Journal du 27 novembre 1998

Yvonne Besson, prof à Néruda, publie son premier livre :
"Meurtres à l'antique"

La phrase est coupée au couteau ; courte et efficace comme le fut le poignard qui trancha la gorge d’Anne-Marie. Le ciel de Dieppe est de plomb, comme il sait si bien l’être avant l’orage. Et pourtant, la ville joue les sereines. Surtout, ne se fier à rien, ne se confier à quiconque. Dans ce décor théâtral, la bourgeoisie camoufle de soi-disant secrets, et le «Val-Rudel» se rebiffe de sa trop pesante image.

Le roman Meurtres à l’antique est dans doute dieppois, comme Yvonne Besson, son auteur, l’est devenue, du collège Braque au lycée Néruda. Mais le policier pourrait avoir d’autres lieux, d’autres temps, d’autres actions, car la fatale tragédie n’échappe pas à la volonté des dieux. Et Dieppe se livra sans vergogne aux désirs de l’auteur, devenant vite fait, bien fait, un ultième personnage, tantôt fière, tantôt pas, de cent actes divers.

Deux cadavres au premier chapitre : bons augures pour l’avenir ! D’ailleurs, il y en aura un troisième et l’on frôlera le quatrième (ne croyez pas ce que j’écris, c’est pour ménager le suspens). Yvonne Besson, si elle ne fait jamais étalage de ses diplômes, n’ira pas jusqu’à cacher ses talents ! Comment le pourrait-elle avec un manuscrit qui, à peine reçu à Paris, était très vite mis sous presse ! «J’ai toujours voulu écrire ; mais il m’a fallu attendre que les enfants soient grands pour penser à moi et surtout me décider à cette année sabbatique dont je rêvais depuis si longtemps. Bien sûr, pas question alors d’écrire pour être publiée, mais simplement pour me prouver que je pouvais mener un projet à son terme».

C’est presque tout naturellement que la jeune femme se dirigea vers le roman policier : J’ai une grande admiration pour les Anglaises qui savent si bien en écrire ; à la fois simples mais prenants, où la psychologie joue son rôle dans une juste mesure».

Polar anglais... à la française

«Pourquoi la France n’a-t-elle pas de romancière de ce style ? Loin de moi l’idée d’être aussi célèbre. Mais, malgré tout, je me lançai dans un polar style anglais, mais ...à la française». Et comment mieux démontrer une culture gréco-latine qu’ajouter au talent anglais, les mythes de notre civilisation, immuables depuis des siècles, tant ils sont le fondement de notre humanité.

Trois mois dans la tête, quatre mois devant l’ordinateur, murée de dictionnaires. «La deuxième raison qui me fait écrire, c’est le goût que j’ai des mots, de la langue, du jeu verbal ; je suis passionnée par tout ce que contient une phrase, de force, de beauté, de cruauté ...»

Yvonne Besson, agrégée de lettres et titulaire d’un doctorat de troisième cycle, passionne les élèves même les plus récalcitrants qui découvrent avec elle, l’histoire magique de la littérature. «Mais pas celle avec un grand L, j’ai voulu pour mon écriture, le mot sobre, précis, classique et accessible à tous». Mais il ne suffit pas de savoir écrire pour créér un policier, art difficile ô combien : «Oui, on se plante si on manque de rigueur ; chaque élément est aussi fragile et nécessaire qu’une carte de château. Lorsqu’au départ, vous avez posé l’écheveau, je ne vous dit pas la difficulté d’actionner tout ce petit monde et sortir brillamment des fausses pistes inventées pour le plaisir de tout brouiller».

Heures embarrassées, nuits blanches aux énigmes insolubles jusqu’au petit matin... «Mais c’est oublié tout ça, j’ai pris un tel plaisir à écrire, à savoir pourquoi j’avais fait de ce personnage au demeurant bien sous tous rapports, un assassin ? Oh, non, pas de messages, si ce n’est celui que l’on prend à se jouer des mots, des héros, des situations. Ce fut un jeu d’écrire, que ce soit un jeu de lire ...»

Bref, une épuisante mais formidable gymnastique de l’esprit qui n’a cependant abattu ni Yvonne Besson, ni Carole Riou, son inspecteur de police. A tel point qu’elle lui peaufine déjà une deuxième énigme, sans mythe, mais toujours avec une touche française.

Seulement, pour que Carole sorte encore vainqueur d’autres exploits, l’éditeur de la «Table Ronde» exige 2000 exemplaires vendus de Meurtres à l’antique.

Dany Dasnias


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