| Si les différents sous-préfets et chefs de
cabinet de la préfecture ont fait le tour des communes sinistrées (lire par ailleurs)
pour témoigner aux victimes du soutien de l'Etat et des collectivités territoriales, le
passage du préfet Bruno Fontenaist revêtait une valeur particulière mercredi
après-midi. A Torcy-le-Grand où il fut conduit par le maire Jean-Yves
Morin à la rencontre des habitants sinistrés et des sapeurs-pompiers volontaires à pied
d'oeuvre depuis cinq jours sans interruption. A Arques- la-Bataille où il fut reçu par
l'ensemble des élus locaux, Guy Sénécal, maire, Jean Dasnias, conseiller général,
Christian Cuvilliez, député. En visitant des habitants qui ont perdu tout ou presque, le
préfet a pu prendre la mesure du désarroi.
Aides et arrêté préfectoral
S'il profita de cette visite pour annoncer la reconnaissance
de catastrophe naturelle pour 320 communes du département, c'est essentiellement sur
l'aspect humain que le préfet avait à convaincre. «L'Etat est présent, nous
agissons le plus vite possible, nous faisons tout ce qu'il est possible de faire pour
venir en aide aux victimes. Des fonds d'urgence sont débloqués et dès vendredi les
familles les plus en difficulté recevront de quoi parer aux dépenses les plus pressées.»
Dossiers et noms sont transmis par les maires et remontés vers la préfecture
et le conseil général. Des aides iront jusqu'à 2 000 francs par famille dans un premier
temps. Un arrêté préfectoral devrait permettre aux magasins de rester ouverts ce
week-end afin d'éviter des angoisses liées aux manques.
Mais déjà, les élus locaux comme ceux réunis à Arques avaient des
réflexions à adresser au représentant de l'Etat. «Les personnes sont très abattues,
insistait Christian Cuvilliez, il faut être très présent, ne laisser personne dans
l'isolement.» Tous, depuis le maire d'Arques Guy Sénécal jusqu'au député et
conseiller général Jean Dasnias - dont le canton est l'un des plus sinistrés d'Arques
jusqu'à Quiberville et Longueil - demandaient une réflexion élargie
«Ne pouvons-nous pas imposer une réflexion départementale,
interrogeait Jean Dasnias, comme il le fait de façon récurrente depuis les inondations
de 1995, la solidarité pourrait mieux fonctionner.»
Créer des syndicats
détudes
Le problème de ces inondations, c'est que les communes
situées en basses vallées reçoivent les eaux provenant des bassins versants, de
territoires de communes qui souffrent peu ou prou de la situation de catastrophe. «Il
faut maintenant qu'il y ait une action et que nous n'en restions pas à des volontés sans
suite, assénait Guy Sénécal en pensant aux quelque 80 foyers sinistrés de sa
commune. Pour créer le syndicat du bassin de l'Arques, ça a été infernal. Nous
avons les études, mais comment les mettre en oeuvre ?»
«C'est aux maires de se mettre d'accord pour créer des syndicats d'études»,
rétorquait le préfet. «Mais cela concerne, pour une seule vallée, au moins cent
communes», insistaient les élus. «Si vous ne pouvez vous mettre d'accord, je
déterminerai moi-même les périmètres d'un syndicat et je le créerai par arrêté
comme j'ai été contraint de le faire ces derniers temps à Saint-Martin-de-Boscherville.»
«Nous sommes arrivés aux limites extrêmes de la catastrophe, tentait
de raisonner Christian Cuvillez. Il faut prendre cette mesure et déterminer rapidement
comment en réduire l'ampleur.» Cela passera naturellement par une décision
pour l'ensemble des communes d'une vallée, imposant à chacune une solidarité dans la
conception des aménagements à effectuer.
Une décision préfectorale... qui devrait sans nul doute être un peu moins
difficile à prendre pour Bruno Fontenaist, confronté à la détresse et à la colère de
sinistrés pour lesquels rétorquer que ce fut «exceptionnel» ne suffit pas. |