Journal du 7 mai 1999

Max Gaillard s'écarte, le bureau est à renouveler
Dieppe Capitale du cerf-volant :
comprendre pourquoi le vent tourne

Il n’y a pas crise, il y a changement dans l’association Dieppe capitale du cerf-volant, qui gère le festival international de Dieppe. Ce changement s’annonce cependant profond, tant pour les hommes puisque Max Gaillard, son délégué général, créateur de l’événement, a choisi d’être moins présent pour l’organisation du festival 2.000 (1), Yves Lavieuville son président décide lui-aussi de prendre du recul pour des raisons personnelles (2), Françoise Vazel, trésorière, démissionnant comme elle l’avait annoncé dès son arrivée dans le bureau (3), changement de visages donc, et changement sur le fond. Au fil des années, la manifestation a évolué. Découverte à son origine, réunion conviviale de fondus d’une activité alors méconnue, le Festival a pris, quelques éditions plus tard, un rythme de croisière de plus en plus élevé pour devenir l’événement bisannuel le plus important de la région.

«C’est une situation très difficile, reconnaît Yves Lavieuville, puisque, à partir d’une équipe extrêmement réduite, il faut un développement maximum pour permettre à l’événement d’exister pendant une dizaine de jours.» C’est à dire établir des relais, mettre en branle des partenaires, des subventionneurs, des bénévoles, des prestataires de services aux capacités parfois très spécifiques (comme traducteur de japonais, transporteurs de cerfs-volants géants.).

«L’association ne bâtit pas un projet pour se faire plaisir, explique Yves Lavieuville, mais pour le rayonnement de Dieppe et de toute la région. Lors de notre assemblée générale d’avril, nous avons convenu qu’il était nécessaire de résorber au plus vite le déficit de la précédente édition.» Un déficit structurel, lié à la fois à la baisse de la subvention Feder qui ne se base plus que sur 50 % des dépenses avérées de communication et de publicité, à l’absence d’augmentation de celle du conseil régional malgré les promesses, à une perte de recettes liée aux conditions météorologiques détestables. Une avance de trésorerie de la part de la Ville de Dieppe devrait permettre cette résorption... Mais c’est autant de moins pour le projet 2.000, que la municipalité souhaite être l’événement majeur pour le changement de millénaire.

Assurant de sa subvention, en augmentation l’an dernier, la ville de Dieppe poursuit ce projet, et a renouvelé à l’association son soutien. Il reste néanmoins que le Festival de Cerfs-volants a mué. Réunion de copains à l’origine s’ouvrant sur la découverte et le simple plaisir, ce festival, comme d’autres, est aussi devenu un show, où les cerfs-volistes se présentent de plus en plus comme des invités, à qui on doit quelque chose. Une manière d’appréhender les participants qui mérite d’être prise en compte.

Quant au budget, ouvert l’an dernier à la participation de partenaires privés, il doit aussi devenir un axe de négociations quasi commerciales. Si une subvention publique n’entraîne pas de contraintes excessives pour un organisateur, les aides privées apportent l’idée de «retombées». Ce travail, l’actuel directeur du Festival, Serge Gaillard, a su le mener à bien lors de la précédente édition. Et son rôle sera reconduit, avec un CDD signé en juillet, couvrant la période 1999 depuis cette date jusqu’au 31 décembre 2000, poste qui complète l’emploi-jeune au service de l’association créé l’an dernier.

Il reste, prévient Yves Lavieuville, que «nous sommes à une charnière par rapport à la formule du festival, y compris à l’intérieur même de l’association qui voit évoluer ses bénévoles, ses membres de droit, ses membres associés, ses membres cooptés...» Articuler le tout ne sera pas une mince affaire pour le futur bureau. Un bureau qui sera sans doute connu fin mai, à l’issue du conseil d’administration où devrait être établi le budget prévisionnel et le projet pour 2.000. A condition que «l’événement 2000» annoncé par la ville de Dieppe soit compatible avec la couverture financière qui sera donnée à l’association pour le réaliser.

(1) L’annonce a été faite en assemblée générale, Max Gaillard, très pris au Théâtre d’Arras dont il assure la direction depuis son départ de Dieppe, sera de toutes façons sur les pelouses de Dieppe en 2 000. Il apprécie tellement le spectacle, qu’il ne le manquera sous aucun prétexte.

(2) Raisons qui ne sont en aucun cas d’ordre conflictuel, précision utile compte-tenu de la situation actuelle à Dieppe autour de la restructuration de la politique de la Ville.

(3) Elle avait été nommée membre de droit en 1991, représentant en compagnie de Jacques Ameline le conseil municipal dans l’association. Pour ses compétences et ses qualités de bénévole, elle était passée dans le collège des membres cooptés, à la demande d’Yves Lavieuville, pour poursuivre sa gestion des comptes de l’association, qu’elle laisse clôturés et en parfaite régularité.

Départ de Daniel Gillet, directeur de Dieppe scène nationale

Une promotion à échelle humaine

Jusqu’à la fin de l’été, Daniel Gillet demeure le directeur de la scène nationale de Dieppe, poste qu’il assure depuis 8 ans. Au fil de la conversation cependant, il insiste: «on a tous dirigé la maison.» Et dans cette phrase, c’est un peu toute l’action menée par Daniel Gillet qui se résume: la direction, dans le sens de marcher ensemble vers quelque part, a été assumée par tous, «à ma charge de trouver la cohésion et voir si la ligne objective était suivie ou pas», et l’idée de «maison», habitée, aux fenêtres qui s’ouvrent sur le monde. «Mais ce n’est qu’au bout de quatre ans qu’on a commencé à parler d’action culturelle pour la première fois...»

Il n’importe. Aujourd’hui, par l’entremise d’une petite annonce professionnelle issue du ministère de la Culture, Daniel Gillet va prendre l’une des quatre directions préfigurant le Centre national de la danse, qui verra ses locaux installés en 2002-2003, du côté de Pantin, près de la Cité de la musique, de la Villette. Il prend en charge la maison des compagnies et des spectacles. Grosso-modo, ce sera la gestion des résidences, l’aide à la création, le prêt de studios, des aides parfois financières, l’ouverture aux publics, à la diffusion... La danse, les compagnies, les artistes en lien direct... Une réelle promotion pour le directeur de DSN, humaine. «Ca tombe dans ce que j’aime faire, commente-t-il, avec une plus grande ampleur.»

S’il est heureux de ce qu’il ne pensait pas forcément obtenir en posant sa candidature, il ne fait pas non plus montre d’un enthousiasme délirant. «Quitter DSN, la maison, les personnes, c’est quelque chose quand même...» Et on sent bien que l’émotion pourrait affluer s’il se laissait prendre. Après huit ans et deux projets pour «la maison», Daniel Gillet avait déjà songé au 3ème axe de travail, «ce qu’a été le second mais avec plus d’effort sur l’action culturelle et l’aide à la création. Il n’y aurait pas eu de révolution, mais une affirmation de la spécificité de ce lieu, probablement avec une ouverture plus large sur la région et l’Europe.»

Et la durée ? Le bilan ? «On ne peut pas, nous en faisons régulièrement, et toute l’équipe n’est pas dans une attitude de bilan. Tout ce qu’on voulait a été au moins dessiné. Cela n’a été dû que grâce à une cohésion incroyable de l’équipe autour des projets, à laquelle se sont ajoutés des relais et des artistes qui ont oeuvré au niveau national pour faire de cette maison un lieu reconnu.» Lieu de choix, d’émotions violentes pour le directeur, de déceptions. «Sur des spectacles, oui, évidemment. Mais ce qui prévaut, je le dois à tous les adolescents qui ont dit des choses ici. Les lycéens d’Ango avec leurs ateliers de recherche théâtrale, de Mesnières, ce public jeune debout devant Merce Cunningham...» Ah, voilà, le grand nom est lancé. Là aussi, il ne faut pas trop demander à Daniel Gillet de s’attarder... «Imaginer voir Cunningham dans l’établissement où je travaille... et tous ces gamins debout qui l’ovationnaient...»

Un grand bonheur, partagé avec un public, à Dieppe, qui n’aurait sans doute jamais imaginé autant aimer et attendre des spectacles de danse contemporaine.


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