Journal du 31 mars 1998

L’Atelier du Pollet : mouvements et couleurs
UNE SAISON POUR METTRE A LA VOILE

Marc François persiste. Dans l’étonnant univers formel qu’il a découvert et mis en vie l’an dernier au Pollet, le metteur en scène poursuit son ouvrage. Après avoir reçu et animé un stage de comédiens, découvert les multiples facettes d’une ville parfois boudeuse aux propositions originales, Marc François a traversé un désert où les petits princes savent déjà dessiner des moutons. Accueillant Roland Shön et son théâtre en ciel pour la préparation de son spectacle créé à Fécamp samedi et dimanche, il garde confiance. Son équipe s’est agrandie. Parce que les désirs, ça se communique.

Derrière les grandes portes entrebâillées de l’Atelier du Pollet, la vie s’est installée peu à peu. Il y a quelques mois, un homme, Marc François, comédien, metteur en scène, découvrait les anciens entrepôts du quartier, et s’installait là. Un lieu magique, quoique frais l’hiver. Un lieu magique, où Marc François a su faire passer son énergie vitale: celle du cœur qui bat, du désir de faire, de construire, bâtir un monde où le quotidien est en permanente évolution. S’il n’est jamais simple, même dans une ville comme Dieppe, d’apporter la fraîcheur des vents du large, Marc François tient bon. Et les initiatives se multiplient autour de lui, dans et avec ce lieu. Et les soutiens moraux prennent racine.

De l’ensemble des troupes venues jouer ces derniers mois à Dieppe - qui toutes ont rendu visite à l’Atelier du Pollet en espérant bien quelque jour y venir travailler une création - à l’hébergement du peintre Alexandre ou du théâtre en ciel de Roland Shön qui a répété et travaillé le troisième tome des aventures de Volter Notzing, Travaux & Publics (lire ci-contre), soutenus par quelques individus d’ici ou d’ailleurs séduits par le projet de Marc François, l’atelier du Pollet suscite de plus en plus d’intérêts.

Marc François ne cache pas que les soucis financiers dans le fonctionnement d’un lieu pareil (travaux de remise en état, d’isolation, loyers même...) demeurent le nœud gordien de la situation quotidienne. "On nous demande de tenir jusqu’à fin 98, sans subvention, sans argent, explique-t-il, c’est ce qu’on va tenter de faire. Mais l’ensemble des contacts sont bons, tant du côté de la ville que de la DRAC." Évidemment; l’activité de l’Atelier du Pollet ne se résume pas à ces soucis de la famille Tout-le-monde...

Roland Shön propose, de son côté, entre les répétitions de son nouveau travail, un sourire et une confiance sans retenue: "Quand j’ai rencontré Marc François, il cherchait des relations avec des gens de Dieppe, professionnels ou non. J’ai trouvé formidable l’installation de ce lieu, tant pour l’échange d’idées que pour l’intérêt que cela représente pour le quartier, la ville. Ce n’est pas un parisien m’as-tu vu qui arrivait, mais quelqu’un qui a besoin de relations humaines."

Livré à lui-même, l’Atelier du Pollet n’a traversé le désert qu’en apparence au cours de l’hiver. Ses grandes salles ont résonné des voix des comédiens venus suivre un stage animé par Marc François. Un travail d’un mois autour d’Alexandre Blok, et "de ses pièces chaotiques qui traversent les grandes phases de la vie." Le peintre Richard Alexandre, qui vient de s’installer dans un large coin de l’Atelier du Pollet, semble encore tout ébloui de l’énergie qui s’est dégagée de ce stage... "J’entendais les voix, c’est incroyable comme ils ont bossé." Et le peintre se remet au travail. Les couleurs se suspendent aux rayons du soleil qui traversent les grandes baies vitrées de l’Atelier du Pollet. Un atelier qui reste ouvert à tous. Et qui, peu à peu, s’impose comme une nécessité dans le rayonnement de la ville. Comme le complément direct des objets qui existent déjà pour faire de Dieppe une ville qui conte...

Eric Sénécal

 


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