Journal du 18 décembre 1998

La CCID en butte aux professionnels dieppois
Faut-il un hôtel de plus dans l'agglomération ?

«Si la chambre de commerce maintient sa décision d’autoriser un hôtel de plus dans l’agglomération, on va se fâcher.» Et Gérard Tanvet n’est pas président à se laisser faire. Tout comme les autres hôteliers dieppois il ne comprend pas pourquoi la CCID, sensée défendre les intérêts du commerce local en général et de ses adhérents en particulier, veut les poignarder alors qu’ils se débattent dans une situation financière d’autant plus délicate que les services fiscaux leur ont joué un sale tour en triplant cette année, pour les établissements du front de mer, leur taxe foncière. C’est un hôtel de chaîne de 60 chambres qui est programmé: un Bed & Breakfast. Aux Vertus. Sur un terrain propriété de la chambre de commerce!

Et trois points de moins pour Yvan...» L’assistance sourit. En commentant avec son retroprojecteur des transparents évoquant la situation de l’hôtellerie dans l’agglomération dieppoise, le technicien a prononcé quelques paroles de trop: le projet B and B. Un secret de polichinelle mais le responsable du département Hôtellerie-tourisme au sein de la chambre régionale de commerce et d’industrie se fait reprendre: moins on en parlera, mieux ça vaudra. Car le dossier, manifestement, passe mal dans les milieux professionnels concernés.

B and B, on ne connaît pas sur Dieppe. Mais la chaîne a déjà un hôtel à Rouen. Et cette implantation à Dieppe lui sied. Près des autres comme le Marmotte ou le Climat qui a fermé ses portes il y a quelques semaines.

La CCID est encore propriétaire de terrain dans ce secteur. Et c’est apparemment en face de Sodineuf-Habitat normand, non loin de l’église adventiste, que cet hôtel deux étoiles serait édifié. «Rien n’est fait», s’empresse-t-on de faire remarquer à la Chambre de commerce. «Le terrain n’est pas vendu. Tout dépendra du vote de la CDEC.»

Devant la CDEC

Effectivement, le dossier doit être au préalable examiné et approuvé par la commission départementale d’Equipement commercial car il dépasse trente chambres. La date du passage le mardi 12 janvier. Il ne devait s’agir que d’une simple formalité puisque les délégués dieppois étaient a priori d’accord: la CCID puisque c’est elle qui fera la promotion du dossier, et la mairie parce qu’elle n’avait jusqu’à ces jours derniers aucune raison de faire de peine à la chambre de commerce au moins sur ce dossier là. A charge de revanche, au Belvédère, pour Conforama. C’était le calcul espéré. On sait ce qu’il en est désormais: lundi, la Chambre a voté et la majorité s’est prononcée contre la venue de Conforama (Lire Les Infos de mardi dernier). Le délégué de la CCID votera donc contre le 12 janvier.

«Jean-Paul Lalitte m’avait promis une réunion d’information sur ce dossier et je l’attends encore» proteste Gérard Tanvet qui a alerté la fédération départementale de l’industrie hotelière d’autant plus facilement qu’il en est le président départemental. «Il s’agit d’un hôtel dit économique, avec un minimum de personnel bien sûr», reprend le patron de l’Hôtel Windsor. Alors pourquoi cette tentation?

Parce que la trésorerie de la CCID est exangue. Et que vendre un terrain, effectivement dans un secteur approprié, constituerait certainement un ballon d’oxygène.

Remarquez d’ici le 12 janvier on a encore le temps de négocier.

2 CONTRE, 1 POUR

Trois dossiers seront proposés lors de la réunion de la commission départementale d’équipement commercial du 12 janvier. Voici quel sera le vote du délégué de la chambre de commerce et d’industrie de Dieppe (1 voix sur 6) :

- CONFORAMA : Ce sera NON. «On a étudié le dossier, rencontré les promoteurs, envisagé les conséquences», commente Jean-Paul Lalitte. «Après discussion, la majorité a tranché». La CCID redoute apparemment que l’arrivée de Conforama dans une moitié de l’ancien Mammouth ne se traduise ensuite par une occupation progressive de tout le bâtiment. Il semble d’ailleurs que l’avis aurait peut être été différent si Conforama avait choisi de s’implanter dans des nouveaux locaux n’autorisant pas une éventuelle extension discrète.

- AUCHAN-JARDINERIE : Ce sera NON. «Les pépiniéristes du secteur étaient inquiets, ça pouvait les désorganiser», reprend Jean-Paul Lalitte. «Et pour nous il s’agissait d’une extension déguisée».

- HOTEL B & B : Ce sera OUI. Après une discussion vive. «La CCID n’est pas persuadée que la naissance d’un Hôtel 1 étoile aux Vertus puisse porter préjudice aux hôtels du front de mer», analyse Jean-Paul Lalitte. La fédération de l’industrie hôtelière suggérait, elle, un report du projet.

Capacité stable avec près de 800 chambres

587 chambres en 1989, mais 807 en 1992 et actuellement 798, avant la fermeture du Select et de ses 24 chambres au début du mois de décembre: après le grand bond en avant généré par l’arrivée dans l’agglomération des hôtels de chaîne au début de la décennie (30% de la capacité hôtelière il y a six ans), la situation s’est incontestablement stabilisée. Les chaînes représentent au dernier recensement 36% de la capacité et les indépendants 64%. A Rouen, par exemple, les proportions sont inversées: un hôtel indépendant pour deux hôtels de chaîne.

De 1992 à 1998, parmi les créations on compte l’Europe, boulevard de Verdun (60 chambres en 2 étoiles), le Campanile (47 chambres 2 étoiles) le Tourist’ Hôtel (1 étoile). L’Ibis centre, rue Claude Groulard (49 chambres 2 étoiles) a perdu une étoile en devenant il y a quelques mois Etap Hôtel.

Le Select, place du Faubourg de la Barre (24 chambres), l’Univers et l’Epsom (3 étoiles) ont fermé. Dans la catégorie disparition/déclassement figurent aussi le Gambetta/Dieppe et les Falaises/Quiberville (2 étoiles), le Pontoise/Dieppe, le Normandy/Hautot, le Cerf/Les Grandes Ventes et la Terrasse/Hautot (1 étoile).

On reste donc à près de 800 chambres.

Denis Leprettre


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