Journal du 24 novembre 2000

Professionnels de la santé
Ils n'en resteront pas là !

Mardi soir, près de 70 professionnels de la santé étaient réunis pour faire le point sur les actions engagées en octobre. Ils n’entendent pas laisser les choses en l’état et prévoient de poursuivre leur mouvement pour que «leur désarroi» soit entendu. Le Collectif Médical Dieppois a été dissous au profit d’un collectif interprofessionnel et différentes actions «coups de poing» ont été décidées.

Dans la petite salle de réunion de la clinique Saint-Pierre, les chaises manquent. Mardi soir, ce sont près de soixante-dix professionnels de la santé, toutes branches médicales confondues, qui se sont donné rendez-vous pour décider d’actions communes à toutes les professions: «Le principe de la journée santé morte était la mobilisation interprofessionnelle. Le but était d’alerter le pouvoir politique avant la discussion du projet de loi de financement de la sécurité sociale. Il fallait agir auprès d’un représentant pour qu’il fasse remonter notre mécontentement aux politiques qui ne sont pas forcément au courant des problèmes que les mesures induisent sur le terrain. Après les actions, nous avons décidé d’organiser une réunion pour monter un collectif santé des professionnels de la région, représentatif de la santé auprès des caisses» indique un kinésithérapeute.

Chose dite, chose faite. Mardi, ils étaient 70 à écouter les conclusions des premières actions engagées et à penser au mouvement à venir : «Le 26 octobre, pour la journée santé morte, nous étions une cinquantaine devant la sous-préfecture. Une délégation interprofessionnelle devait être reçue par le sous-préfet mais a finalement rencontré le directeur de cabinet. Nous lui avons dénoncé la maîtrise comptable de la santé, les mesures prises par le gouvernement... On nous a écoutés calmement, il a même pris des notes, mais nous n’avons eu aucune retombée, aucun écho» résume un des médecins présents lors de la manifestation. En ce qui concerne les infirmiers, quoique plus impressionnante, l’opération escargot engagée le 24 octobre du rond-point des Canadiens jusqu’aux locaux de la CPAM, notamment, n’a pas eu plus de résultats.

Mardi, le rendez-vous était donc, avant tout, une réunion de travail. Chacun donne son opinion, ajoute une idée, échange des principes d’actions qui n’ont qu’un but: faire connaître le mouvement au plus grand nombre. «Il faut l’expliquer à nos patients, il faut informer les politiques et mobiliser les professionnels de la santé.»

Les télétransmissions stoppées

Pour que les revendications soient entendues, plusieurs actions sont proposées : «Nous pouvons faire la grève des soins et fermer tous les cabinets pour assurer uniquement les urgences», «Pourquoi ne pas appliquer le tarif syndical ?», «ou stopper toutes les télétransmissions». Les idées fusent mais certaines retiennent particulièrement l’attention: «Une grève prend en otage les patients, il faut 6 mois pour qu’elle fasse de l’effet et le sous-préfet a l’obligation de réquisitionner des cabinets. Quant aux tarifs syndicaux, c’est un peu compliqué. Combien y a-t-il de télétransmetteurs ici ?» Timidement, sur 70 professionnels, 17 lèvent le doigt. «Et la sécurité sociale annonce que 70 % des médecins de la région dieppoise télétransmettent» souligne, ironique, un des professionnels. «C’est parce que, dès lors qu’un médecin télétransmet une seule fois, pour essayer, il est considéré télétransmetteur» explique un autre.

La solution est pourtant retenue : «Toutes les télétransmissions des feuilles de soins payées par les assurés seront stoppées. Nous allons revenir aux feuilles de soins papier. En cas de retard dans les remboursements, les patients pourront aller se plaindre à la CPAM.»

Quant aux médecins qui ne télétransmettent pas, il est prévu de rendre illisible le numéro d’identification de chaque médecin, «un numéro qui permet aux caisses de faire des statistiques sur chaque médecin» explique un des médecins qui a déjà eu l’occasion de voir les difficultés rencontrées par les caisses lors de problèmes de lecture de ce numéro.

Si les professionnels veulent agir auprès des caisses, il s’agit également d’expliquer le mouvement au plus grand nombre. Des affiches seront donc imprimées ainsi que des tracts qui devront être distribués lors d’opérations coup de poing. Puisque, sans donner plus de précisions, les professionnels de la santé ont, en effet, l’intention de mettre en place une journée d’action.

Un collectif interprofessionnel

Mardi, le but était également de se mettre d’accord. «Il est intéressant que l’on décide d’actions communes pour agir auprès des caisses. Au dessus des normes syndicales, il faut créer un mouvement interprofessionnel. Il faut créer quelque chose sur Dieppe pour nous défendre nous-mêmes tous ensemble» précise un médecin.

Une idée qui mérite réflexion: «C’est dangereux de se couper de tout ce qui se décide au niveau national. Il faut rester dans un mouvement de masse» estime un biologiste. «Il s’agit d’être un relais, à Dieppe, pour le CNPS, le centre national des professions de santé, et du CDPS, le centre départemental» explique un médecin. «Il n’y a pas incompatibilité, souligne un autre, puisque seulement 1 médecin sur 15 est syndiqué.»

Dans la soirée, la décision est prise : le CMD, le collectif médical dieppois, est supprimé. Il faut dire que celui-ci s’était essoufflé : «Créé pour dénoncer les contrôles qu’exerçaient les caisses sur les médecins à la suite du plan Juppé, ce collectif a réuni, à la première réunion, quelque 85 médecins généralistes et spécialistes» explique le président du CMD.

Mardi, le bureau du CMD a donc été dissous et l’élection d’un nouveau bureau a été organisée pour prendre la tête du collectif de la santé. Celui-ci, qui réunit des représentants de toutes les professions médicales et para-médicales, est créé pour défendre les intérêts communs des professionnels. «Même si notre seul point commun est de soigner les mêmes personnes, nous luttons ensemble contre la gestion comptable de la santé, pour demander la mise en place d’une meilleure politique de santé, pour dénoncer le fait que les caisses ont tous les droits et nous, tous les devoirs.»

Les professionnels de la santé ont donc décidé de ne pas baisser les bras. Ils feront à nouveau parler d’eux dans quelque temps. La dernière semaine de décembre, du 26 au 31, une grève nationale est prévue pour tous les professionnels de la santé, mais à Dieppe, lors de la réunion de mardi, il a été prévu de ne pas attendre cette date. Affaire à suivre...

Sandra Beaufils


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