Journal du 10 novembre 2000

Vache folle
Le boeuf n'a plus la "côte"

On a beau avoir confiance en son boucher, la consommation de viande de boeuf diminue ostensiblement. Un exemple à Dieppe chez un boucher traditionnel. La consommation de viande bovine en france a régressé de 23 % et celle des abats de 42 % durant la semaine du 23 au 29 octobre par rapport à la même semaine de 1999.

Emission télévisée, médiatisation, retrait des cantines, si le mouvemant de psychose n’avait pas touché l’agglomération dieppoise, il commence à l’atteindre. Certains bouchers ressentent, en effet, une diminution de la vente de viande de boeuf : «Depuis le début de la semaine, les clients boudent la viande de boeuf. Même les habitués. C’est normal que les gens réagissent» précise François Linot, boucher à Dieppe depuis maintenant 35 ans.

Si le commerçant a remarqué le traumatisme, il n’a pourtant pas modifié ses méthodes de travail : «J’achète l’animal alors qu’il est encore vivant chez des éleveurs de la région. La bête est emmené à l’abattoir de Forges-les-Eaux et on me raméne la viande ici. Le client est averti. La traçabilité, je la fais moi-même !»

Malgré cela, ses clients, même les plus habitués, toujours fidéles au commerçant, limitent voire suppriment leur consommation de viande de boeuf. «Même si l’éleveur est de bonne foi, il peut, lui aussi, se faire avoir. C’est vrai que je commence à avoir peur. Avant, on leur donnait de l’herbe et du fourrage, maintenant, ce sont des granulés et des farines. On n’aurait jamais dû faire ça. Et ce n’est pas fini puisque, maintenant, ils veulent leur donner du soja, transgénique, des Etats-Unis», explique un client venu acheter de la dinde. Lui, il arrête le boeuf.

Une parfaite confiance

«Pourtant, nous connaissons nos éleveurs. Ils n’ont qu’une cinquantaine de bêtes. Une situation bien différente des élevages qui comptent 300 têtes. Nous savons parfaitement ce que les animaux mangent». Reste maintenant à convaincre le client. Et même si les attestations et l’identification des animaux sont placardées en vitrine, même si les clients disent avoir toute confiance en leur boucher, ils limitent, malgré tout, leur consommation de viande. c’est un réflexe face à la cascade de mauvaises nouvelles qui tombent sur la filière bovine depuis longtemps.

En ce qui concerne la découpe, les mesures imposées par le gouvernement n’ont rien changé dans le travail de François Linot : «Je retirais déjà l’os de la moelle épinière entre le filet et le faux-filet dans le T-Bone» indique le commerçant qui précise : «C’est une viande que je vends très peu et que je n’aime pas vendre puisque ça gaspille tout le filet.»

Dans les rues de Dieppe comme dans tout le pays, certains consommateurs paniquent, d’autres ont décidé de ne pas se poser de questions. L’inquiétude est pourtant toujours sous-jacente. Même si toutes les précautions sont prises, la crise de la vache folle aura profondément marqué les esprits.

Sandra Beaufils.

Pierre Paragot, président
du syndicat des bouchers de Seine-Maritime :

«Ayez confiance en vos artisans»

Si la crise de la vache folle traumatise les Dieppois qui limitent leur consommation de viande de boeuf, Pierre Paragot, représentant des bouchers de Seine-Maritime, vice-président de la Chambre des métiers et responsable du CFA, tient à être rassurant : «Il n’y a aucun danger si le client achète sa viande chez son boucher. Il faut avoir confiance en lui puisque les 3/4 des bouchers de Seine-Maritime qui abattent eux-mêmes leurs bêtes connaissent parfaitement l’éleveur et savent ce qu’il leur donne à manger.»

Boucher lui-même, Pierre Paragot explique d’ailleurs très clairement que les viandes vendues en boucherie ne peuvent pas être contaminées : «Toutes les bêtes à problème sont des vaches laitières de plus de 4 ans. C’est une catégorie de viande que les bouchers traditionnels ne commercialisent pas».

Si, dés le premiers cas, en 1996, des mesures avaient été prises pour interdire les farines animales, le prix de la viande aurait augmenté, certes, nous n’en serions pas là.» C’est, en effet, pour un commerce qui se porte déjà mal que Pierre Paragot s’inquiète : «Les bouchers en prennent plein la figure de tous les côtés et nous ne touchons jamais de subventions. Les grandes surfaces nous ont fait du mal. Certains bouchers, pour décrocher un marché particulier, font des travaux de mise aux normes de leur laboratoire pour être virés un ou deux ans aprés. Et la taxe professionnelle qui a augmenté 6 fois en 20 ans? Le prix du faux-filet n’a pas suivi la même évolution sinon il serait à 300F le kilo aujourd’hui! En 1996, je pensais que la boucherie allait repartir mais certains commerces ne vont pas se relever d’une pareille crise.»

Ainsi, aujourd’hui, un seul mot d’ordre : «Ayez confiance en vos bouchers, ils ont eux-mêmes confiance en leurs éleveurs et ils n’achètent pas de vaches laitières!» conclut Pierre Paragot.

S.B.

Assiette dieppoise : la viande de bœuf toujours au menu

Devant les interrogations sur la santé publique liées au phénomène de la «vache folle», l’Assiette dieppoise – cuisine centrale fournissant les cantines scolaires, l’hôpital et les résidences de personnes âgées – s’est assurée auprès de son fournisseur que toutes les mesures préventives étaient bien respectées, notamment en terme de traçabilité.

Après avoir obtenu toutes les garanties demandées et pris conseil auprès des services vétérinaires, l’Assiette dieppoise a décidé «de ne pas modifier la composition des menus», informe sa présidente Marie-Catherine Gaillard. Pour autant, la cuisine centrale «reste vigilante et attentive à toutes mesures que pourraient prendre les pouvoirs publics dans le domaine de la sécurité alimentaire». Mesures qu’elle «ne manquerait pas d’appliquer sans réserve.»


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