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Journal du 22 décembre 1998 Taxe foncière multipliée par
trois cette année Cest votre taxe foncière annuelle. Au lieu de 108.000 francs lan passé, on vous en réclame 350.000. Dabord vous souriez en murmurant : ils se sont trompés, ça va être rectifié rapidement. Ensuite, comme le service concerné vous confirme la (mauvaise) nouvelle, vous ruez dans les brancards. Vous cherchez à comprendre. Vous vous adressez à votre maire pour lui demander ce qui se passe et comment remédier à une telle hérésie. Et il est bien embêté, votre maire, parce quil ne peut pas grand chose. La scène nest pas imaginaire, hélas. Elle est vécue par M. Bert, directeur de lhôtel Aguado et de lhôtel de lEurope. Et, avec des augmentations parfois différentes mais toujours très sensibles par les autres hôteliers du front de mer de Dieppe : Gérard Tanvet (hôtel Windsor), Patrick Gaudry (La Présidence) et Roger Prévost (la Plage). Qui ne rient pas du tout. Et menacent de mettre la clef sous la porte. «Pour linstant, jai payé comme lan dernier plus 10%», précise M. Bert. Tout comme Gérard Tanvet à lhôtel Windsor : «Je ne peux pas mettre plus», assure-t-il. «On est déçu par cette énorme hausse (+60%) alors que nous navons même pas été prévenu» regrette M. Prévost. Christian Cuvilliez a alerté Bercy. Mais sans trop dillusions. Tout au moins espère-t-il voir la mesure retardée dun an. Insuffisant pour calmer les hôteliers. On veut notre mort ? «Il y a deux ans, jai payé 54 000 francs. Lan dernier, il ma été réclamé 60 000 francs. Et maintenant je devrais payer 195 000 francs !» Gérard Tanvet reclasse ses papiers. Le patron du Windsor ne comprend pas pourquoi on veut la mort des hôtels du front de mer. «On a investi, on sest investi dans notre affaire», plaide le président départemental de la fédération nationale de lindustrie hôtelière. «Les services fiscaux veulent nous couler ou quoi ?». Il sest rendu aux services fiscaux donc. Pour comprendre sil sagissait dune décision nationale ou locale. «Linterlocuteur ma confirmé que la décision émanait dici : elle tenait compte des surfaces corrigées, surfaces qui nont pourtant pas bougé», commente-t-il. «Chez moi aussi quelquun est venu tout remesurer, revérifier, ajoute M. Bert. Pourtant lAguado aurait du mal à sagrandir sinon en hauteur. Mais en hauteur, ça se serait vu...» Erreur dappréciation Les rendez-vous à la mairie nont rien changé. Pas davantage que les lettres aux autres élus du secteur. «Comme moi, ils ont alerté Bercy car ils se montraient surpris, reprend Gérard Tanvet. En plus je suis intervenu auprès de Dominique Strauss-Kahn, ministre de lEconomie et des Finances. Le ministère a diligenté une enquête». A la chambre de commerce, Jean-Paul Lalitte a examiné le dossier. Le président enfonce le clou : «Les taxes foncières sont plus fortes à Dieppe quailleurs. Laugmentation fait suite à une révision des bases par les services fiscaux. Ca peut effectivement tuer lhôtellerie. Ce dossier demande une renégociation avec les services fiscaux, mais cest compliqué». Cest aussi lavis de la mairie. «Le service du Cadastre a donné un avis qui na pas tenu compte que les taux à Dieppe étaient déjà élevés, regrette Christian Cuvilliez. Il na pas effectué de simulation sur les conséquences de cette réévaluation. Dès que jai été alerté, jai vérifié si cet avis avait été examiné en commission communale. Cest à ce stade-là que nous aurions dû intervenir.» Apparemment, ce jour-là, lélu de service na pas réagi. Et maintenant cest effectivement devenu difficile de faire machine arrière. «Jespère obtenir un dégrèvement pour cette année, se défend le maire, en attendant que le dossier puisse être rééxaminé par le service du cadastre. Dautant quil sagit de personnes qui croient en Dieppe, qui investissent et qui se trouveraient pénalisées. Ce nest pas normal». Ce que, dans son langage imagé, Gérard Tanvet traduit par : «On nest pas des milliardaires. On maintient des emplois. Je ne peux pas payer la somme réclamée. Si le montant de la taxe est maintenu, je mets la clef sous la porte». Autant aménager l'Europe en appartements" En peu de temps, Dieppe a perdu lUnivers, lEpsom et le Select. Cest inquiétant. Et cette affaire de la taxe foncière va provoquer dautres dégâts". Directeur de lhôtel Aguado et de lhôtel de lEurope, boulevard de Verdun, Alain Bert fait partie de ceux qui croient en Dieppe.«Les gens vont à la mer pour être logés sur le front de mer», sourit-il. Il ne regrette pas davoir pris en main les destinées de lAguado dont il nest pas le propriétaire : «Jai des comptes à rendre», note-t-il. Et il aime autant quils soient bons. Il y a deux ans, lhôtel de lEurope a pris la place de la villa Mauresque, toujours boulevard de Verdun, près de lancien parking ferry. «Ça correspondait à un désir de la Ville et de la chambre de commerce de redynamiser ce secteur de la plage. Ma femme et moi nétions pas chauds pour se lancer dans cette aventure. Finalement on a accepté et on a aménagé un hôtel deux étoiles à caractère familial. Et voilà que on a limpression dêtre les dindons de la farce». Car lAguado et lEurope ont droit eux aussi à cette taxe réévaluée : «Pour lhôtel de lEurope, cest + 250% sinsurge-t-il. A première vue, cest naturellement incroyable. Et pourtant...» «Je devrais faire un emprunt de plus» Selon M. Bert, il faut remonter à 1966 et à la création de la Présidence par les frères Dubost pour comprendre. Cet établissement, lenvironnement aidant, a connu rapidement le succès et sest considérablement agrandi quelques années plus tard. La taxe foncière a suivi et les propriétaires ont accepté la hausse. «Or la situation des autres hôtels du front de mer comme lAguado na rien de comparable avec celle de la Présidence», analyse M. Bert.Mais, ces dernières années, les affaires ont moins bien marché pour lhôtellerie du front de mer. Ce qui a incité la Présidence à solliciter une révision de sa taxe foncière, estimée trop élevée. Cest le contraire qui se produit : la taxe foncière a été révisée... pour les autres hôtels et en hausse ! Ainsi, pour lAguado le foncier passe de 101.000 F à 224.000 F, soit + 120%, et, on le sait, laccroissement est encore plus important pour lEurope. «Effectivement, le maire a paru surpris lorsquil a été mis au courant de la situation, indique M. Bert. Pour moi, cest simple. Pour payer une telle somme, je devrais faire un emprunt de plus. Alors autant arrêter tout de suite lhôtel de lEurope et le transformer en immeuble avec des appartements. Et simplement reporter dun an laugmentation ne changerait rien : ce serait simplement reculer pour mieux sauter». M. Bert a effectué des comparaisons avec dautres hôtels de la même gamme que les siens : «A Etretat, le Dormy house paie moins que ce qui métait demandé lan dernier, de même le Pavillon de Joinville à Eu». Il souhaite donc, après en avoir discuté avec Mme Demessine, secrétaire dEtat au Tourisme, puis après avoir revu Christian Cuvilliez, que le maire prenne une initiative annulant la décision des services fiscaux. Hélas, selon la mairie, ce nest pas dans son pouvoir. Et les démarches déjà effectuées auprès des services fiscaux nont pour linstant pas été suivies de retour. La Présidence Coup de colère «La question de limplantation de B & B ne se pose pas en tant que tel, commente patrick Gaudry, directeur de la Présidence. Nous pourrions auparavant nous poser les questions suivantes :- pourquoi le Climat a fermé, - pourquoi le Select a fermé, - pourquoi lEpsom a fermé, - pourquoi lUnivers a fermé, - pourquoi, alors quavec mes collègues nous avons la capcité hotelière à recevoir des congrès , ny a t-il pas de salle de congrès ? - pourquoi, collectant environ 68 000 F de taxes de séjour, nous devons en reverser 94 000, alors que les hôtels de la périphérie ne paient pas de taxes de séjour ? - pourquoi et sur quelle base devons-nous nous acquitter de 620 000 F de taxe foncière ? Les taxes tuent lemploi. Les taxes tuent linvestissement. Ne serait-il pas temps dorganiser une table ronde avec toutes les institutions responsables de Dieppe et du Tourisme ? Il en va de lavenir de Dieppe, de lavenir du tourisme, de lavenir de lhotellerie dieppoise». La CCID en 1999 : l'austérité Lheure est à laustérité. Cest ce que la chambre de commerce et dindustrie de Dieppe a décidé pour 1999. Lassemblée, lundi, a adopté son budget qui avoisine les 100 millions de francs. «On espère pour cette année un résultat positif de 7,8 millions de francs, annonce Jean-Paul Lalitte. Pour 1999 nous avons prévu une provision pour risque de 4 millions de francs afin de parer un éventuel arrêt plus ou moins prolongé de la ligne Dieppe-Newhaven. La CCID espère aussi vendre des terrains, comme ceux accueillant le Creos ou les anciens abattoirs...» La CCID a entériné les options suivantes : - pause complète des investissements, - dépenses considérablement réduites, - pas daccroissement sensible de la fiscalité. Jean-Paul Lalitte "Je vais réunir les hôteliers" La fronde dhôteliers dieppois contre la création dun hôtel B & B aux Vertus (lire Les Infos de vendredi dernier) ne laisse pas indifférent Jean-Paul Lalitte dautant quun débat animé avait eu lieu à la chambre de commerce et dindustrie de Dieppe avant le vote la semaine dernière et déjà, il y a quelques semaines, avant le choix de la commission. Lors du passage du dossier devant la commission départementale déquipement commercial, le 12 janvier, le délégué de la CCID votera pour, ce que la fédération départementale de lindustrie hôtelière lui reproche. «La CCID a émis un avis, elle assume ses responsabilités», répète Jean-Paul Lalitte. Cest vrai que cest sur un de nos terrains que cet hôtel sera édifié, mais nous nen faisons pas une fixation». Le président de la chambre de commerce ajoute : «Létude effectuée avant ce choix assure que ce B & B ne prendra pas un client aux hôtels du front de mer. En revanche, il entrera en concurrence avec les autres hôtels de chaîne du secteur. Mais, comme je lavais promis, je vais réunir les hôteliers dieppois et on en parlera ensemble.» Roger Prévost «On ne pourra plus investir» «On na pas été consulté, ni même prévenu...» A la tête de lhôtel de la Plage (40 chambres) depuis 1973, Roger Prévost est déçu : «Une telle hausse (+ 60%) nous met en difficulté. Nous avions programmé des investissements. En revanche, nous navions pas prévu une telle dépense supplémentaire dargent... que nous navons pas. Nous ne comprenons pas dautant que nous comptions déjà parmi les plus taxés du département et de la région daprès nos sondages». Roger Prévost a rencontré linspecteur des Impôts : «On nous oblige à vivre à crédit et ce nest pas bon. En plus, il sagit de frais qui sont fixes et quon doit payer, quon travaille beaucoup ou peu. On ne pourra plus investir...» Enquête : Denis Leprettre nos archives recherche accueil |
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