| Le Havrais Paul Vatine, le skipper du trimaran
Groupe André engagé dans la Transat Le-Havre-Cartagène a chaviré hier matin en pleine
tempête entre les Açores et le Portugal. Il est porté disparu a annoncé
lorganisateur de la course. Son coéquipier Jean Maurel, bien connu également des
amateurs de voile dieppois, sest retrouvé sur la coque du bateau. «Pour
réussir, il faut bien souvent déplacer des montagnes», aimait dire Paul Vatine, en
faisant référence au budget réuni par la jeune association dieppoise Course au large
dieppoise qui avait cassé sa tire-lire pour se payer un Figaro dune valeur de 280
000 F, bateau dont le parrain nétait autre que...Paul Vatine.
Agé de 42 ans, Paul sétait taillé une belle réputation dans le monde
de la voile. «Et pourtant javais plusieurs handicaps aimait-il répéter : celui de
ne pas être issu directement du milieu maritime - mon père était menuisier -, de ne pas
être breton et dêtre déjà âgé (21 ans) quand jai disputé mes premières
courses». Malgré tous ces «handicaps», il était fier de sa carrière. Toutefois et
malgré ces années de voile de haut niveau, il aimait répéter au moment du départ
dune Transat : «Il y a toujours langoisse de la page blanche. Je
lavoue, jai peur, je me trouve dans le même état que la veille de passer un
examen. Je sais pourtant que le gros temps fait partie du jeu mais cest plus fort
que moi, jai peur...»
Dans cette Transat Le Havre-Carthagène, Paul Vatine avait indiqué mercredi
quil portait en permanence les équipements de sécurité combinaison de survie et
brassière auto-gonflable notamment - en raison de la tempête (creux de 10 mètres). En
6e position des multicoques, Paul Vatine espérait que «la dépression fasse le ménage,
la capacité à sortir indemne et sur une bonne trajectoire sera déterminante»
(LEquipe du mercredi 20 octobre). «Il a vraisemblablement été assommé ou
blessé» lors du chavirage a expliqué le comité dorganisation.
Grosse tempête
Lincident sest produit alors que les concurrents
essuyaient la première grosse tempête de la course. Le trimaran de Vatine-Maurel Groupe
André naviguait à une vitesse denviron 10 à 12 noeuds dans un véritable chaudron
lorsque la dérive, longue de plus de 6 mètres, a été emportée.
Double vainqueur de la Transat Le Havre-Carthagène, Paul Vatine aimait aller à
la rencontre des jeunes dans les écoles. A Dieppe, il était venu plusieurs fois à la
Cité de la mer leur parler de sa passion, de son métier et leur communiquer sa joie de
vivre Inivité dhonneur aux Huskies dOr en 1997, il avait également en
quelques minutes fait le tour de la question. Parler de sa vie, de sa passion avec des
mots simples, comme seul les gens qui se sont bâtis eux-mêmes peuvent le faire.
R. M.
Christophe Véron (Course au large
dieppoise):
«Le parrain de nos deux bateaux»
Paul Vatine avait participé avec nous au triangle olympique
devant Saint-Quay-Portrieux à bord du Dieppe-Seine Maritime. Cétait à mi-juillet
1996». Christophe Véron prenait sa part dans lépopée du voilier normand qui
devait effectuer un magnifique Tour de France à la voile. Le contact établi ce jour-là
devait marquer le futur secrétaire de Course au large dieppoise : «Lui aussi était
très content de cette coopération, et il ne la jamais oubliée». Conséquence, à
chaque invitation dieppoise, Paulo répondait toujours présent. «De notre côté, on
lavait aidé à remater son trimaran ChaussEurope», confie Christophe Véron.
Les temps forts furent naturellement les baptêmes des deux bateaux de la jeune
association dieppoise. "En janvier 1998, il était devenu le parrain du Figaro, le
Seine- Maritime alias Groupe Partouche. Le 2 juillet dernier, lors de lescale
dieppoise du Tour de France à la voile, il baptisait cette fois le Classe 8 Conseil
génaral 76. Avec beaucoup de mal : il fallut quatre tentatives. Les deux premières fois
le skipper havrais envoya bien la bouteille contre la coque, mais elle résista. Au
troisième essai, la bouteilla fila au fond du bassin. Le quatrième fut le bon."
Paul Vatine nest pas revenu depuis. «En revanche, je suis allé au Havre
dimanche pour le départ de lépreuve. Je lai rencontré lors de la réception
donnée par le groupe André, son sponsor, raconte, ému, Christophe Véron. Il ma
dit : Salue les Dieppois. Il était très tendu comme au départ de chaque course».
Vatine avait décidé de prendre du recul avec la course de haut niveau après
cette épreuve Le Havre-Carthagène pour se consacrer davantage à la course en équipage.
«Nous avions des projets communs», ajoute le skipper dieppois.
La mer en a décidé autrement.
Eric Tavernier :
«Il aimait la cité de la mer»
Cétait quelquun dune grande
gentillesse». Eric Tavernier accuse le coup en apprenant la disparition de Paul Vatine :
«Il y croyait, cétait sa course. Et voilà...» Entre Paul Vatine et la Cité de
la mer, cétait presquune histoire damour. «Il était venu à
linauguration en 1993», se souvient le président de lEstran. A plusieurs
reprises il y est revenu. En 1995 pour un concours Lego Bateau à rêver, bateau à
construire. En février 1996 à lissue de sa course victorieuse Le
Havre-Carthagène, il avait raconté aux écoliers comment il avait gagné. Sans se
départir de sa simplicité ni de sa gentillesse. «Avec les jeunes de Michelet, nous
avions suivi lépreuve et il avait passionné lauditoire», se souvient encore
Eric Tavernier.
Paulo était revenu pour le cinquième anniversaire de la Cité de la Mer : il
avait rencontré Anita Conti, la marraine de la Cité, et avait tout autant apprécié le
contact avec son jeune public quavec ses «collègues de course» comme Catherine
Chabaud, elle aussi présente à Dieppe. Les Dieppois lavaient revu au Bout-du-Quai
à loccasion du Tour de France à la voile et en juillet dernier sur les pontons du
port de plaisance Jean-Ango : il venait baptiser le second bateau de Course au large
dieppoise.
«Javais mal vécu son lâchage par la Région Haute-Normandie, commente
Eric Tavernier, car il avait rempli sa mission. A Dieppe en revanche, il était toujours
bien accueilli. Il le ressentait et répondait toujours présent. Je garderai de lui
limage dun homme discret, simple, disponible. Un grand monsieur». |