Journal du 22 janvier 1999

Lire à voix haute Normandie, association à but humaniste
Ouvrir la vie des enfants avec la voix des histoires

Depuis dix ans, Sylvie Joufflineau lit aux enfants. A tous les enfants qu’elle rencontre. Depuis juin 98, une association s’est créée, gérée par quelques Dieppois qui espèrent que le monde pour demeurer ouvert à tous.
Des personnes qui pensent que ces autres personnes que sont les enfants ont droit, où qu’elles soient, aux livres, et aux histoires mises en voix par Sylvie Joufflineau.

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Sylvie Joufflineau, ou lire au rythme des enfants

Quand on me lit une histoire, après je suis tranquille, parce que je me défoule.»

C’est sorti comme ça, tout droit, direct. Alice a huit ans, et toutes les semaines, au centre des Dentelles à Dieppe où elle vit un moment de sa vie, la petite fille va à la rencontre de Sylvie Joufflineau. La liseuse arrive avec sa caisse de livres et s'installe là, au milieu des enfants, qui vont et viennent, jouent et rient, vivent entre les devoirs et la toilette du matin. Les enfants viennent, prennent un livre, connu ou non, et demandent à Sylvie Joufflineau de lire. Et la voix court sur l’histoire, la voix tendre qu’ont les adultes qui lisent aux enfants. Cela fait dix ans qu’elle lit ainsi, là où des enfants vont et viennent, avec ou sans adultes près d’eux.

Relais régional d’ ACCES (Actions Culturelles Contre les Exclusions et les Ségrégations) depuis 1996, Sylvie Joufflineau a fait siens les choix, qui sont autant d’espérances, des fondateurs d’ACCES, René Diatkine, Tony Lainé, Lucien et Marie Bonnafé. Choix de «proposer livres et histoires aux enfants, et au tout petit enfant et sa famille en particulier où ils attendent ensemble: salle d’attente de PMI, crèches, foyers de l’enfance...» Les lectrices (ou lecteurs) s’installent avec leurs livres, «et sans contrôle ni contrainte, se rendent disponibles à l’écoute, au rythme des enfants pour un moment de plaisir partagé.»

«Transformer le monde»

Mais plus que du plaisir, ce travail, c’est permettre l’ouverture, l’échange, attiser l’imaginaire des enfants, c’est, comme l’écrit René Diatkine, «la voie la plus sûre pour qu’un jour ils comprennent le monde et qu’ils aient le désir de le transformer.» Cette conscience, d’autres professionnels de la vie de la cité, dans le travail social - qui doit bien être maintenir ou créer des liens entre tous - l’ont. Et c’est ainsi, à la fois pour permettre à Sylvie Joufflineau d’élargir son champ d’activité que pour offrir ce lien à un maximum d’enfants qu’a été créée l’association Lire à voix haute Normandie.

Pascal Bouchard, écrivain et journaliste, rédacteur en chef de l’agence pour l’Education et la Formation, Jeane Charlionet, conteuse, co-organisatrice du festival du livre de jeunesse de Rouen, Rosemonde Pichard, assistante sociale, directrice du CCAS de Dieppe, Dominique Henri, documentaliste en collège, ont pris en charge l’action bénévole. Au-delà des noms, des fonctions sociales, ce sont aussi des personnes conscientes de ce que la vie sociale peut avoir de cruel pour ceux, les petits enfants en particulier, qui n’ont pas nécessairement l’opportunité d’entendre une histoire. On a beau dire, on n’est pas le même individu si on a lu ou entendu Le Petit Prince ou Le Petit Chaperon Rouge... ou d’autres contes, histoires.

Pascal Bouchard, dans un court texte d’étude, indique clairement comment il faut prendre cette action: «... la culture est une arme redoutable si l’on n’a pas, quand on la manie, le plus grand respect pour ceux qui en sont les plus démunis». Oh, on ne misérabilise pas, à Lire à voix haute Normandie, non, on lit des livres aux enfants. Simplement. Sylvie Joufflineau, relayant aussi des séminaires avec Marie Bonnafé sur Dieppe pour les professionnels de la petite enfance, en lisant, relisant, avec une voix d’une tendresse inouïe, c’est-à-dire dans tous les tons de qui lit à une personne qui n’a ni moins ni plus d’importance qu’elle-même, offre des portes à des enfants, des bébés. Parce qu’il est nécessaire que les histoires vivent entre les gens, sinon...

Sinon, il n’y aura plus ce qu’on peut sentir certains moments, à la PMI, au foyer de l’Enfance des Dentelles, bientôt peut-être à la Soupe des Bénévoles, à la campagne avec les projets de l’association de circuler... Il n’y aurait plus cette réelle émotion d’un enfant qui vient voir la lectrice, un pouce dans la bouche, pour lui demander son livre préféré. Puis un autre, qu’il va découvrir.

Sinon, il n’y aurait plus ces étincelles d’imaginaire qui feront qu’un enfant, qui qu’il soit, où qu’il vive, comprendra que la vie peut être magique.

Eric Sénécal


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