Journal du 20 octobre 1998

Nouveaux comportements des consommateurs
C'est bon, c'est bio !

Le profil un tantinet «soixante-huitard», végétarien, qui a longtemps collé à la peau du consommateur bio n’est aujourd’hui plus d’actualité. Qu’ils soient jeunes ou âgés, ils sont en effet de plus en plus nombreux à sélectionner leurs produits et à se tourner vers des aliments bios. La crise de la «vache folle» en 1996 n’a fait que confirmer un nouveau comportement dont les prémices remontent au début des années 90.

Ras-le-bol de l’agriculture «intensive» qui fabrique des produits insipides que l’on retrouve du 1er janvier au 31 décembre dans les rayons des magasins, sans respect des saisons. Assez des produits génétiquement transformés pour faire beau. Face à l’accroissement des intoxications et allergies alimentaires au cours de ces dernières années et devant les graves conséquences de la «vache folle», les consommateurs ont tiré la sonnette d’alarme, faisant du coup comprendre aux producteurs et plus encore aux industriels de l’agro-alimentaire qu’ils étaient allés trop loin.

Depuis ces dernières années, on essaie de se réconcilier avec le terroir et de revenir vers des produits au goût plus authentique. Du même coup, on se préoccupe un peu plus de savoir comment ces produits que l’on consomme sont élevés ou cultivés, les campagnes en faveur de l’Environnement commencent à influencer. Plus encore, on commence à comprendre que les aliments ont une influence certaine sur la santé et qu’ils peuvent devenir du même coup des «alicaments». Manger bio, c’est le contraire du manger n’importe quoi et n’importe comment. Cela devient un choix de citoyen prôné de plus en plus par les 30/50 ans, les consommateurs les plus actifs dans ce domaine.

On comprend désormais pourquoi dans les grandes surfaces les rayons bio se développent à vitesse grand V. La distribution est actuellement en pleine révolution mais attention au phénomène de mode. Le bio, c’est un mode de vie et de conscience qu’il ne faut pas souiller au service du «profit» commercial. De ce point de vue, Rachel Frély, auteur du Guide du consommateur bio tire la sonnette d’alarme.

Attention aux arnaques

Rachel Frély est originaire du Pays-de-Caux, d’un petit village situé près de Bacqueville-en-Caux. Outre ses collaborations aux Informations dieppoises, elle est journaliste spécialisée dans le domaine de l’alimentation biologique et de l’homéopathie, et vient d’écrire un Guide du consommateur bio  aux éditions Josette Lyon qui a le mérite de permettre au lecteur de l’aider à reconnaître, choisir et consommer les vrais aliments bio.

«N’est pas bio qui veut!», écrit-elle. La tendance chez le consommateur est de faire un amalgame entre les produits bio, les produits dits «naturels» ou «diététiques». Dans ces conditions la porte est ouverte aux abus comme «les mentions sans traitement après récolte ou bien exempt de pesticides qui ne présentent aucune garantie, ou bien encore les yaourts dénommés «bio» tout simplement parce qu’ils contiennent du bifidus et ne sont en aucun cas fabriqués à base de lait biologique»,, précise-t-elle.

Fruit d’un important travail de recherche, ce guide remet les pendules à l’heure et constitue un bon livre de chevet pour tout consommateur bio, qu’il soit novice ou non. Elle y définit ce que sont réellement les produits bio avec leur mode particulier de culture (sans pesticides de synthèse, sans engrais chimiques et sans herbicides!), leur règlementation stricte, les trois organismes agréés en France (Ecocert, Qualité France et AFAC-ASCERT International), les différents labels existants comme le Label Rouge, AB, AOC, la certification de conformité et la dénomination montagne.

On y retrouve également les grands principes de l’agriculture biologique, quelques adresses (non suggestives) de magasins spécialisés dans les produits bio, mais également et surtout un lexique très intéressant de tous les produits biologiques que l’on trouve actuellement sur le marché, avec des «clés» pour apprendre à les reconnaître sans se faire abuser et quelques informations sur ce qu’ils apportent sur le plan nutritionnel. Pratique et judicieux!

Enquête Murielle PICARD

Jean-Yann Tissait du magasin «L’asticot bio» au 9, rue d’Ecosse
«Manger bio ne doit pas être une mode mais un état de conscience !»

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Jean-Yann Tissait a deux magasins spécialisés dans la commercialisation de produits biologiques : «Grain de soleil» à Rouen et «L’asticot bio», rue d’Ecosse à Dieppe. Un libre-service qui sent bon la cire naturelle, très chaleureux avec ses rayons en bois naturel et on on trouve tout ce dont le consommateur bio a besoin dans son quotidien: fuits, légumes, produits frais, viande, pains au levain, céréales, produits d’entretien pour la maison et cosmétiques 100 % naturels non testés sur les animaux !

Outre la qualité, Jean-Yann Tissait et son épouse Catherine prônent avant tout la qualité de vie et la convivialité. Chez eux, les clients sont des amis qui partagent la même éthique, celle du respect d’une vie naturelle, authentique, respectueuse de l’Environnement. On comprend le succès des comptes adhérents qui ont permis de fidéliser l’ensemble de sa clientèle depuis plusieurs années. La vague «bio» n’a pas eu de répercutions outre mesure si ce n’est une légère remontée depuis la crise de la «vache folle» en 1996. «70 % de mes clients sont des convaincus!», souligne-t-il. Parmi eux, une majorité d’enseignants et de personnes représentatives. du milieu administratif dans la tranche d'âge 35/50 ans. Mais également des RMIstes qui, avec peu de moyens, ont opté de manger bio. «Car manger bio n’est pas forcément manger plus cher, c’est consommer différemment, faire haro sur le superflu!»

Certains viennent pour une question de santé, mais beaucoup selon un mode de conscience, une ouverture d’esprit différente. «Il est important que l’être humain retrouve une prise de conscience dans sa façon de consommer! Il en va pour l’avenir du bio qui, s’il devient une mode uniquement commerciale, risque de se perdre au profit de l’argent!»

Jean-Yann Tissait avoue être inquiet par un développement trop rapide de la consommation bio qui, en devenant un nouveau produit commercial, pourrait se trouver bouleversée et perdre de son éthique. «Actuellement la règlementation est stricte mais si on décidait de diminuer le cahier des charges, ce serait la porte ouverte aux abus et à une perte de qualité».

 

Polysteam lance "Saveurs et légumes"
Invention innovante dans le domaine des produits vendus en rayon frais
"Produits nouveaux vendus en rayon frais", voilà comment James Coupé -l'inventeur - définit le process qu'il a mis sur pied pour "Polysteam" et "Saveurs légumes", dont l'usine expérimentale a été inaugurée le 1er octobre dernier à Paluel. C'est un concept innovant en matière de cuisson industrielle qui risque de révolutionner le marché de la 5ème gamme et les industries de l'agro-alimentaire.

Le principe de l'invention de "Polysteam" et "Saveurs légumes" réside notamment dans la maîtrise de la vapeur saturante au-dessous de 100°C qui permet de cuire en sachet, selon le principe du sous-vide, toutes sortes d'aliments, qu'il s'agisse de légumes, de fruits ou bien de viandes. Soutenu par l'ANVAR, le CRITT et le District de Paluel, ce nouveau process a l'avantage de donner une précision et une homogénéité des produits (goûts basiques et naturellement de première qualité), auxquelles s'ajoutent un allongement intéressant de la Date Limite de Consommation (DLC). Concrètement, "Polysteam" et "Saveurs légumes" ont mis au point un système de cuisson qui permet de réaliser des produits à la qualité gustative correspondant à un produit frais, tout en prolongeant leur durée de consommation! Pour une température de conservation comprise entre 0 et 3°C, la DLC peut être valable sans risque jusqu'à 150 jours.

Un clapet révolutionnaire

Outre le système de cuisson en ambiance sous-vide à basse température, l'originalité de l'invention de James Coupé réside également dans le clapet d'emballage mécano-thermo-fusible qui crée un contre pression au cours de la cuisson des aliments. Ce système exclusif sera vendu en même temps que le process qui a déjà été présenté à quelques-uns des grands groupes spécialisés dans l'agro-alimentaire. "Les retours sont positifs, deux grosses sociétés sont très intéressées", déclare James Coupé sans vouloir préciser qui. Le process, qui a le mérite d'être à la fois rapide et économe en énergie, peut s'avérer intéressant pour des sociétés comme Bonduelle ou bien Lunor, spécialisée dans la cuisson des légumes sous-vide.

Pour l'heure, James Coupé poursuit ses recherches avec l'aide de deux jeunes BTS spécialisés dans l'agro-alimentaire, afin de mettre au point deux produits réputés pour n'avoir jamais été maîtrisés jusqu'alors : l'asperge et le maintien de la chlorophylle dans les légumes verts comme les petits pois ou les haricots verts.

Face à la baisse d'intérêt des consommateurs pour les produits en conserve et la stabilisation des produits surgelés, le process "Saveurs légumes" ouvrent de nouvelles perspectives sur le marché de la 5ème gamme et devrait trouver rapidement une place de choix dans les grandes et moyennes surfaces et les différentes chaînes de restauration.


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