Journal du 1er décembre 2000

Pourquoi la CFDT n'a pas été mise en examen
"Parce que nous payons toutes nos factures"

Les responsables locaux et régionaux de la CFDT restés muets jusqu’à présent à propos de l’affaire de la mise en examen de la CGT pour «détournement de fonds publics» ont fini par s’exprimer pour expliquer pourquoi leur organisation n’était pas inquiétée. Ils s’en prennent également à la mairie qui ne traiterait pas tous les syndicats de la même façon.

Restée muette jusqu’à présent, «par solidarité syndicale», la section locale de la CFDT a décidé de s’exprimer après avoir entendu et lu nombre d’informations concernant l’affaire de la mise en examen de l’union locale CGT, sa voisine d’en face à la Bourse du Travail. Sylvain Bienaimé, secrétaire du syndicat pour la région dieppoise et Alain Lebouteiller, secrétaire général des syndicats CFDT pour la Haute-Normandie, ne pouvaient laisser passer sans réagir certaines déclarations venues de la mairie, et finalement marquer leur différence. «Tout d’abord, nous devons dire que la section locale de la CFDT a elle aussi été auditionnée par les inspecteurs du SRPJ de Rouen qui agissaient pour un mandat de détournement de fonds publics. On nous a demandé de produire nos facture EDF et de chauffage, ce que nous avons fait...» insiste le représentant local.

«On ne nous fait pas cadeau de nos factures...»

Et de s’empresser d’ajouter que la CFDT paie bel et bien ses factures. «Nous avons un compteur séparé et nous payons notre note comme n’importe quel usager. Nous payons également la taxe d’habitation...» Le message est clair, et les représentants de la CFDT tiennent à le faire savoir, si la ville prend en charge les frais d’électricité des locaux de la CGT, ce qui motive aujourd’hui sa mise en examen, ce n’est pas le cas de la section CFDT qui s’assume pleinement. «C’est sûrement la raison pour laquelle nous n’avons pas été mis en examen. Nous ne pouvons pas laisser dire à monsieur le maire que la Bourse du Travail coûte un peu plus de 7000 francs d’électricité par an pour la CGT et les autres syndicats. Soit il ne connaît pas bien la situation, soit les factures sont payées deux fois car pour notre part, nous recevons nos propres factures directement d’EDF et nous les honorons avec nos deniers. Certes nous sommes logés gratuitement par la ville mais nous supportons en revanche la totalité de nos charges de fonctionnement» insiste Sylvain Bienaimé.

«Nous ne profitons pas non plus des services d’une femme de ménage de la ville. Chez nous, c’est un travail collectif et bénévole, les utilisateurs du local étant invités à le rendre aussi net que lorsqu’ils l’ont pris. Nous ne bénéficions d’aucun cadeau, voilà sûrement pourquoi les autorités judiciaires n’ont pas jugé utile de nous mettre en examen. Nous nous devions de nous expliquer ainsi, en premier lieu pour rassurer nos militants qui étaient en droit de se poser des questions.»

Pas tous logés à la même enseigne

Quant au coût engendré par la décharge professionnelle de Sylvain Bienaimé, employé d’Alpine Renault, c’est le représentant régional qui précise «qu’un accord a été signé avec son employeur. Les quelques heures qui lui sont libérées pour accomplir sa mission de délégation syndicale sont remboursées par l’Union régionale à l’entreprise sur ses fonds propres.»

Pour les représentants de la CFDT, il est légitime que le maire de Dieppe tente de se défendre «mais qu’il cesse de dire que toutes les organisations syndicales sont logées à la même enseigne. Nous comptons bien lui exprimer notre mécontentement oralement en lui demandant d’arrêter. S’il devait persévérer dans cette voie nous pourrions alors envisager de réagir en conséquence.» Sous-entendu d’engager une procédure pour dénonciation calomnieuse. Cette mise au point des responsables de la CFDT ne sera sûrement pas de nature à réchauffer les relations «tendues» qui semblent prévaloir aujourd’hui entre les deux organisations. On comprend mieux également pourquoi le juge d’instruction met tant d’insistance à entendre le secrétaire général de l’UL CGT.

P. R.

Mise en examen de l’union locale CGT
Un coup pour rien !

Philippe Stalin qui annonçait dans un premier temps qu’il ne se rendrait pas à la convocation du juge d’instruction mercredi dernier a changé son fusil d’épaule. Il y est bien allé mais n’a répondu à aucune question, prétextant qu’il ne le ferait qu’en présence de son avocat, en grève depuis le début de la semaine.

Alors qu’il nous avait annoncé qu’il ne se rendrait pas au Palais de Justice pour répondre à la convocation du juge (lire notre édition de mardi), arguant du fait que la loi l’y autorisait puisqu’il ne pouvait se faire accompagner de son avocat, en grève depuis le début de la semaine, Philippe Stalin a finalement pris la décision de se présenter devant le bureau du juge Le Vaillant de Charny mercredi à 9 heures précises.

En revanche, le secrétaire général de l’union locale CGT a refusé de répondre aux questions qui lui étaient posées. «Je me suis contenté de dire que je ne répondrais qu’en présence de mon avocat,» révélait-il à la sortie d’une audition qui n’aura duré que cinq minutes en tout et pour tout.

«J’ai finalement décidé de me rendre à la convocation après que le juge se soit manifesté auprès de mon avocat pour lui signifer que j’encourais des poursuites si toutefois je n’y allais pas. Il pouvait m’envoyer la force publique et m’infliger des amendes. Or, la CGT n’a pas d’argent à perdre ainsi, c’est pourquoi j’ai obéi et me suis présenté à la convocation...» Pour une audition purement formelle puisque Philippe Stalin n’a pas répondu aux questions.

Un coup pour rien donc qui aura cependant permis au juge d’instruction de réaffirmer son autorité en faisant se déplacer Philippe Stalin qui initialement ne le souhaitait pas compte-tenu du mouvement de grève des avocats, et l’avait d’ailleurs signifié par écrit quelques jours auparavant. «Je devrais maintenant recevoir une nouvelle convocation sans doute pour la semaine prochaine» fait remarquer le représentant de l’UL CGT. Suite au prochain épisode...

P. R.


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