Journal du 15 septembre 1998

Dieppe capitale du cerf-volant: c’est déjà fini.
Rendez-vous en l'an 2000

Les rabat-joie peuvent toujours estimer que pluie et vent violent ont gâché la fête lors du dernier week-end, que le géant O-Dako ne fut pas assez souverain...

C’est qu’ils sont aveugles. Car, dans l’humidité ambiante, des dizaines de milliers de personnes ont vécu samedi et dimanche au rythme des sourires des cerfs-volistes.

Vivement l’an 2.000 ! C’est décidé: la fête pour le 3ème millénaire sera cerf-voliste ou ne sera pas et durera toute l’année.

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(Quelques extraits de nos pages)

Coupe du monde de cerf-volant acrobatique
Afterschock (Japon) d’un souffle devant Kéops (France)

Deuxième, c’est parfois la pire des places. Surtout dans une coupe du monde. Deuxième, c’est le résultat du team français Kéops, battu d’un souffle de vent par les japonais d’Afterschock dans la 9ème coupe du monde cerf-volant acrobatique. Avec Pierre Marzin, leader de l’équipe et déjà vieux routier des compétitions internationales, Nicolas et Sylvain Grez, jumeaux et partenaires, Jean-François Aumont, le team Kéops a pourtant fait la démonstration de virtuositié attendue. A l’issue de l’épreuve de figures imposées, les quatre français aussi sympathiques et rieurs qu’efficaces et créatifs, abordaient même la deuxième épreuve, le ballet, avec une avance confortable.

Mais les Afterschock ont réussi à les passer, de peu, puisqu’ils totalisent 76,5 points contre 75,6 à Kéops. Les 3èmes, un autre team français, champion de France en titre, Lung Ta, obtiennent 74,2 points. Reste cependant que le jugement, s’il est apporté par une équipe de professionnels intégres et indépendants, peut être porté à caution. Le podium de cette coupe du monde par exemple est composé de trois équipes non similaires. Le team Afterschock comporte six pilotes, Kéops quatre et Lung Ta trois. Peut-on, sur un ballet, juger normalement les figures, évidemment plus riches et diversifiées de six pilotes, face à celles composées par les teams à quatre ou trois pilotes ? Difficile à dire. Peut-être une affaire de règlement à ré-ajuster.

Il n’en reste pas moins que chacun des teams a reçu l’ovation qu’il méritait, et les démonstrations des premiers de cette coupe du monde ont été suivies par des milliers de paires d’yeux émerveillés dimanche, entre les averses, et malgré un vent violent rendant ce type de prestations très difficiles à réaliser pour les cerfs-volistes.

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Fugace et impressionnant
L’O-Dako élevé par la volonté inlassable de ses "cerfs-vants"

Un grand "Ah..." s’est élevé dans l’impressionnante foule qui n’attendait que cela. Puis un "Oh..." attristé quelques minutes plus tard lorsque, pris par ce vent tourbillonnant qui n’a cessé de pourrir le dernier week-end du festival, l’O-Dako géant est retombé au sol, brisant quelques vergues de bambous. C’était la 4e tentative d’envol de la journée. Ce fut la bonne. Ces quelques minutes "géantes" - car les conditions météorologiques comme nous l’expliquions dans notre édition de vendredi n’étaient guère favorables à ce cerf-volant fabriqué en papier et en bambou - avaient pourtant quelque chose de symbolique. Et d’extrêmement réjouissant.

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Avec une volonté inlassable, une abnégation exemplaire, les 25 cerfs-volistes japonais, des "cerfs-vants" dans le sens le plus noble de ce mot, aidés par plusieurs dizaines de volontaires, ont remis chaque fois l’envol sur l’ouvrage. Réparant les bambous, renouant les croisements, roulant et re-déroulant le géant chaque fois qu’une averse violente risquait de ruiner son décollage. Si de tels cerfs-volants peuvent demeurer plus longtemps dans le ciel (le record est un vol de plus de deux heures), l’apparition rapide de celui-ci dimanche, dans des conditions qui n’auraient pas permis d’envisager une telle tentative au Japon, a témoigné de cette riche fraternité entre tous ceux qui se sont réunis pendant ces dix jours, à Dieppe.

La délégation japonaise n’aurait pas imaginé un seul instant ne pas essayer un envol, au risque de briser son cerf-volant. Un cerf-volant offert à Dieppe. Le gage d’une étonnante richesse de coeur. Civilisations, religions (un prêtre bouddhiste scanda des incantations de protection et d’appel au vent pendant toute les tentatives), ou réalités sociales peuvent être différentes.

Un lien de plus s’est tissé grâce au festival, et à l’O-Dako pour lequel des cerfs-volistes experts étaient venus des quatre coins du monde. Ces derniers ont écouté comme des enfants à l’école les conseils des Japonais.Pour tous, cela méritait quelques minutes d’impossible.

Les voeux des enfants sur l’O-Dako
"Je voudrais..."

"Je voudrais qu’il n’y ait plus de guerre en Algérie." "Je voudrais que les enfants arrêtent d’être exploités." "Je voudrais qu’il n’y ait plus d’attentats et de guerres dans le monde". Avez-vous déjà entendu rêver un enfant ? Avez-vous déjà demandé un voeu à un enfant quand la première hirondelle arrive, quand une poussière de lune se pose sur son nez, quand il réussit à écrire son nom pour la première fois ?

Si oui, vous savez déjà que les enfants pensent beaucoup à faire du monde une grande plaine de jeu où on n’est jamais d’un côté de la guerre ou de l’autre, où on se tolère, et plus souvent encore, où on s’aime les uns les autres sans notion de compassion, de sacrifice ou de conviction. Elles étaient quasi toutes de cette nature, les "neigafuda" (étiquettes de voeux) collées sur le grand O-dako japonais envolé un court instant dimanche dans le ciel de Dieppe.

Environ 1.200 étiquettes ont été remplies par les enfants de la région dieppoise. Celles qui, faute de temps, n’ont pas pu être collées au cerf-volant, partiront au Japon où elles seront fixées au prochain O-Dako que les cerfs-volistes d’Yokaichi construiront. Parfois, cela prend des aspects si touchants, fonction de l’âge de l’enfant, qu’on espère bien qu’un voeu primordial puisse être réalisé: qu’ils conservent, en grandissant, ce coeur d’enfant qui leur fait espérer que "les petits lapins ne meurent pas trop vite", "qu’il n’y ait plus jamais de pétrole dans la mer", "plus de violence", "plus de méchants".

Reportage et photos Eric Sénécal


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