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Journal du 10 mars 1998 Cité des Bruyères : Sodineuf souhaite renouer le dialogue Trop longtemps absente du quartier des Bruyères, Sodineuf HLM souhaite occuper à nouveau le terrain. Dautant plus quun vaste programme de réhabilitation est prévu pour 1999. Un projet auquel la population devrait être associée. De son appartement, elle a vue sur Puys, Petit-Appeville, Hautot et Offranville. Depuis trente-deux ans, Liliane Cacheux vit à la cité des Bruyères dans limmeuble Corneille. Un immeuble rouge. A la question : "Avez-vous envie de déménager ?", Liliane répond "non" sans hésiter. Dans son F4, elle a de lespace pour vivre avec sa fille et sa petite-fille. Pour recevoir ses trois autres enfants et leurs amis. Limmeuble est propre, les boîtes aux lettres sont intactes et elle sentend bien avec ses voisins. Lendroit est calme, "on se croirait presque à la campagne", confie-t-elle. Quelques centaines de mètres plus loin, la musique funk bat son plein dans un appartement du Balzac. Une vingtaine de jeunes discute au pied de limmeuble. Un immeuble blanc. Aux Bruyères, on fait la distinction entre les immeubles rouges et les immeubles blancs. Entre ceux qui ont été entièrement rénovés en 1994 et ceux qui ont eu "une partie de leur façade simplement repeinte pour que de la route ça fasse propre", dénonce une mère de famille. Au Petit-Prévert, elle retrouve ses amies qui, comme elle, viennent participer aux activités de leurs enfants. Elles sont une petite dizaine à se réunir ainsi chaque après-midi. Elles vivent aux Bruyères depuis dix, quinze, vingt ans. Remplacer les baraquements A la cité des Bruyères, les maux rencontrés par les familles sont les mêmes quailleurs : le chômage et des difficultés de vie. A cela, il faut ajouter des problèmes de voisinage et de tension entre générations. "Le quartier sest construit entre 1966 et 1974. Il sagissait pour la commune de reloger les familles du camp de transit installées dans des baraquements en bois à la périphérie de la ville après la Seconde Guerre mondiale", explique Reynald Vergnory, directeur du foyer Duquesne. En moins de dix années, quinze HLM (habitation à loyer modéré) voient le jour et trois cent vingt-huit logements sont proposés. Un médiateur facilite le déménagement des familles qui "passent dune situation horizontale à une situation verticale dans des immeubles pas finis avec des matériaux à moindre coût", poursuit le directeur. Les bâtiments vieillissent mal. Lisolation est mauvaise. La population nest pas réellement préparée à vivre en collectivité. La cohabitation devient difficile. "Le moindre bruit dérange tout le monde. Personne na le sentiment dêtre vraiment chez soi, doù des conflits permanents", témoigne une habitante. De petits conflits qui "finissent par rendre les gens agressifs", ajoute-t-elle. Un sentiment dabandon Une agressivité qui se traduit par des dégradations dans les cages descalier. En 1993, dix immeubles sont entièrement rénovés "avec des conditions techniques meilleures et des produits de qualité", souligne Henry Gagnaire, directeur de Sodineuf. Ils deviennent les "immeubles rouges". Les cinq autres - Chenier, Buffon, Balzac, Lilas et Mimosas ont subi un lifting entre 1981 et 1983. Une fois encore, le matériel utilisé est peu solide et ne résiste pas : les portes des halls dentrées et les boîtes aux lettres sont saccagées à plusieurs reprises. Sodineuf abandonne la partie. Lécart entre les "rouges" et les "blancs" se creuse. Faute de boîtes à lettres, les habitants des immeubles blancs sont obligés de se rendre à la poste chercher leur courrier. Le sentiment dabandon est fort. "Cest vrai, les jeunes dégradent. Mais cest linactivité et le chômage qui les rendent comme ça." Même si Liliane Cacheux ne cherche pas à excuser le comportement des jeunes, elle peut le comprendre. Dautant plus que "la municipalité ne répond pas à leurs attentes. Ils ont demandé un local pour pouvoir se retrouver. On leur a construit un kiosque ouvert divisé en trois parties où le vent sengouffre. Résultat : ils ne lutilisent jamais. A la ferme des Hospices, il y a un jardin denfants, une salle pour les adolescents et nous, nous sommes toujours les derniers servis. Même les boîtes aux lettres que Sodineuf vient enfin de remplacer, elles ont été récupérées dans des logements de Neuville", ajoute un habitant. Occuper à nouveau le terrain "La critique que lon peut se faire, cest davoir été totalement absent du quartier des Bruyères", avoue Henry Gagnaire. "On avait un peuplement particulier et on a baissé les bras devant les dégradations répétées." Pour le directeur de Sodineuf, "le véritable enjeu cest dêtre à nouveau présent dans la cité." Aussi, avec laide de la ville un vaste projet de réhabilitation des immeubles blancs est prévu pour 1999. "Mais il ne sera efficace que sil est accompagné dune opération de développement social." Henry Gagnaire souhaite donc restaurer le dialogue grâce "à des gens volontaires qui représenteraient lensemble des locataires." Le foyer Duquesne devrait par ailleurs "reprendre du service" en suivant les familles. "Voir chaque famille, comprendre ses difficultés, réaliser un travail personnalisé et de proximité", paraît indispensable au bailleur qui envisage - avec le soutien de la Ville et des partenaires sociaux - de monter un chantier dinsertion pour les jeunes de la cité. "Des travaux dentretien, de nettoyage et de remise en état pourraient leur être confiés. Ils verront quils sont capables de réaliser quelque chose. Ils se sentiront davantage concernés par leur environnement immédiat." Car leur quartier, finalement, ils laiment bien. "Ici, il existe une solidarité que je nai jamais rencontrée ailleurs. Tout le monde se connaît. Et malgré certaines tensions, les gens sont toujours prêts à sentraider ", témoigne Virginie Dry. Partie huit mois habiter en centre-ville, cette jeune femme est revenue sinstaller depuis peu aux Bruyères. HISTORIQUE
1966 : début des travaux de la cité des Bruyères. 1966/68 : 196 logements sont construits. 1970/74 : les immeubles Chenier, Buffon, Balzac, Lilas et Mimosas voient le jour, soit 132 logements au total. 1975 : le foyer Duquesne sinstalle aux Lilas. 1977 : création de la maison Jacques-Prévert. 1979 : début de lopération " habitat et vie sociale ". Aménagement de la place Aragon. Création dune structure daccueil pour les plus petits. 1989 : ouverture de la rocade. 1990 : construction des Quatre Vents. 1991 : ravalement des façades des cinq immeubles blancs. 1993 : réhabilitation des dix immeubles restants. UNE POPULATION JEUNE Composition (1) Répartition de la population par tranche dâge des Bruyères et des Quatre-Vents : pour 1.533 habitants : 41% ont moins de 20 ans, Lanalyse de ces chiffres montre une concentration importante de jeunes : 73% ont
moins de 39 ans. Le rapport dactivité de laction Fable montre que le taux de famille monoparentales est de 37,5%, soit trois fois la moyenne nationale (12,6%). Il constate aussi quil y a beaucoup de mères jeunes. A un âge moyen de 24 ans, elles ont déjà trois enfants. Origine (1) Les études réalisées par la délégation interministérielle à la Ville lors des découpages des zones urbaines sensibles indiquent pour Les Bruyères et les Quatre-Vents : population totale : 2.372, On note un faible taux détrangers sur les Bruyères que lon peut expliquer par lhistorique du peuplement du quartier, mais aussi par le faible taux dimmigrés de la ville : 2,01% à Dieppe contre 5,34% à Rouen et 5,36% au Havre.
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