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Journal du 2 mars 1999
Arques-la-Bataille :
le plan social propose 35 licenciements chez Regma Ce matin, les délégués au comité dentreprise de Regma ont invité à une
table ronde le sous-préfet de Dieppe Francis Cavel, le sénateur Henri Weber, le
député-maire de Dieppe Christian Cuvilliez, le conseiller général du canton
dOffranville Jean Dasnias, le maire dArques-la-Bataille Guy Sénécal, et la
présidente de la chambre de commerce et dindustrie de Dieppe Evelyne Duhamel. A
lordre du jour: la situation de lentreprise dArques-la-Bataille en
redressement judiciaire depuis plusieurs semaines. Le plan social, on lattendait un jour ou lautre, mais on ne savait pas à quelle date précisément. Une réunion du comité central dentreprise était bien programmée pour jeudi 4 mars, mais elle est reportée au 8..." Dans les locaux du comité dentreprise, hier matin, la photocopieuse tourne à plein régime. Elle reproduit les soixante-treize pages de la "Note dinformation économique et plan social". Les délégués assemblent, vérifient..."On va essayer den diffuser un maximum pour renseigner le personnel", insistent-ils. Le document est important: cest lanalyse de la situation de Regma par la direction, et ses arguments pour justifier les licenciements proposés. "Nous avons bien du mal à avoir des contacts avec ladministrateur judiciaire nommé par le tribunal de commerce de Lyon", déplorent les délégués syndicaux, toutes tendances confondues. "Il ne cherche vraiment pas à nous rencontrer. Même son interlocuteur officiel, Philippe Seraffin, secrétaire du comité dentreprise, sen plaint". Quant au PDG du groupe, Jacques Sautereau, il évite de se montrer à Arques. Il craint certainement daffronter la colère du personnel. Sans doute la raison du choix de Nanterre pour la session du comité central dentreprise qui doit examiner ce plan social. "Il est évident que nous nirons pas à Nanterre lundi prochain", annoncent les délégués syndicaux. "Le siège de Regma, cest Arques-la-Bataille. Cest dans notre usine que doit se tenir la réunion". Une réunion au cours de laquelle les délégués diront non au plan proposé, naturellement. Comme pour P & ODepuis le dépôt de bilan le 8 janvier, la nomination de Me Sapin comme administrateur judiciaire, lautorisation de poursuivre les activités pendant six mois avec une nouvelle audience devant le tribunal le 17 mars, la situation ne sest pas améliorée chez Regma. "Les commandes diminuent, les approvisionnements également", remarquent avec amertume les syndicalistes. Et si le travail diminue, pourquoi garder tant de monde? Et ensuite, pourquoi même garder lusine? Ca ne vous rajeunit pas de quelques mois un tel enchaînement? P & 0 et la ligne Dieppe/Newhaven? On vous laisse libre de votre jugement mais on est près de le partager... Il est dailleurs significatif, le document remis aux délégués. On y apprend par exemple que le bénéfice net de la société REGMA na jamais été aussi élevé que lors de lexercice 1997/98: plus de 10.000.000 francs pour un résultat dexploitation de 28.600.000 francs, les bénéfices précédents étant de 360.000 f, de 418.000 f et de 928.000 f. avec des résultats dexploitation pratiquement dix fois moins élevés il est vrai (cest en 1997 que le groupe Hoechst a cédé son activité reprographie à Regma avec un chiffre daffaires de lordre de 300.000.000 francs sur les marchés dAllemagne et de lEst de lEurope). Mais lentreprise nétait donc pas déficitaire il y a un an... Regma explique son déclin subit par une impossibilité de satisfaire ces nouveaux marchés "tant sur le plan de la qualité que de la quantité", ce qui sest traduit "malgré les efforts de production" par un chiffre daffaires 97/98 de 28.591.000 f inférieur aux prévisions. "En conséquence, au cours de lexercice 98/99, labsence de moyens financiers prévus tant au niveau du fond de roulement que des investissements a conduit la société Regma à réduire son niveau dactivité...Elle sest trouvée en dessous de son point mort qui se situe autour de 320.000.000 f de vente par an". Les licenciements par atelierDepuis, donc, la situation sest dégradée. Alerte cet automne à Arques avec un retard dans les paiements, puis dépôts de bilan de filiales du groupe, Photogay par exemple, étant actuellement, selon les syndicats, occupée par le personnel qui vient de recevoir sa lettre de licenciement. Arques fait partie du même mouvement... Et cette mauvaise pente se traduit donc par ce plan social. Concrètement il est proposé 35 licenciements:
"On ne comprend pas pourquoi on veut toucher à latelier RTT, le plus porteur pour lentreprise", sétonnent les délégués. Le plan répond que les réductions de postes au sein de cet atelier doivent permettre den améliorer la productivité et donc de rester rentable dans un contexte de baisse des prix du marché" A Nanterre, les 5 licenciements projetés toucheraient 3 agents technico-commerciaux, 1 assistant des ventes export et 1 magasinier. "Ce qui est encore plus inquiétant", notent les syndicalistes "cest que, à côté du nombre de 40 licenciements il a été mentionné "Ce chiffre reste à préciser." Cette annotation nest pas gratuite. Elle nous fait redouter le pire. Pour nous, il ne sagit que dune première vague de licenciements, que dune première étape. Si on ne réagit pas, lhémorragie ne va être stoppée et cen sera fini tout au moins pour la production". Cest pas bon pour les statistiques de lANPEDans le temps, ce projet de licenciement économique collectif sera exposé au comité central dentreprise du lundi 8 mars... si la réunion se tient, vu la position et la détermination des élus de Regma-Arques. Ensuite, en fonction de la désignation ou non dun expert-comptable, une nouvelle réunion du CCE sera organisée. Les comités détablissements auront droit au même exposé le 9 mars. Puis la société procèdera à la saisine du juge-commissaire en vue de lautorisation du prononcé des licenciements. Et quand celui-ci aura donné son feu vert, les licenciements seront prononcés. Procédure accélérée, selon les syndicats, dans le cadre dune entreprise en redressement judiciaire. Ce qui est justement le cas de Regma... Le plan social prévoit aussi les traditionnelles mesures daccompagnement pour faciliter la reconversion du personnel licencié. Ainsi sont proposés...4 postes au sein du groupe. Même P & 0 avait fait mieux. On trouve aussi la panoplie des aides à lincitation au départ, à la création dentreprise, la mise en place dune cellule de reclassement, la convention de conversion et la convention dallocations spéciales pour un départ en pré-retraite... Le bassin de Dieppe, dans le domaine du chômage, avait, hélas, lautomne dernier, récupéré la pole-position régionale. Ce ne sont pas les 68 licenciements de P & 0 et les 35 licenciements de Regma qui vont lui permettre de renverser la tendance! "Tout cela", conclut un syndicaliste de Regma, "cest une incitation à se battre plus quà sen aller..."
Denis LEPRETTRE nos archives recherche accueil |
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