| Du parc industriel de Tôtes, partent
chaque automne 500 automates uniques au monde par la qualité de leur peluche et de leur
mouvement. Cest la réussite dun ex-étalagiste Michel Taillis qui commença
dans sa maison de Fresnay-le-Long. Aujourdhui, il est le seul Français à
travailler ainsi. On a une folle envie de toucher, de caresser,
tant la bête semble vivante... Et le fait quelle penche la tête vers son petit,
quelle le dorlotte, quelle se retourne sur lui, fait de lunivers
animalier de Michel Taillis, un spectacle de bon goût et de grand talent.
Ce Rouennais habite à Fresnay-le-Long et passa 21 ans comme étalagiste après
un brevet de mécanique industrielle. Un chômage économique aux Nouvelles-Galeries de
Brest lamena, avec son épouse Yolande, à rejoindre la maison normande. Il met
alors à profit ses heures de loisirs forcés pour se consacrer à une passion bien
enracinée chez lui : les automates, ce qui lui avait dailleurs permis quon
parle de lui lors de ses compositions de vitrines.
En avril 1992, cest Yolande qui démarchera dans les magasins sur 100 km
autour de Rouen, afin de montrer les panneaux animés de son bricoleur de mari. Une
anecdote familiale : le premier jour, elle signe deux locations, est-ce déjà gagné ?
Un rêve devenu réalité
Sans doute, puisquen deux ans, on arrivera à 400
panneaux (personnages dont la tête ou les bras remuent) et Michel Taillis se fera
remarquer dès 1993 au salon du jouet à Paris. Et, «en même temps, jachetai en
peluche, une famille de chiens de race Braque et animai ainsi la vitrine des Galeries à
Rouen».
Lastuce de M.Taillis consiste à ouvrir lanimal, à créer un
mouvement mécanique avec un ou plusieurs moteurs minuscules (jusquà 5) répartis
dans le corps. Fier - à juste titre - de ses chiens, il les prête aux fournisseurs de
peluche pour le salon du jouet de janvier 1994.
Cest alors que les premières commandes arrivent, amenant le créateur à
délaisser les panneaux pour se consacrer entièrement aux automates. «Jétais
le seul ; il y a bien quelques amateurs pour des petits objets, des pères Noël, des
métiers, des personnages mais aucun pour des animaux de cette taille... Je fabrique le
grand ours brun, le père Noël, mais toutes les autres peluches de très grande qualité
sont achetées dans deux maisons italiennes, ce pays étant le berceau de cette activité».
Japon et Turquie
En ce salon 1994, limmense curiosité des visiteurs -
des professionnels du jouet donc connaisseurs - poussera Michel Taillis à se présenter
en septembre de la même année au salon Maison et objet qui se tient deux fois par
an, et où, depuis, le Tôtais est toujours présent. Il y ajoutera aussi en janvier le
salon de Francfort, puis, tous les trois ans, celui de Düsseldorf.
«Dans ces deux salons allemands, 45 pays sont représentés, cest
extraordinaire et ces portes ouvertes sur le monde mont beaucoup apporté, tout en
conservant les premiers clients».
Sur le parc industriel de
Tôtes
«En 1995, cest le grand boum : jexpose pour
la première fois la totalité de mes produits à Maison et objet. Mais je ne peux
répondre à la demande à cause de carnets de commandes saturés au 2e jour. Je découvre
lexportation avec 8 pays européens, plus le Japon et la Turquie, six grands
magasins qui commandent des vitrines animées... et cest lembauche du premier
salarié !»
Seulement, on est toujours dans la maison de Fresnay-le-Long ; la famille
Taillis se tournera vers le parc industriel de Tôtes et y achètera en juin 1996, «quatre
murs et un toit». Là encore, «on a travaillé comme des fous» et en juin
1997, Michel Taillis Création sinstallait officiellement à Tôtes et
continuait dembaucher.
«Aujourdhui, nous sommes 10 salariés et une quinzaine pendant deux
mois à lépoque des fêtes ; nous pourrions faire le double pour répondre aux
demandes mais est-ce raisonnable de grandir encore ? Un audit va maider à y voir
clair...»
La qualité : la meilleure des
publicités
Pas de publicité, seulement les salons, les vitrines
animées, 40 automates dans Main street à DisneyLand Paris, des vitrines à fil pour les
plus prestigieux magasins de France, les produits-symboles de marques mondiales...
Michel Taillis sest aussi ouvert sur le monde, excepté les USA et le
Canada, «mais volontairement» ; en revanche il est présent jusquau Japon,
Australie, Afrique, sur tous les continents, respectueux partout de normes très strictes.
«Mon secret ? La qualité de la peluche et celle du mouvement ; non
seulement la partie mécanique interne, mais laspect général que dégage
lanimal ; je crée le geste tendre et lent, ou vif, qui le rendra sympathique et
positif».
A Auchan de Dieppe, où ses automates étaient installés pour les fêtes, on
pouvait rester des heures à contempler les animaux...
500 automates sont vendus chaque année et il est le seul en France ; certains
se louent dune année sur lautre ; les grands magasins les achètent en
exclusivité...
Le succès ? «Oh, oui, et tant mieux pour nous et nos employés... Je
voulais rester pénard chez moi, cest raté !»
Dany DASNIAS |