutes acquises à
sa cause, le maire na pas hésité à désigner (à demi-mots) ses adversaires
politiques comme les responsables de ce quil considère être une machination : «Il
ne peut pas y avoir de neutralité dans cette affaire. En laissant penser que mes deux
collaborateurs perçoivent des salaires sans en donner contre-partie, on veut
aujourdhui nous faire passer pour des délinquants.»
Deux heures durant, Christian Cuvilliez sest échiné à démontrer que le
fonctionnement de son cabinet obéit strictement aux règles légales. Sappuyant
notamment sur la loi Chevènement de 1999 qui précise que les conseillers techniques
dun maire nont de comptes à rendre quà lui seul : «Et lun et
lautre me donnent entière satisfaction. Croyez-moi, ils travaillent bien plus que
les 35 heures. Et pourtant, les policiers du SRPJ qui sont venus de Rouen pour les
entendre, ont tout fait pour leur faire dire le contraire. Pour leur faire dire
quils sont payés à ne rien faire.»
Le SRPJ a perquisitionné la
mairie
Cest en 1988 que William Pillon, responsable de
lunion locale CGT, qui vient dêtre licencié de la construction navale, est
recruté au cabinet dIrénée Bourgois alors maire de Dieppe, en qualité de
conseiller technique pour les relations avec le monde du travail. Gilbert Louvet,
secrétaire de la section dieppoise du PCF, est entré au cabinet du maire en 1992 en
qualité de conseiller technique pour les affaires sociales.
Tous les deux ont été entendus jeudi pour la première fois par le juge Le
Vaillant de Charny chargé de linstruction du dossier. Au même moment, les services
de police perquisitionnaient la mairie et saisissaient divers documents dont les listings
du personnel municipal.
En tant quemployeur des deux emplois fictifs présumés, Christian
Cuvilliez devrait, en toute logique, recevoir à son tour une lettre lui signifiant sa
mise en examen. Toutefois, samedi encore, le maire affirmait ne rien avoir reçu.
Etonnant!
Etonnant que si emplois fictifs il y a, il ait fallu attendre douze et huit ans,
pour sen rendre compte. Plus étonnant encore, la date à laquelle la lettre anonyme
de dénonciation est arrivée au Parquet : en mars... 1999 (lire encadré). Pourquoi avoir
attendu dix-huit mois avant douvrir une information ?
«La Justice a choisi sa
cible...»
Le maire na évidemment pas manqué de faire le
rapprochement entre laffaire de ses conseillers et celle de lunion locale CGT
mise en examen parce quelle bénéficierait de «cadeaux» de la Ville, en
particulier le paiement de factures délectricité ou la prise en charge de frais de
fonctionnement pour ses locaux de la Bourse du travail. «Or, depuis toujours, les Bourses
du travail sont financées par les villes... a rappelé Christian Cuvilliez. De plus, la
Ville loge 99 associations et assume évidemment les frais inhérents aux locaux qui leur
sont confiés. Dautres peuvent se réunir et organiser leurs activités à la Maison
des associations dont les coûts sont là encore supportés par la collectivité.»
Ironique, Christian Cuvilliez a comparé les 7800 francs que coûte
lélectricité de la Bourse du travail aux 20.000 francs que la Ville dépense
chaque année pour entretenir les parterres de fleurs du.... palais de justice. Et de
fustiger lattitude de la Justice qui aurait délibérément choisi sa cible : la
CGT, «car la CFDT et FO qui bénéficient également des avantages de la Bourse du
Travail nont pas été mises en examen.»
Christian Cuvilliez qui se dit partisan dune absolue discipline
républicaine fondée sur la séparation des pouvoirs reproche à la Justice «son
ingérence dans le monde politique. Si on ny prend garde, si on continue dans cette
voie, si on fait des problèmes à un maire parce quil distribue des subventions
comme cest aujourdhui le cas à Canteleu, une commune de lagglomération
rouennaise, on ne pourra bientôt plus mener la politique pour laquelle on a été élu.»
Sexcusant presque de reprendre un discours plus politique, le maire
enfonçait le clou en déclarant : «Il est évident que nous gênons. Il est clair que le
programme à dix ans que nous avons bâti pour la ville doit paraître bien long à
certains. Cest pourquoi on essaie, par tous les moyens, de nous couper lherbe
sous le pied».
En agissant de la sorte, Christian Cuvilliez a réussi à transformer la
réunion de soutien aux mis en examen en véritable réunion électorale, lançant ainsi
une campagne qui risque bien dêtre agitée.
Philippe RIFFLE
Mise en examen de lUnion Locale CGT
Le juge sest-il trompé ?
En convoquant directement Philippe Stalin,
secrétaire général de lunion locale CGT, le juge Le Vaillant de Charny a-t-il
commis une erreur ? Oui selon le syndicat et son conseil car les statuts de la CGT
prévoient que cest à sa commission exécutive et à elle seule de désigner son
représentant. Résultat, alors que la convocation était adressée au seul secrétaire,
cest une quarantaine de membres de ladite commission qui se sont présentés devant
le bureau du juge au Palais de Justice. Celui-ci a refusé de les recevoir et a constaté
que Philippe Stalin navait pas répondu à la convocation qui lui avait été faite.
En désignant Philippe Stalin, secrétaire général de lunion locale CGT,
le juge dinstruction sest trompé ! «Sa décision nest pas conforme au
droit et aux statuts de la CGT» Cest en substance le message délivré vendredi par
les membres de la commission exécutive du syndicat qui ont répondu en bloc à la
convocation du juge délivrée au seul secrétaire général. Résultat, le juge
dinstruction Le Vaillant de Charny a refusé de recevoir une quarantaine de
personnes dans son bureau du Palais de Justice.
Pendant que Me François Garraud, conseil du syndicat expliquait au juge que
larticle 10 des statuts de la CGT prévoit quil appartient à la seule
commission exécutive et à nul autre de désigner lun de ses membres pour la
représenter, les militants encadraient dans une ambiance bon enfant leur secrétaire
général.
«Nos statuts doivent être
respectés»
Pas mécontents de ce petit tour quils étaient en
train de jouer à la justice. Pourtant, Philippe Stalin insistait pour dire que «la CGT
ne se déroberait pas à la justice. Cependant, nous voulons travailler dans les
règles».
«La mise en examen pour détournement de fonds publics concerne une personne
morale, en loccurrence lUnion Locale CGT et non une personne physique,
Philippe Stalin. Cest pourquoi les statuts doivent être respectés, en laissant le
choix à la commission exécutive du syndicat de désigner son représentant, poursuivait
Me Garraud. Le juge pouvait toutefois entendre Philippe Stalin mais non pas en tant que
mis en examen mais en tant que témoin. Aujourdhui, la machine judiciaire est
bloquée et ce nest pas du fait du syndicat.»
Impasse juridique
Toujours selon le conseil du syndicat, le juge
dInstruction qui a finalement constaté que Philippe Stalin navait pas
répondu à la convocation qui lui avait été faite, - «pourtant, jétais dans le
couloir...» -, peut aujourdhui choisir de reconvoquer la commission exécutive,
soit reconvoquer le secrétaire général directement, y compris en faisant appel à la
force publique pour quil se présente, soit conclure sans pousser plus avant ses
investigations et renvoyer la section locale de la CGT devant le tribunal correctionnel.
Une telle décision entraînerait à coup sûr une réaction du syndicat.
Cest la menace à peine voilée qua lancée Daniel Cauret, nommé
porte-parole de lunion locale pour sexprimer sur laffaire au nom du
syndicat. «Il est évident que notre mobilisation serait à la hauteur de lattaque
que nous subirons...»
Sur le fond de laffaire, Me François Garraud qui a enfin pu avoir accès
au dossier, estime qu «il ny a pas dinfraction caractérisée. Les
syndicats bénéficient des locaux de la Bourse du Travail depuis 1970 et depuis la même
date, soit bien avant que Philippe Stalin narrive au poste de secrétaire général,
la collectivité supporte les frais délectricité des locaux. On nous reproche des
choses inexactes et des choses exactes qui cependant ne sont pas répréhensibles au
regard de la loi.»
«Procès politique»
Pour Daniel Cauret, le «procès politique ne fait pas
lombre dun doute. La CGT est gênante parce que depuis quelques mois, 12
nouvelles sections ont été créées, parce que les adhésions arrivent en nombre. Il y a
là une tentative pour faire croire que lorganisation politique du maire et la CGT
cest la même chose. Cest porter atteinte à notre indépendance.
Manifestement, on veut nuire à ceux qui relèvent la tête !»
Et dajouter que la CGT ne prend pas cette affaire à la légère,
cest la première fois quune union locale est ainsi mise en examen.
«Aujourdhui, nous allons informer nos syndiqués et au delà, les administrés
dieppois. La confédération suivra le dossier avec attention, car cest
lintégrité et lhonneur de nos camarades qui sont mis en cause.»
Affaire à suivre !
Philippe RIFFLET
Un «corbeau» mal renseigné
Cest en mars 1999 que la fameuse lettre anonyme de
dénonciation est arrivée au Parquet. Pourquoi a-t-il fallu attendre 18 mois pour
quune information judiciaire soit ouverte ? Une question qui mérite réponse. En
outre, le corbeau a fait la preuve dune méconnaissance de la situation politique
locale exacte puisquil dit en substance que les emplois dont il donne la liste sont
rétribués pour laisance du noyau dur des communistes dieppois.
Or, parmi les noms quil avance, certains ne sont pas membres du PC. Une
personne décédée est également citée dans le courrier. Un autre mis en cause ne
figure pas parmi les membres du personnel municipal... Autant déléments qui
prouvent que les renseignements du corbeau ne sont pas 100% exacts, à moins, évidemment,
quil ne sagisse derreurs volontaires, de manière à ne pas (trop) se
dévoiler.
Dans ses récentes déclarations sur laffaire, Christian Cuvilliez
sest inquiété de savoir si les enquêteurs avaient été chargés de retrouver
lauteur de la lettre de dénonciation. Si tel était le cas, le mystère quant à
ses motivations véritables pourrait être rapidement levé.
P.R. |