Journal du 24 décembre 1998

Enfin on les voit, et ils sont authentiques !
Eglise Saint-Jacques : le retour des vitraux

Un superbe cadeau pour les Dieppois qui vont retrouver en cette veillée de Noël les vitraux du choeur de Saint-Jacques reconstitués après moult recherches, tant des Dieppois eux-mêmes que des étrangers à la ville, chercheurs et scientiques.
Après un an, grâce à la technique extraordinaire des maitres verriers de Lyon, grâce au savoir-faire de Normandie -Rénovation, le choeur retrouve sa splendeur, tandis que l’on attaque le transept-nord aux mains des spécialistes durant deux ans encore.

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Le prophète Nathan

La Pythie de Delphes

C’est Elie Savoye, conférencier de Dieppe ville d’art et d’histoire, qui s’est chargé depuis longtemps de rechercher quels pouvaient être les trois vitraux du choeur avant leur destruction en 1942. Les Dieppois furent également nombreux à participer aux recherches, amenant aux Informations dieppoises, tableaux, cartes postales, écrits datant d’avant guerre.

Un vrai de jeu de piste dont la solution vient d’Allemagne et surtout d’un Allemand ayant photographié les vitraux peu avant leur destruction. Nous puisons dans le passionnant récit de M.Savoye publié dans le dernier bulletin des Amys du vieux Dieppe, l’histoire de la restauration.

Car il s’agit bien d’une restauration, c’est à dire de leur reconstruction à l’antique, ce qui était loin d’être prévu lors de la décision des travaux, puisque nous ne possédions aucun document valable, seuls des morceaux avaient été reposés, un peu n’importe comment, il faut bien le dire.

Les déductions commencèrent bon train avec Joël Môme, maître verrier, de Lyon, chargé de l’opération. Les vitraux devaient être du 19 ème comme la majorité de ceux de l’église, mais de qui ?

Etait-ce de Didron (1874), auteur de ceux du triforium, était-ce Lusson, auteur des verrières de la chapelle de la Vierge et des vestiges du choeur, de même style ?

Miracle ! Un jeune chercheur français, même pas Dieppois, a repéré les photos de vitraux au centre de documentation de Marburg en Allemagne !

«En effet», raconte Elie Savoye, «un professeur de cette université, Richard Hamann, avait l’idée et le plaisir, de photographier des monuments historiques depuis 1913. Son fils attrapa le virus et continua les travaux de son père. Il a pris des photos des vitraux de Saint-Jacques. Dans la nuit du 4 au 5 juin 42 les vitraux ont été endommagés».

Dans le même temps, le maître-verrier retrouve aux archives une soumission de M.Didron «pour exécuter les verrières en verre teinté du choeur de l’église Saint-jacques de Dieppe», en date du 2 octobre 1873.

De plus, sur un vitrail consacré à saint-Matthieu, on peut lire «Paris, 1874», et sur celui de Saint-Jean «Didron».

Ouf, le grand mystère est dissipé et l’on peut restaurer à l’identique. C’est ce que l’on découvrira dès aujourd’hui, tous les échafaudages étant partis.

«Un réalisme italianisant délicieux»

Ce travail admirable concerne les baies du fond du choeur ; le verrier fit des photographies avant, et, en les examinant, remarqua notamment «que la poitrine du Christ de la Crucifixion était celle du tableau de la Résurrection, utilisée en bouche-trou et collée à l’envers».

L’essentiel, étant, bien sûr, de se protéger du froid, nonobstant toute hérésie patrimoniale !

En réalité, les vitraux ont été remaniés, couverts de panneaux, de pièces de verre en remploi, étrangers à la composition, et de provenance inconnue. Interversion due au hasard et à l’inattention «de même pour un médaillon supérieur qui vient à la place intérieure gauche, qui va lui-même à droite, qui va lui-même en haut».

Un intelligent puzzle pour un intelligent maitre verrier. Il fallut toute la Foi et les connaissanses d’un prêtre président d’art sacré pour démêler les allégories de cette Crucifixion, vitrail central.

Elie Savoye détaille avec subtilité les éléments de cet ouvrage dont Moïse, un surprenant Graal «récupéré»   de la Table ronde...

Baie de droite, la Résurrection ; là encore identification délicate des personnages avec le roi David, le prophète Nathan son conseiller et la pythie de Delphes... qui annonça, mais oui, la venue du Christ : «Elles ont joué un rôle parallèle à celui des prophètes de la Bible».

A gauche, la Nativité : un travail énorme ...une vraie résurrection du vitrail ! Sous le berceau, un agneau noir et un loup blanc, signe de paix.

«Notre église», conclut l’auteur, «est dotée de trois vitraux qui racontent la vie du Christ. Vie complétée par l’Ancien testament -le haut du vitrail - pour mieux comprendre l’ensemble

Mais la meilleure façon de les comprendre est de lire Connaissance de Dieppe ; on peut se le procurer près de M. Billiotte au 02 35 84 18 33

Les travaux de Normandie-Rénovation, du maître-verrier, ont été faits sous la gouverne de la D.R.A.C, avec la bénédiction de Christian Cuvilliez et de M. Chollet attaché au service «bâtiment» à la mairie.

Dany Dasnias


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