Journal du 12 décembre 2000

Transmanche
Le conseil général tient bon la barre

Majorité départementale, groupe Démocratie et Liberté et groupe Communiste ont voté et validé vendredi après-midi le plan de sauvetage de l’activité transmanche présenté par Charles Revet. Le dossier entre ainsi dans une phase opérationnelle puisque la prise de contrôle du port de Newhaven est maintenant réglée et que le choix du bateau doit intervenir cette semaine.

Pas de surprise vendredi après-midi au cours de la séance extraordinaire du conseil général de Seine-Maritime. Comme prévu, le projet défendu par Charles Revet pour la prise de contrôle du port de Newhaven et le plan de relance de la ligne transmanche a été voté à l’unanimité des votants : majorité départementale, Démocratie et Liberté et Parti Communiste. Dans son introduction aux débats, le président du conseil général a considéré que le Département avait décidé d’être «réactif et efficace. Lorsqu’un problème se pose, le Département doit le traiter avec efficacité, sans s’arrêter aux questions de compétences fixées par la loi, surtout lorsqu’il s’agit d’un enjeu fort.»

Pas assez de garanties pour le PS

Les socialistes, quant à eux, ont refusé de participer au vote, considérant que le dossier comporte encore trop d’incertitudes aux niveaux juridique et financier. «On ignore notamment si la communauté européenne a bien donné son accord pour un tel montage qui associe une collectivité publique française, un organisme tutellaire avec la Chambre de Commerce de Dieppe, pour l’acquisition majoritaires des actions d’un port privé étranger.»

Du point de vue financier, les socialistes auraient aimé connaître les résultats des audits et des études de marché réalisés par le conseil général avant de se prononcer sur un investissement dont l’ampleur - 327 millions de francs - est évidente. «Nous comprenons mal pourquoi Charles Revet a tenu à cette session extraordinaire car dans 10 jours, notre assemblée se réunit en session ordinaire. Sans doute aurait-il été préférable d’attendre cette date, de manière à disposer de plus de renseignements précis, pour mettre la question du transmanche à l’ordre du jour. Cette séance d’aujourd’hui s’apparente à une véritable mascarade doublée d’une volonté évidente de faire un nouveau coup médiatique», expliquait ainsi Jean-Yves Merle, porte-parole du groupe PS au conseil général. Et d’ajouter qu’avec cette somme de 327 millions de francs, le conseil général aurait pu boucler d’autres dossiers en attente, «la fin de l’aménagement de la RN 27 jusqu’aux portes de Dieppe et la liaison Barentin-Yvetot».

La fin de deux ans de disette économique

Des projets évidemment importants, mais peut-être moins pour l’avenir immédiat de la cité dieppoise. Car la réouverture du transmanche, avec une priorité pour le transport de fret, est évidemment un challenge essentiel pour la ville. C’est la fin programmée d’une période de deux années de disette économique et l’affirmation d’un rôle international majeur. La preuve en est la décision de la société des transports Giraud de renoncer à son plan de recentralisation de ses activités sur un site du Nord de la France pour au contraire s’engager dans la voie d’un développement de son pôle logistique dieppois. Les élus qui ont refusé de voter le plan de Charles Revet, pourtant soutenu par trois des quatre composantes du conseil général, pourront toujours aller expliquer qu’il aurait encore fallu attendre, qu’il aurait peut-être mieux valu dépenser l’argent à autre chose ; pour le demandeur d’emploi de Dieppe, cette réouverture de la ligne a une autre signification, car c’est l’opportunité de bénéficier d’un nouvel élan économique.

Les Communistes ont tenu parole

Un fait qui a conduit le groupe communiste à se rallier - une fois n’est pas coutume - à la majorité de Charles Revet. Jean Garraud, conseiller général de Eu, et suppléant de Christian Cuvilliez, député-maire de Dieppe, répétant à l’assemblée ce qu’il nous avait confié dès mercredi dernier (lire notre édition du 8 décembre), à savoir que le conseil général est bien la seule collectivité qui soit en position d’intervenir dans un dossier crucial pour la région dieppoise. «Evidemment, il reste des blancs dans ce dossier et nous sommes impatients d’en connaître davantage. Mais reconnaissons que le dossier avance et gagne en crédibilité.» Il n’est pourtant pas si loin le temps où le maire de Dieppe et ses amis affirmaient haut et fort que l’idée de Charles Revet était irréalisable.

Aujourd’hui, la donne a changé et la mairie de Dieppe s’est engagée aux côtés du département et de la Chambre de Commerce dans le syndicat mixte. «La solution qui nous est présentée aujourd’hui répond à l’intérêt de tous, c’est pourquoi nous ne serons pas frileux et inertes, et voterons le projet.» Et ça, c’est l’essentiel.

Philippe RIFFLET

Des réactions

Edouard Leveau, conseiller général
de Dieppe-Ouest

«Quand une activité, quelle qu’elle soit, perd son plus gros pourvoyeur de ressources, elle est condamnée. C’était le cas du port de Dieppe dont 75% de l’activité provient du transmanche. Sans la réaction du conseil général, le port de Dieppe était voué à une mort certaine. Maintenant, il faut trouver le bon bateau, mais j’ai confiance. Nous avons à Dieppe des gens capables de conseiller le syndicat mixte pour faire le bon choix.»

Daniel Lefèvre, conseiller général
de Dieppe-Est

«C’est un moment historique, innovant et sans précédent. Depuis 15 ans que je suis élu, je n’avais encore jamais vu prendre une décision d’une telle importance, qui engage tellement l’avenir. Cette solution était l’ultime espoir de voir reprendre une activité considérée comme le poumon de la vie économique dieppoise.»

Des marins français ou originaires de la CEE

Comme nous l’annoncions dès vendredi matin, le conseil général et l’actuel propriétaire privé du port de Newhaven sont tombés d’accord après des mois de discussions et de négociations, sur un protocole d’accord qui permet aujourd’hui de dire que pour la première fois en Europe, une collectivité territoriale a pris le contrôle d’un équipement privé étranger, dans un souci de défendre l’intérêt public. L’émissaire du conseil général a encore passé plusieurs jours à discuter avec les représentants de la société anglaise pour finalement atteindre, en fin de semaine, l’objectif que Charles Revet lui avait fixé. Le syndicat mixte constitué en France détiendra la majorité des actions du port de Newhaven et pourra ainsi faire redémarrer une liaison régulière avec Dieppe. Si le montant de l’acquisition atteint 110 millions de francs, une enveloppe de 100 millions de francs est d’ores et déjà débloquée pour réaliser d’importants travaux sur place. Des travaux de dragage notamment puisqu’en l’état actuel des choses, aucun ferry ne serait en mesure d’entrer dans le port Anglais, pas même à marée haute.

«Le dossier est juridiquement bordé»

Concernant le bateau qui effectuera les rotations, la commission d’appel d’offres a procédé à l’ouverure des plis mardi dernier. Les auditions de trois candidats - sérieux - doivent se dérouler cette semaine. On devrait donc en savoir plus d’ici quelques jours. Quoi qu’il en soit, l’important était de savoir si des navires étaient disponibles pour être affectés à la liaison et c’est le cas. Parmi les hypothèses, figure notamment celle qui verrait le conseil général faire l’acquisition de son propre navire. Si toutefois, l’option retenue était celle d’une compagnie, obligation lui serait faite de faire travailler sinon des marins français, au moins des navigants originaires de pays de la communauté européenne. En aucun cas il ne pourrait s’agir de personnel «exotique» aux conditions salariales inacceptables pour les syndicats français.

Pour Charles Revet, à condition que rien ni personne ne vienne mettre des bâtons dans les roues, le calendrier fixé devrait être tenu, à savoir une traversée inaugurale le 15 février prochain. «Le dossier est juridiquement parfaitement bordé, la preuve en est le soutien que nous apporte le ministère des Transports. C’est aussi la reconnaissance qu’il s’agit là d’un projet d’intérêt national.»

P.R.

Eveline Duhamel, présidente de la CCID

Heureuse pour la première fois
depuis 18 mois

Aujourd’hui pour la première fois depuis 18 mois, depuis que je suis devenue présidente de la Chambre je peux dire que je suis heureuse. L’aboutissement de ce dossier est une véritable bouffée d’oxygène et une reconnaissance pour Dieppe.

Les objectifs retenus par le conseil général, à savoir 30.000 remorques et de 70.000 à 100.000 passagers pour la première année, me paraissent très raisonnables. Au delà de l’aspect fret, le trafic passagers en période hivernale est important pour le commerce local. Le chaland anglais fait partie du fond de commerce des professionnels dieppois. Avant l’interruption de la ligne, les Anglais venaient faire chez nous leurs courses de Noël.

Sur un plan économique plus général, la réouverture de la ligne signifie une formidable poussée. Des Espagnols et des Portugais m’ont appelée hier (vendredi) pour savoir où en était le dossier car ils sont demandeurs de traversées pour leurs camions qui partent vers l’Angleterre. Et Dieppe-Newhaven est la route la plus courte pour rejoindre Londres. Nous aurons également des conséquences positives pour l’activité du terminal fruitier. J’ai également vu un pêcheur qui espère pouvoir aller livrer de l’autre côté de la Manche. Avec l’engagement d’Hoverspeed de reprendre ses liaisons rapides dès le mois de mars, l’activité ferry sera d’une parfaite complémentarité.


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