| Avec près de vingt-quatre mille admissions
cette année, le service des urgences du centre hospitalier de Dieppe a doublé son
activité en cinq ans. Les moyens humains et financiers, eux, nont pas évolué au
grand regret du directeur de lhôpital Didier Vancostenoble. Ce dernier aimerait
notamment pouvoir mettre sur pied une deuxième sortie Smur. Jai
vraiment eu très peur. Lorsque ma mère a eu sa crise, nous avons appelé le centre 15
pour quil nous envoie le Smur (service mobile durgence et de
réanimation). Vingt minutes plus tard, cest un médecin généraliste qui est
arrivé. Il a pris la tension de ma mère mais il ne pouvait rien faire dautre.
Quant au Smur, nous lattendions toujours. Nous avons rappelé le 15. Là, le centre
régional nous a dit que léquipe de Dieppe était déjà sortie sur une autre
urgence. Il nous a finalement envoyé les sapeurs-pompiers Ces derniers sont arrivés
trente-cinq à quarante minutes après notre premier coup de fil. Ils ont mis ma mère
sous oxygène et lont emmenée au service des urgences.»
Evelyne Vallerand se souviendra longtemps de ce dimanche 1er août. Alors
quelle passait une journée paisible en compagnie de ses parents dans leur maison de
Petit-Appeville, sa mère, qui connaît des problèmes cardiaques, a eu une crise. «Ce
nétait pas la première. Auparavant, lorsquelle ne se sentait pas bien, nous
lemmenions nous-mêmes à lhôpital, mais son médecin traitant nous la
interdit pour des raisons de sécurité. Ils nous a signalé quen cas de nouvelle
crise, nous devions la faire transporter par le Smur», raconte Evelyne Vallerand.
Secteur étendu
Malheureusement ce dimanche-là, léquipe du Smur de
Dieppe est déjà sollicitée ailleurs. Une situation qui nest pas «exceptionnelle»,
confirme Didier Vancostenoble, directeur du centre hospitalier dieppois, et qui risque
même de saggraver. Pourtant, la solution au problème paraît simple. «Depuis
longtemps déjà, nous nous battons pour mettre en place une deuxième sortie Smur mais
nous ne sommes pas entendus par lagence régionale de lhospitalisation de
Haute-Normandie dont dépend le service», confie Didier Vancostenoble.
Une demande dautant plus justifiée pour M. Vancostenoble que le secteur
couvert par le Smur de Dieppe vient dêtre revu à la hausse avec la suppression du
Smur de Neufchâtel-en-Bray le 1er juillet dernier. «Nous avons hérité de nouvelles
communes sans moyens humains supplémentaires ni même financiers et sans concertation»,
témoigne Sylvie Zahaf, médecin au service des urgences. Résultat pour le Smur, un
secteur rural plus étendu, et pour les patients, un délai dintervention plus long.
Cette situation est dautant plus préjudiciable lété où une partie du
personnel est en vacances.
«Un service indispensable»
«Jattache une importance considérable aux
urgences. Je suis même prêt à faire des économies ailleurs, dans dautres
services comme lhôpital la déjà fait en fermant le service stomatologie qui
nétait pas très actif, mais pas pour celui des urgences. Il est indispensable»,
poursuit le directeur.
Indispensable aussi, le Smur de Eu. Il y a quatre ans, sans lintervention
et laide de lhôpital de Dieppe, il a bien failli connaître le même sort que
celui de Neufchâtel-en-Bray. «Heureusement, nous avons pu reprendre en charge ce
service pour éviter quil ne disparaisse et nous y avons injecté 700 000 F»,
poursuit Didier Vancostenoble. Aujourdhui, les sorties du Smur de Eu sont en
progression comme elles le sont aussi à Dieppe.
Au centre régional dhospitalisation de Haute-Normandie, si cette
progession reste encore à prouver, il semblerait néanmoins que lon ait décidé de
prendre en compte «lisolement géographique du Smur de Dieppe.» Alerté
encore récemment de la situation par Didier Vancostenoble, le centre régional
soccupe actuellement du problème et «une deuxième équipe Smur verra le jour,
probablement à la fin de lannée 1999», confirme le Docteur Binois.
Une nouvelle qui devrait réjouir le centre hospitalier de Dieppe dautant
quil vient dapprendre que lagrémentation pour la formation des internes
au service des urgences risque de lui être prochainement supprimée.
Une seule équipe pour trois
unités
Le service des urgences de Dieppe regroupe trois unités :
les urgences, le Smur et lunité dhospitalisation temporaire et de courte
durée (en général moins de vingt-quatre heures). Pour ces trois unités il y a un chef
de service (Jean-François Martinet), un praticien hospitalier, un praticien adjoint, deux
postes et demi dassistants et trois internes.
Concernant le Smur de Dieppe, le secteur sétend de Paluel au Nord à
Belleville-sur-Mer au Sud et va jusquà Londinières, Bellecombre et Tôtes. Le Smur
de Eu qui dépend de Dieppe va jusquà Blangy-sur-Bresle et couvre une partie de la
Somme. Lorsquils se rendent sur les communes les plus éloignées, les Smur de la
région dieppoise peuvent mettre jusquà trente minutes avant darriver sur les
lieux en question.
Franck Brasse, médecin :
«une taille encore humaine»
Etudiant, il était externe au Samu (service daide médicale urgente) de
Rouen. Aujourdhui médecin, Franck Brasse travaille au service des urgences de
Dieppe depuis mai 1994. «Je voulais exercer mon métier aux urgences car on y soigne
les pathologies aigues et graves et il y a le côté service immmédiat que
lon rend aux malades qui me plaît», explique-t-il.
Agé de 34 ans et après une rapide expérience en gényco-obstétrique, Franck
Brasse a presque toujours travaillé dans des services durgence. Ici à Dieppe, il
apprécie la taille encore humaine de lhôpital : «Elle permet un bon rapport
avec les autres services, mais aussi un bon accueil et un suivi des malades.»
Motivé, Franck Brasse lest assurément comme «tout le personnel ici»,
affirme-t-il. Malgré les horaires parfois difficiles, malgré le travail parfois
éprouvant. «Nous travaillons dans des locaux récents, spacieux et adaptés et nous
disposons dun bon matériel, ajoute-t-il. De plus nous avons la chance de
toucher à des techniques plurisdisciplinaires comme la cardiologie, lobstétrique
ou la réanimation. Nous disposons par conséquent dune certaine technicité.»
Technicité que le docteur Brasse a obtenue en passant un diplôme de capacité
de médecine durgence et de capacité de médecine de catastrophe.
Nathalie Jan, interne : «une
bonne école»
Assise à son bureau, Nathalie Jan, 25 ans, effectue une prescription pour un
patient présent moins de vingt-quatre heures aux services des urgences. «Ensuite, cette
prescription va être transmise sur lordinateur. Ainsi léquipe chargée de
nous relayer aura toutes les informations concernant le malade», explique-t-elle.
Nathalie Jan est interne au service des urgences de Dieppe depuis trois mois.
Elle y effectue un stage de six mois. Dans un an et demi, elle sortira de
luniversité de médecine de Rouen son diplôme de généraliste en poche.
Tout comme le docteur Brasse, Mlle Jan apprécie la taille moyenne de
lhôpital dieppois qui permet «un contact réel avec les patients. De plus chaque
malade est accueilli dans une salle individuelle ce qui nest pa le cas dans tous les
services durgence», assure la jeune femme.
Ici, le travail ne manque pas, surtout lété où les touristes sont
nombreux. «Ne pouvant consulter leur médecin traitant, ils viennent directement ici
même si cela ne se justifie pas toujours», confie-t-elle.
Comme ses deux autres collègues internes, Nathalie Jan effectue une garde de
nuit sur trois. «Lactivité la plus importante se situe entre 18 et 22 heures.
Les matinées sont en général beaucoup plus calmes», témoigne létudiante
qui regrette que lagrémentation pour la formation des internes puisse être
supprimée au service des urgences de Dieppe: «Cest une bonne école. Nous avons
à faire ici à toutes sortes de, pathologies. Ce serait réellement dommage que cette
décision se confirme.»
Corinne Paradis : «pas
de routine»
Corinne Paradis est infirmière au service des urgences de Dieppe depuis 1994.
Auparavant, elle avait travaillé en réanimation et cardiologie. Mais cest aux
urgences quelle préfère exercer sa profession. «Le travail y est beaucoup plus
diversifié que dans les autres services et par conséquent moins routinier»,
confie-t-elle.
Comme tous ses collègues ici, Corinne Paradis travaille par roulement : le
matin, la journée ou le soir. Lorsquelle est à la journée, elle soccupe de
laccueil. «Je reçois les gens et en fonction de lurgence je les oriente
soit en chirurgie soit en médecine», explique-t-elle.
Le matin ou le soir, elle reprend son rôle dinfirmière. Une situation
qui lui convient parfaitement et quelle ne veut en aucun cas changer. |