Journal du 22 octobre 1999

Paul Vatine disparaît en mer
Dieppe était son second port d'attache
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Avec Eric Tavernier, Paul Vatine aimait évoquer la mer

Le Havrais Paul Vatine, le skipper du trimaran Groupe André engagé dans la Transat Le-Havre-Cartagène a chaviré hier matin en pleine tempête entre les Açores et le Portugal. Il est porté disparu a annoncé l’organisateur de la course. Son coéquipier Jean Maurel, bien connu également des amateurs de voile dieppois, s’est retrouvé sur la coque du bateau.

«Pour réussir, il faut bien souvent déplacer des montagnes», aimait dire Paul Vatine, en faisant référence au budget réuni par la jeune association dieppoise Course au large dieppoise qui avait cassé sa tire-lire pour se payer un Figaro d’une valeur de 280 000 F, bateau dont le parrain n’était autre que...Paul Vatine.

Agé de 42 ans, Paul s’était taillé une belle réputation dans le monde de la voile. «Et pourtant j’avais plusieurs handicaps aimait-il répéter : celui de ne pas être issu directement du milieu maritime - mon père était menuisier -, de ne pas être breton et d’être déjà âgé (21 ans) quand j’ai disputé mes premières courses». Malgré tous ces «handicaps», il était fier de sa carrière. Toutefois et malgré ces années de voile de haut niveau, il aimait répéter au moment du départ d’une Transat : «Il y a toujours l’angoisse de la page blanche. Je l’avoue, j’ai peur, je me trouve dans le même état que la veille de passer un examen. Je sais pourtant que le gros temps fait partie du jeu mais c’est plus fort que moi, j’ai peur...»

Dans cette Transat Le Havre-Carthagène, Paul Vatine avait indiqué mercredi qu’il portait en permanence les équipements de sécurité combinaison de survie et brassière auto-gonflable notamment - en raison de la tempête (creux de 10 mètres). En 6e position des multicoques, Paul Vatine espérait que «la dépression fasse le ménage, la capacité à sortir indemne et sur une bonne trajectoire sera déterminante» (L’Equipe du mercredi 20 octobre). «Il a vraisemblablement été assommé ou blessé» lors du chavirage a expliqué le comité d’organisation.

Grosse tempête

L’incident s’est produit alors que les concurrents essuyaient la première grosse tempête de la course. Le trimaran de Vatine-Maurel Groupe André naviguait à une vitesse d’environ 10 à 12 noeuds dans un véritable chaudron lorsque la dérive, longue de plus de 6 mètres, a été emportée.

Double vainqueur de la Transat Le Havre-Carthagène, Paul Vatine aimait aller à la rencontre des jeunes dans les écoles. A Dieppe, il était venu plusieurs fois à la Cité de la mer leur parler de sa passion, de son métier et leur communiquer sa joie de vivre Inivité d’honneur aux Huskies d’Or en 1997, il avait également en quelques minutes fait le tour de la question. Parler de sa vie, de sa passion avec des mots simples, comme seul les gens qui se sont bâtis eux-mêmes peuvent le faire.

R. M.

Christophe Véron (Course au large dieppoise):

«Le parrain de nos deux bateaux»

Paul Vatine avait participé avec nous au triangle olympique devant Saint-Quay-Portrieux à bord du Dieppe-Seine Maritime. C’était à mi-juillet 1996». Christophe Véron prenait sa part dans l’épopée du voilier normand qui devait effectuer un magnifique Tour de France à la voile. Le contact établi ce jour-là devait marquer le futur secrétaire de Course au large dieppoise : «Lui aussi était très content de cette coopération, et il ne l’a jamais oubliée». Conséquence, à chaque invitation dieppoise, Paulo répondait toujours présent. «De notre côté, on l’avait aidé à remater son trimaran Chauss’Europe», confie Christophe Véron.

Les temps forts furent naturellement les baptêmes des deux bateaux de la jeune association dieppoise. "En janvier 1998, il était devenu le parrain du Figaro, le Seine- Maritime alias Groupe Partouche. Le 2 juillet dernier, lors de l’escale dieppoise du Tour de France à la voile, il baptisait cette fois le Classe 8 Conseil génaral 76. Avec beaucoup de mal : il fallut quatre tentatives. Les deux premières fois le skipper havrais envoya bien la bouteille contre la coque, mais elle résista. Au troisième essai, la bouteilla fila au fond du bassin. Le quatrième fut le bon."

Paul Vatine n’est pas revenu depuis. «En revanche, je suis allé au Havre dimanche pour le départ de l’épreuve. Je l’ai rencontré lors de la réception donnée par le groupe André, son sponsor, raconte, ému, Christophe Véron. Il m’a dit : Salue les Dieppois. Il était très tendu comme au départ de chaque course».

Vatine avait décidé de prendre du recul avec la course de haut niveau après cette épreuve Le Havre-Carthagène pour se consacrer davantage à la course en équipage. «Nous avions des projets communs», ajoute le skipper dieppois.

La mer en a décidé autrement.

Eric Tavernier :

«Il aimait la cité de la mer»

C’était quelqu’un d’une grande gentillesse». Eric Tavernier accuse le coup en apprenant la disparition de Paul Vatine : «Il y croyait, c’était sa course. Et voilà...» Entre Paul Vatine et la Cité de la mer, c’était presqu’une histoire d’amour. «Il était venu à l’inauguration en 1993», se souvient le président de l’Estran. A plusieurs reprises il y est revenu. En 1995 pour un concours Lego Bateau à rêver, bateau à construire. En février 1996 à l’issue de sa course victorieuse Le Havre-Carthagène, il avait raconté aux écoliers comment il avait gagné. Sans se départir de sa simplicité ni de sa gentillesse. «Avec les jeunes de Michelet, nous avions suivi l’épreuve et il avait passionné l’auditoire», se souvient encore Eric Tavernier.

Paulo était revenu pour le cinquième anniversaire de la Cité de la Mer : il avait rencontré Anita Conti, la marraine de la Cité, et avait tout autant apprécié le contact avec son jeune public qu’avec ses «collègues de course» comme Catherine Chabaud, elle aussi présente à Dieppe. Les Dieppois l’avaient revu au Bout-du-Quai à l’occasion du Tour de France à la voile et en juillet dernier sur les pontons du port de plaisance Jean-Ango : il venait baptiser le second bateau de Course au large dieppoise.

«J’avais mal vécu son lâchage par la Région Haute-Normandie, commente Eric Tavernier, car il avait rempli sa mission. A Dieppe en revanche, il était toujours bien accueilli. Il le ressentait et répondait toujours présent. Je garderai de lui l’image d’un homme discret, simple, disponible. Un grand monsieur».


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